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"Vous pouvez venir le chercher quand ?" : après dix jours de canicule, les pompes funèbres craignent la saturation

S'il faudra attendre la fin d'année pour connaître les chiffres consolidés de la surmortalité liée à la canicule, les entreprises de pompes funèbres se disent déjà débordées. Les autorités craignent tout particulièrement de retrouver de plus en plus de corps de personnes isolées dans les prochains jours.

Un centre de pompes funèbres à Mulhouse.

Crédit : SEBASTIEN BOZON / AFP

"Vous pouvez venir le chercher quand ?" : après dix jours de canicule, les pompes funèbres commencent à saturer face à l'afflux de morts

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Quentin Menu & Joanna Chabas

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"Il y a une très probable surmortalité". Après dix jours de canicule, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a indiqué vendredi 26 juin qu'il faudra s'attendre à une hausse significative du nombre de morts liée aux fortes chaleurs, même s'il est encore trop tôt pour faire des estimations. Les chiffres consolidés seront connus en fin d'année. En 2003, près de 15.000 décès avaient été attribués à l'épisode caniculaire du mois d'août

Mais déjà, des premiers signes inquiètent les autorités. Dans plusieurs régions, les pompes funèbres sont saturées. C'est le cas de l'entreprise funéraire de Philippe, installée à Aubervilliers, en région parisienne. En temps normal, le taux d'occupation de son établissement ne dépasse pas les 60 % ou 65 %. En ce moment, il a atteint les 90-95%. Il ne peut plus répondre à toutes les sollicitations.

"La question qui revient souvent, c'est 'Vous pouvez venir le chercher quand ? Il fait chaud, on ne sait plus quoi faire'", raconte-t-il au micro de RTL. "On répond qu'on fait au plus vite, qu'on va essayer de trouver une place". Mais impossible d'accueillir tous les corps. "Vous savez, ce n'est pas évident quand vous appelez une famille, que vous leur dites au bout de deux heures : 'Écoutez, on n'a pas de place'."

Un possible recours à des camions réfrigérés ?

Philippe n'a pas d'autre choix que de contacter d'autres chambres funéraires de la région parisienne pour savoir si elles ont de la place. La situation est similaire dans plusieurs départements. Dans l'agglomération d'Orléans, un grand groupe de pompes funèbres constate une hausse de 20 à 30 % de décès ces derniers jours. À Nantes, la préfecture demande aux entreprises funéraires de se tenir prêtes au cas où la chambre mortuaire de l'hôpital arrive à saturation. 

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En Île-de-France, les pompes funèbres de Seine-Saint-Denis sont débordées. C'est aussi très chargé à Paris, où une entreprise a décidé d'ouvrir une salle en plus en banlieue pour accueillir les corps. L'agence régionale de santé reconnaît que l'activité est plus soutenue que d'habitude en Île-de-France. Mais elle ne tire pas encore la sonnette d'alarme : selon elle, il reste encore des places dans les chambres mortuaires. 

Dans le cas où les chambres mortuaires seraient saturées, les autorités pourront prendre des mesures administratives pour les autoriser à accueillir plus de corps que prévu. Certaines pompes funèbres se résignent même à aller directement au domicile du défunt avec le cercueil pour le récupérer afin d'éviter la chambre funéraire. Lors de la canicule de 2003 et du Covid, des camions réfrigérés avaient été mobilisés pour accueillir les corps. Un hangar à Rungis avait également été occupé. Selon les autorités, de telles mesures ne sont pas encore à l'ordre du jour.

Des personnes âgées isolées

D'après les pompes funèbres contactées par RTL, les personnes décédées sont surtout des personnes âgées mortes à domicile. Beaucoup étaient isolées. C'est ce qui inquiète particulièrement les entreprises funéraires et les autorités. Elles craignent de retrouver encore plus de corps dans les jours et les semaines à venir à mesure que des voisins ou des familles se rendent compte qu'ils n'ont plus de nouvelles d'un proche. 

Surtout que des décès peuvent encore survenir cinq à dix jours après la baisse des températures. Car les corps, fatigués par cette canicule, peuvent lâcher après coup. "J'ai quand même des craintes que, dans les jours à venir, même si les températures descendent, on continue à voir des cas d'urgence et des personnes décédées", s'inquiète Philippe, à Aubervilliers. Malheureusement, il a peu de doutes : "C'est sûr, ça arrivera".

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