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60.000 poules pondeuses et 85.000 poulets de chair : le dilemme des "méga-poulaillers", productifs mais contestés, enflamme le débat sur le projet de loi d'urgence agricole

Le projet de loi d'urgence agricole arrive ce mardi à l'Assemblée nationale avec un point de friction majeur : l'assouplissement des règles pour les élevages de volailles. Le gouvernement y voit un levier pour produire plus en France, ses opposants dénoncent un coup de pouce à l'élevage intensif.

Cette photographie, prise le 21 septembre 2023, montre des poules pondeuses dans des enclos au centre d'élevage biologique Jardibocage à Menomblet, dans l'ouest de la France.

Crédit : Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Projet de loi d'urgence agricole : Jean-Michel Schaeffer, président de l'interprofession de la volaille de chair, est l'invité de Jérôme Florin

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Jérémy Descours

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C'est l'un des points les plus explosifs du projet de loi d'urgence agricole examiné à partir de ce mardi 19 mai à l'Assemblée nationale. Même si le texte aborde aussi les pesticides ou encore le stockage de l'eau, ce sont surtout les "méga-poulaillers" qui cristallisent les tensions. 

Le gouvernement veut en effet faciliter leur implantation en simplifiant les règles administratives. Une mesure présentée comme indispensable pour renforcer la production française... mais dénoncée par les écologistes et les associations animalistes comme un encouragement à l'élevage intensif.

L'objectif affiché par l'exécutif est de calquer les normes françaises sur celles de l'Union européenne. Aujourd'hui, les procédures deviennent complexes lorsqu'un élevage dépasse 40.000 volailles. 

Le texte prévoit donc de relever ce seuil à 60.000 poules pondeuses et 85.000 poulets de chair avant l'application de procédures environnementales plus lourdes. Une simplification des normes pour "donner de l'air" aux professionnels du secteur. 

Construire plus de poulaillers

Pour les défenseurs du texte, cette évolution doit permettre de répondre à une demande en forte hausse. Les Français n'ont jamais autant consommé de poulets et d'œufs, mais la production française ne suit plus. 

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Invité de RTL Petit Matin, ce mardi, Jean-Michel Schaeffer, président de l'interprofession de la volaille de chair, rappelle qu'"aujourd'hui on ne produit pas assez de poulets en France". Résultat : "On importe un poulet sur deux que l'on consomme", notamment du Brésil, de Thaïlande ou encore d'Ukraine.

Même constat pour les œufs : "On manque aujourd'hui d'œufs, on le voit dans les magasins, les rayons sont malheureusement de plus en plus vides". Selon la filière, la France devra construire plusieurs milliers de nouveaux poulaillers dans les prochaines années pour suivre la demande.

"Améliorer la souveraineté alimentaire de la France"

Le terme de "méga-poulaillers", largement utilisé par les opposants au texte, est rejeté par les professionnels. Jean-Michel Schaeffer assure sur RTL que les élevages français restent beaucoup plus petits que ceux de nombreux pays concurrents.

"En France, on parle de dizaines de milliers de volailles par exploitation agricole", explique-t-il. "Nos collègues européens ont des élevages qui se comptent en plusieurs centaines de milliers de volailles. Et quand on parle de l'Ukraine ou du Brésil, on parle en millions de volailles".

Jean-Michel Schaeffer défend un modèle familial : "Nous, on défend vraiment un modèle d'élevage basé sur des agriculteurs qui travaillent en famille sur des exploitations agricoles". 

Selon lui, il ne s'agit pas de créer des fermes-usines mais simplement de permettre aux exploitants "de construire un ou deux poulaillers afin d'améliorer la souveraineté alimentaire de la France".

"On ne sera jamais compétitif par rapport à ces pays-là"

En face, les ONG écologistes et animalistes dénoncent un texte qui faciliterait selon elles le développement d'élevages industriels.

L'association L214 alerte notamment sur les conditions de vie des volailles, parfois élevées dans des espaces très réduits. Sa directrice Brigitte Gothière estime que la France ne pourra jamais rivaliser avec les pays exportateurs à bas coût : "On ne sera jamais compétitif par rapport à ces pays-là, qui payent les gens une misère - encore moins que ce qu'on fait en France - et qui ont les matières premières à disposition juste à côté".

Les associations pointent aussi les risques environnementaux : pollution de l'eau et des sols, nuisances olfactives, concentration des animaux ou encore multiplication des élevages intensifs. 

Les défenseurs du texte répondent, eux, que les normes françaises restent parmi les plus strictes d'Europe. Jean-Michel Schaeffer demande, lui, que les agriculteurs français soient soumis "au même niveau d'exigence" que leurs concurrents européens.

Derrière le débat sur les "méga-poulaillers", c'est donc une question plus large qui s'invite à l'Assemblée nationale : jusqu'où la France est-elle prête à assouplir ses règles environnementales pour produire davantage et limiter les importations alimentaires ?

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