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"Un nombre de décès supérieur à la normale" : pourquoi le bilan humain de la canicule risque d'être lourd

Les températures commencent à baisser après un épisode caniculaire d'une dizaine de jours. Santé publique France évoque déjà 1.000 décès liés à la chaleur entre mercredi et samedi. Certains craignent un bilan bien plus lourd.

Un infirmier pousse un brancard dans un couloir du service des urgences de l'hôpital universitaire Pellegrin, en pleine vague de chaleur à Bordeaux, le 23 juin 2026.

Crédit : Philippe LOPEZ / AFP

Quentin Menu

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Karine sanglote en sortant du funérarium. Sa mère Lucette, une femme "en pleine forme", est subitement décédée cette semaine dans son appartement, près d'Orléans. "Il faisait trop chaud... Du coup, on l'a perdue", s'émeut-elle. "On lui a téléphoné, ça ne répondait pas. Il a fallu qu'on fasse venir les pompiers pour venir voir." Il était déjà trop tard.

Lucette est une des victimes de la canicule qui sévit en France depuis une dizaine de jours. Comme elle, de nombreuses personnes ont succombé aux fortes chaleurs. Notamment celles qui vivent isolées, chez elles, et qui ne sont découvertes qu'une fois qu'un proche ou un voisin s'inquiète de ne plus avoir de nouvelles. 

Dimanche 28 juin, l'agence Santé publique France a, pour la première fois, donné un premier bilan de la surmortalité de ces derniers jours. Depuis mercredi, il y a eu près de 1.000 décès de plus que les mois précédents. Une anomalie. Et encore, ces chiffres ne sont pas consolidés, indique SpF, qui a basé ses calculs sur les certificats de décès électroniques, qui représentent habituellement 60% de la mortalité nationale (les certificats manuels mettent eux plus de temps à remonter).

"La lame tueuse de la canicule"

Le gouvernement se prépare à une hausse considérable du nombre de décès liés à la canicule. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a acté l'évidence dimanche dans un entretien à La Tribune Dimanche : "On observe un nombre de décès supérieur à la normale". Mais reste maintenant à en connaître l'ampleur. D'autant que, même si les fortes chaleurs s'évacuent par l'Est ce week-end, les organismes ont été fragilisés par ces onze jours étouffants. Des morts peuvent survenir cinq à dix jours après la fin de l'épisode caniculaire.

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Invité sur RTL, dimanche matin, l'urgentiste Patrick Pelloux a tiré la sonnette d'alarme. Le bilan humain pourrait être "aussi considérable" que lors de la canicule de 2003, qui avait fait 15.000 morts. Parmi les plus vulnérables à la canicule, le médecin cite les personnes en situation de très grande pauvreté, dont les sans-domicile fixe, ainsi que les mal-logés (les personnes habitant sous les toits ou dans des passoires thermiques). Les personnes âgées sont aussi à risque. Mais également les malades psychiatriques, dont le traitement peut perturber la thermorégulation du corps. "La lame tueuse de la canicule va faire de gros dégâts chez eux", prévient-il.

Stéphanie Rist a néanmoins tenté de temporiser sur BFMTV, dimanche : "Même si la canicule est comparable d'un point de vue météorologique à celle de 2003, on ne sera probablement pas dans la même situation d'un point de vue sanitaire".

Les décès à domicile inquiètent les autorités

Sauf qu'un faisceau d'indices laisse à penser que le nombre de décès sera très certainement élevé. "Il y a eu une soixantaine de décès à Paris hier [samedi]", a par exemple souligné Patrick Pelloux. Aux urgences, il a senti la vague monter au fil de la semaine, évoquant "deux à cinq" fois plus de morts qu'en temps habituel. Samedi, les Samu parisiens indiquaient une hausse de 80% des appels lors de cette semaine caniculaire où le mercure est monté au-dessus de 40°C dans la capitale.

Plusieurs hôpitaux de l'Hexagone ont dû activer le plan blanc pour faire face à cette vague de victimes de coups de chaleur et de déshydratation. Si le système tient, il est mis sous extrême tension. "La problématique des hôpitaux, ce n’est pas de ne pas avoir assez de lits, c’est de ne pas avoir assez de personnel", soulignait l'ancien ministre de la Santé, François Braun, samedi soir sur RTL. Pour éviter l'engorgement des urgences, les autorités se sont résignées à interdire les grands rassemblements et la consommation d'alcool sur la voie publique. Il faut remonter à 2003 pour voir de tels niveaux de saturation des urgences, assure Patrick Pelloux, qui alerte : "Même pendant le Covid, on n'avait pas eu ça".

Si l'hôpital tient pour l'instant, l'inquiétude est ailleurs : les décès à domicile. Dans son bulletin publié dimanche matin, Santé publique France fait état d'une hausse étourdissante du nombre de personnes décédées chez elles (+40 %) par rapport à un mois normal. Comme Lucette, la mère de Karine, décédée près d'Orléans. L'Île-de-France est particulièrement concernée, précise SpF. De nombreux funérariums craignent la saturation face à l'afflux de décès. Depuis samedi matin, les deux chambres funéraires de Paris sont complètes. 

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