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Qui est Idriss Sihamedi, fondateur de BarakaCity accusé de cyberharcèlement ?

PORTRAIT - Idriss Sihamedi a été placé en garde à vue mardi 20 octobre, accusé de cyberharcèlement par l'ex-journaliste de "Charlie Hebdo" Zineb El Rhazoui. L'association qu'il a fondée, BarakaCity, est par ailleurs visée par une procédure de dissolution lancée par le ministère de l'Intérieur.

Idriss Sihamedi, président de l'ONG humanitaire Barakacity, sur le plateau du "Supplément"
Idriss Sihamedi, président de l'ONG humanitaire Barakacity, sur le plateau du "Supplément" Crédit : Capture d'écran Canal +
Nicolas Marischaël avec sa famille dans son atelier-boutique
La rédaction numérique de RTL
et AFP

Son association est définie comme "une ennemie de la République" par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Driss Yemmou, dit Idriss Sihamedi, fondateur de BarakaCity, a été placé en garde à vue pour des motifs de cyberharcèlement mardi 20 octobre, dans le cadre d'une enquête ouverte par le parquet de Paris après une plainte de l'ex-collaboratrice de Charlie Hebdo Zineb El Rhazoui. 

Le responsable associatif fait aussi l'objet d'une seconde plainte déposée pour des faits similaires par la chroniqueuse de la radio RMC Zohra Bitan. Dans cette première affaire, il a été entendu la semaine dernière et libéré sous contrôle judiciaire le 15 octobre et est convoqué au tribunal correctionnel d'Évry le 4 décembre.


Cette nouvelle garde de vue d'Idriss Sihamedi est intervenue le jour-même où le gouvernement a engagé une procédure de dissolution contre son ONG BarakaCity. "Le contexte de cette procédure, son timing millimétré et le délai de 5 jours imparti pour répondre aux observations sur la dissolution de BarakaCity n'est pas anodin", a réagi auprès de l'AFP l'avocat de d'Idriss Sihamedi, Me Samym Bolaky. "Le climat est évidemment politique et nous le dénonçons".

Fondateur d'une association caritative

Ancien gérant d'une entreprise de communication, Idriss Sihamedi a fondé BarakaCity en janvier 2010. Grâce à cette association, il vient en aide aux populations musulmanes dans différentes régions du monde. En 2017, ses équipes sont ainsi venues en aide aux Rohingya, une minorité installée en Asie du Sud-Est victime de persécution par le régime birman ou à la population du Somaliland, situé sur la Corne de l'Afrique, région en proie à la sécheresse et la famille. Des missions que l'association finance grâce à des campagnes de dons. "Au début de l'histoire, il n'y avait rien, si ce n'est l'espoir fou qu'un jour, avec Allah, demain pouvait être meilleur", explique Idriss Sihamedi sur le site internet de BarakaCity dont le nom signifie en partie "bénédiction" en arabe.

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Aujourd'hui, l'ONG dit compter 2 millions de bénéficiaires dans le monde dans 26 pays différents, chiffres qu'elle martèle face aux différentes sorties du ministère de l'Intérieur à son sujet. BarakCity use particulièrement de sa forte présence sur les réseaux sociaux - elle rassemble près de 717.000 fans sur Facebook et près de 64.000 abonnés sur Twitter - pour lancer ses campagnes.

Depuis sa mise en cause par le gouvernement, Idriss Sihamedi qui se définit comme "Journaliste / Lanceur d'alerte" sur son compte Twitter communique sur les développements concernant la procédure de dissolution de BarakaCity. Il invite également ses soutiens à relayer les hashtags #SoutienBarakaCity et #SoutienCCIF, du nom du Collectif contre l'Islamophobie en France, lui aussi visé par le gouvernement.

Pointé du doigt au sujet de l'État islamique

En 2016, l'attention s'était portée sur Idriss Sihamedi alors qu'il était invité de l'émission Le Supplément sur Canal + pour parler de Moussa Ibn Yacoub, un membre de l'association alors retenu au Bangladesh - libéré depuis. Le journaliste Ali Baddou lui avait demandé en plateau s'il condamnait les actes perpétrés par l'État islamique. 

"Se justifier, c'est quelque part s'accuser, avait répondu Idriss Sihamedi. Aucun musulman ne doit tomber dans la justification et la condamnation de ce qu'ils n'ont pas fait. Je ne vais pas vous dire : 'Non, je ne condamne pas'. Mais je suis gêné de la question". Sa réponse avait mise "mal à l'aise" Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Éducation nationale de l'époque, elle aussi en plateau. "On est gêné de la réponse pour tout vous dire", avait immédiatement réagi Ali Baddou.

BarakaCity avait réagi à la polémique sur son compte Facebook expliquant qu'une telle prise de position - condamner l'État islamique - mettait en danger ses humanitaires sur le terrain, notamment en Syrie. "Il est suicidaire que de se déclarer comme un opposant puissant et ce de manière frontale lorsque nous risquons d’être ciblés par ceux que nous condamnons… En France ou en Syrie", expliquait l'association. 

Idriss Sihamedi prône la médiation dans la lutte contre le jihadisme. "On n’est pas dans la politique du ‘Stop Djihadisme’ du gouvernement qui n’essaie pas de discuter avec ces jeunes. Nous, on essaie d’avoir une certaine pédagogie", expliquait-il à StreetPress en 2015. Le magazine en ligne, qui l'avait rencontré, soulignait par ailleurs que le trentenaire était fidèle à sa foi et ses convictions que cela soit sur les réseaux sociaux ou dans la vie quotidienne : il ne serre par exemple pas la main aux femmes et tweete régulièrement au sujet de "préceptes religieux qui lui sont chers".

Dans le viseur du gouvernement

En décembre 2014, RTL révélait qu'Idriss Sihamedi avait été fiché par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Les locaux de son association, basée à Courcouronnes (Essonne), avaient été perquisitionnés à plusieurs reprises entre 2015 et 2017. Les fouilles n'avaient rien donné. En 2019, l'enquête ouverte pour "financement du terrorisme" et "association de malfaiteurs" à l'encontre de l'association avait été classée sans suite par le parquet de Paris.

Pourtant, les suspicions sont loin d'être éteintes. À la suite de l'attentat de Conflans Sainte-Honorine qui a donné lieu à la mort du professeur Samuel Paty, Gérald Darmanin a annoncé son intention de dissoudre plus d'une cinquantaine d'associations soupçonnées de lien avec l'islamisme radical parmi lesquelles BarakaCity. 

Sur son compte Twitter, Idriss Sihamedi a dénoncé des "motifs mensongers, diffamatoires, complètement faux et fallacieux" après en avoir reçu notification mardi 20 octobre. "Nous contesterons fermement, et apporterons toutes les preuves factuelles de ces mensonges (comme un voyage en Syrie en 2018, qui n’a jamais existé, entre autres). Les avocats démontreront la procédure arbitraire, et l’illégitimité de cette notification", a-t-il assuré.

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