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Marseille : quand la livraison à domicile de drogue s'ubérise

REPORTAGE - Pour les consommateurs de cannabis ou de cocaïne, la livraison à domicile est jugée plus pratique et moins risquée. Certains dealers peuvent livrer cinquante doses en une soirée.

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À Marseille, la livraison de drogue à domicile connaît un boom Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Générique 1
Hugo Amelin édité par Bastien Hauguel

Témoins de l'"ubérisation de la société", les trafiquants s’adaptent et intensifient la filière de la livraison à domicile, jugée plus pratique et moins risquée par les consommateurs de cannabis ou de cocaïne. À Marseille, sept de ces livreurs ont été interpellés ces dernières semaines dans le centre-ville. Ce sont des hommes majeurs, aux profils "passe partout", parfois sans casier judiciaire et qui peuvent livrer jusqu’à cinquante doses en une soirée grâce à une logistique redoutable.

Cette logistique, c'est d'abord un numéro de téléphone qui passe de smartphone en smartphone et qui change souvent. "L’avantage, c’est bien sûr que tu ne bouges pas de chez toi, tu envoies juste un message et le gars vient te livrer à la maison", assume Chris au micro de RTL, prêt à payer plus cher sa barrette pour ne pas avoir à faire un aller-retour dans les cages d’escaliers miteuses au nord de Marseille, où les patrouilles rôdent parfois. 

"Tu envoies ta commande par messagerie instantanée, c’est plus crypté, moins facile pour la police. La commande se fait avant midi et la livraison entre 19h et 22h". Ce numéro, sobrement baptisé "Viva Shit", fait office de centrale d’achat. À l’autre bout du fil, on note les commandes de la soirée, prépare les pochons d’herbe, trace des itinéraires, pour que tout soit prêt quand les livreurs vont prendre leurs services.

Jusqu'à cinquante livraisons en une soirée

Âgé de 25 ans, un de ses livreurs aborde ses nouveaux clients de façon amicale. La prudence est de mise : "On peut aller à l’intérieur ? Je ne fais pas de transactions dans la rue, c’est trop risqué." Les tarifs sont adaptés à la clientèle des beaux quartiers, avec des livraisons de cinquante euros minimum. "Merci à toi et bonne soirée", lance-t-il, billets en poche, en repartant sur un scooter anonyme vers une prochaine livraison. 

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Des livraisons qui peuvent aller jusqu'à cinquante en une soirée, d’après ce qu’on put comprendre les policiers qui ont épluché quelques téléphones saisis. Les livreurs les plus organisés peuvent réaliser un chiffre d'affaires de 2.000 à 3.000 euros. Des livreurs-dealers qui se savent toutefois dans le viseur et évitent les adresses trop surveillées.

C'est révélateur d'un phénomène qui se développe.

Stéphane Brunoni, chef de la division centre-ville à Marseille.
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"Ce sont des méthodes commerciales copiées sur la société civile, décrit Stéphane Brunoni, chef de la division centre-ville. J’ai vu un dossier la semaine dernière, où le revendeur donnait des cadeaux pour fidéliser ses clients : feuilles, briquet, mais aussi un jeu à gratter". C’est lors de contrôles pour de petites infractions routières que l’odeur du "bambou" est montée aux narines des hommes du commissaire. 

"Sept interpellations en un mois dans un petit secteur de la ville, c’est révélateur d’un phénomène qui se développe, explique le policier. Quand la personne est interpellée, on découvre une forme de carnet commande sur son téléphone, et on déroule la pelote de laine. Ce sont généralement des hommes, des sortes de VRP, qui présentent bien, propre sur eux. Sans revenu fixe souvent, parfois sans casier judiciaire."  

Au-delà de l’évolution technologique, comment est né le phénomène ? Chris a sa petite idée. "Il y a quelques années, ce sont certains particuliers qui ont commencé à faire pousser de l’herbe chez eux et qui livraient leur cercle de connaissances. Un cercle qui s’agrandit et ne se rend plus dans les 'points de vente' de cité. Alors les chefs de réseaux se sont adaptés et ont envoyé des livreurs en centre-ville, plus nombreux et mieux organisés". 

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