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Caroline Delepierre-Piat, une jeune agricultrice qui combat les clichés

Caroline Delepierre-Piat est agricultrice près de Lille. Elle combat les clichés sur le métier en ouvrant son exploitation aux consommateurs.

Caroline Delepierre-Piat est agricultrice près de Lille
Caroline Delepierre-Piat est agricultrice près de Lille
Crédit : Geoffroy Van Der Hasselt / AFP
Laure-Hélène de Vriendt & AFP

Son regard enthousiaste à peine tempéré par un sourire réservé et ses cheveux châtains ont recouvert des panneaux publicitaires du métro parisien. Caroline Delepierre-Piat, éleveuse laitière du Nord, a été désignée pour représenter la relève pendant le Salon de l'agriculture. Comme une dizaine d'autres jeunes paysans, Caroline, 34 ans, syndiquée aux Jeunes agriculteurs, incarne quelques tendances fortes de l'agriculture française, notamment sa féminisation croissante. 

"Les statuts changent mais la femme a toujours travaillé", explique celle qui a repris l'exploitation de ses parents pour l'exploiter avec son mari. "La femme en agriculture, c'est une longue histoire, elle a toujours existé, mais elle était cachée, elle n'était pas reconnue", poursuit la jeune femme, qui appartient à la quatrième génération d'agriculteurs de sa famille à Roncq, près de Lille.

Communiquer avec ceux qui ne sont pas agriculteurs

Selon les statistiques du ministère de l'Agriculture, un quart des exploitants agricoles sont désormais des femmes. Et la tendance semble se renforcer, puisque la part des filles dans les effectifs de l'enseignement agricole ne cesse de progresser : de 39% en 1990, elle est passée à 52% en 2010. La communication est l'autre tendance forte qu'incarne Caroline dans cette campagne des Jeunes Agriculteurs, pour "faire un lien entre le monde agricole et le monde citadin". C’est presque un troisième métier pour elle qui, avant d'élever une quarantaine de vaches laitières, a été aide-soignante pendant dix ans.

Les consommateurs ne savent plus que le lait vient des vaches

Caroline Delepierre-Piat

Pour assurer la rentabilité de sa ferme, mais avec une farouche envie de transmettre les valeurs agricoles, elle l'a très vite ouverte aux sorties scolaires et aux goûters d'anniversaires. "Communiquer sur la base des produits, c'est important. Les consommateurs ne savent plus que le lait vient des vaches", explique-t-elle. Mais Caroline a un ferme désir de "changer les mentalités" et de démonter les idées reçues selon lesquelles quand on est agriculteur, forcément, "on pollue, on est riche".

Un combat contre les clichés

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Autre cliché qu'elle souhaite mettre à mal, celui selon lequel les agriculteurs traitent mal leurs bêtes : "je ne me soigne aux antibiotiques que quand j'en ai besoin. Pour mes vaches, je fais pareil", dit-elle, évoquant homéopathie et huiles essentielles parmi les remèdes administrés à ses protégées.

"On vit avec notre métier. Lorsque vient le soir, ce n'est pas ‘on ferme la porte du bureau et c'est fini’", souligne-t-elle. D'où son incompréhension quant à la crise, du fait des prix payés par les industriels aux producteurs : "il n'est pas tolérable que des personnes qui travaillent 80 heures par semaine n'arrivent pas à vivre de leur travail". De là, également, sa décision de diversifier son exploitation

Outre ses vaches, et l'organisation de goûters d'anniversaire, elle accueille avec son mari une quinzaine de chevaux en pension. Mais ça ne suffit pas toujours. "Je n'aurais que du lait, je n'aurais pas passé la crise", dit-elle, avant de lâcher : "même moi, je vais travailler à l'extérieur", assurant quelques remplacements comme aide-soignante, parce qu'il y a "la famille à faire vivre".

On subit une crise depuis deux ans, on se sent mis de côté

Caroline Delepierre-Piat

Caroline Delepierre-Piat est fière de "faire travailler 7 autres personnes" grâce à son activité dans le Nord-Pas-de-Calais, contre 5 en moyenne dans le reste du pays. 

Une raison de plus pour que "nos politiques s'intéressent à l'agriculture, et pas seulement au moment du salon : on subit une crise depuis deux ans, on se sent mis de côté". Si elle ne dit pas pour qui elle votera à la présidentielle, elle écarte implicitement tout vote pour la candidate du Front national : "Le jour où il n'y aura plus d'Europe, les premiers qui vont souffrir, ce sont les agriculteurs".

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