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Radicalisation, prison, renseignement... Le plan antiterrorisme de Macron

ÉCLAIRAGE - Devant les préfets, le président de la République a présenté et détaillé son plan de lutte contre le terrorisme, mardi 5 septembre.

Emmanuel Macron lors de son discours devant les préfets mardi 5 septembre 2017
Emmanuel Macron lors de son discours devant les préfets mardi 5 septembre 2017 Crédit : ETIENNE LAURENT / POOL / AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Il veut en faire l'une des priorités de son quinquennat. La lourde question du terrorisme islamiste est un point central dans la politique d'Emmanuel Macron. Devant les préfets, mardi 5 septembre, le chef de l'État a présenté et détaillé son projet pour lutter contre ce fléau de notre société. 

Il a commencé par annoncer que la loi antiterroriste adoptée par le Sénat le 19 juillet et en attente de débat en septembre en commission des lois à l'Assemblée nationale, allait faire "l'objet d'une évaluation en 2020 afin d'être ajustée à la lumière de son application". Elle pourra ainsi être adaptée à la menace qui, elle-même, s'adapte à nos systèmes de prévention et de défense. 

Après avoir énoncé des mesures déjà évoquées, comme l'installation de périmètres de protection dans les lieux de rassemblements publics, la fermeture de lieux de culte radicaux (bien que son efficacité fasse débat) et "des mesures de surveillance concernant les personnes qui adhèrent ou soutiennent le terrorisme", il a présenté ses différentes décisions par thématique.

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Un renseignement coordonné aux niveaux national et européen

Il en avait fait son argument phare sur le sujet lors de la campagne présidentielle. La task-force d'Emmanuel Macron, dont il a confié la responsabilité au préfet Pierre de Bousquet de Florian, mise en place le 7 juin dernier, doit "simplifier la tâche des services opérationnels, policiers, et gendarmes sur le terrain, avec une nouvelle organisation qui va conduire à simplifier le dispositif de renseignement, notamment pour les services d'état major au sein du ministère de l'intérieur". Le chef de l'État est également revenu sur le FSPRT, fichier de signalement pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, qui doit être "actualiser régulièrement". 

Cette coordination devra s'appliquer au niveau territorial, entre les différents préfets et les collectivités territoriales, ainsi qu'au niveau européen. Le 28 août dernier, différents chefs d'État européens touchés par le terrorisme (Royaume-Uni, Espagne, Allemagne, Belgique...) se sont réunis. Emmanuel Macron a alors milité pour une "coopération renforcée au sein de l'UE notamment en matière d'échanges d'informations" entre ces différents pays "au destin lié sur le sujet".

Une stratégie en matière de psychiatrie et psychologie

Invité sur RTL le 18 août dernier, au lendemain des attentats en Catalogne, le ministre de l'Intérieur avait évoqué la volonté de faire travailler des équipes psychiatriques pour lutter contre la radicalisation et le terrorisme. Gérard Collomb a, par la suite, provoqué une vive polémique, les spécialistes et psychiatres expliquant entre autre que la menace terroriste ne se cachait pas dans les hôpitaux psychiatriques. Le Président est venu à son secours lors de son discours, expliquant être "particulièrement préoccupé par ceux qui présentent des troubles psychologiques ou psychiatriques." Il souhaite donc mettre en relation les préfets avec les agences nationales de santé.

Il écarte en une phrase le reproche de réduire le "terrorisme islamiste aux troubles psychiatriques et psychologiques", mais insiste sur la possibilité que ce "terrorisme organisé" puisse "déclencher chez les individus fragiles des comportements dangereux". 

Emmanuel Macron annonce alors qu'il demandera à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn de "proposer une vraie stratégie en matière de psychiatrie et pédopsychiatrie pour pouvoir apporter une réponse concrète à ce nouveau fait social."

"Revoir la politique de prévention sur la radicalisation"

Le locataire de l'Élysée a également annoncé qu'un "plan national de prévention de la radicalisation sera arrêté à l'occasion d'un comité interministériel qui se réunira d'ici la fin de l'année". Dans cette nouvelle politique de prévention de la radicalisation, Emmanuel Macron entend "impliquer" des acteurs de la société civile et les acteurs locaux. Les préfets seront donc des "acteurs" de ce "plan d'action" car, pour le chef de l'État, "ils ont une connaissance très fine de ces territoires de radicalisation". 

Évoquant à plusieurs reprises un "plan d'action spécifique", il n'en précise toutefois jamais la spécificité. Il demande toutefois aux préfets d'élaborer "ces plans d'action" et de les "adresser au ministre d'ici la fin de l'année". Le Président ne s'est pas étendu sur les questions de "politiques d'intégration", de "politiques de la ville" et de "facteurs politiques et socio-économiques".

Alors que le seul centre de déradicalisation de France a fermé ses portes, faute de pensionnaires, depuis le mois de février, "une expérimentation d'un centre de personnes radicalisées, sous main de justice, sera arrêtée d'ici la fin de l'année", a encore annoncé Emmanuel Macron.

Durcissement sur la question des mineurs de retour de zones de combats

La question délicate du retour des combattants français partis dans les rangs d'organisations terroristes sur le terrain a également été abordée par Emmanuel Macron. Satisfait, semble-t-il, des mesures prises par le "gouvernement précédent" - dont il faisait partie - le Président souhaite "appliquer strictement le protocole" établi sous François Hollande. Aujourd'hui, tout jihadiste de retour sur le sol français est mis en examen pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme" et placé en détention provisoire.

En revanche, Emmanuel Macron n'est pas satisfait du traitement du retour des mineurs qui ont passé du temps sous les lois de Daesh. "Ils ne peuvent pas continuer à relever de la prise en charge de droit commun dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance", a dénoncé le chef de l'État, qui demande alors aux "ministres concernés", à savoir la Justice, l'Intérieur et des Solidarité et de la Santé, de "présenter des propositions avant la fin de l'année" pour "améliorer la réponse que nous apportons aujourd'hui"

On estime qu'une petite vingtaine d'enfants français ont pris les armes en Syrie. Il existe aussi un vide juridique concernant les enfants nés sur place, qui n'ont donc pas de papiers français.

Renforcement du renseignement dans les prisons

Dernier point : les prisons. En 2016, le gouvernement comptait 1.336 détenus "identifiés comme radicalisés", contre 700 en 2015. La rapidité et l'ampleur du phénomène de radicalisation dans le milieu pénitentiaire inquiètent les autorités. Après l'abandon des unités spécialisées mises en place par Christine Taubira en janvier 2016, un nouveau plan d'action avait été élaboré. Mais Emmanuel Macron a commandé une "nouvelle stratégie de prise en compte des personnes radicalisées dans les prisons" au nouveau directeur de l'administration pénitentiaire, Stéphane Bredin. 

"La lutte contre le terrorisme implique que l'ensemble des services qui y concourent soit en permanence sous tension. Je ne pense pas que la bataille soit sans fin mais elle dure et elle va durer. Mais elle implique notre détermination constante", ajoute-t-il avant d'enchaîner sur les questions très liées de la sécurité nationale, mais sans aborder la question internationale, alors que le terrorisme se joue sur les deux scènes. La fin de l'année devrait en tout cas être riche en nouvelles propositions pour lutter efficacement contre le terrorisme, d'après Emmanuel Macron.

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2017-09-07 16:22:00
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