4 min de lecture Aviation

Pourquoi faire découvrir le "rêve aérien" à l'école ?

Voler, un rêve d’enfant ? Un rêve d’homme, de toute éternité. N’en déplaise à certains. La mission de l'école n'est certes pas de contrôler les rêves des élèves, mais elle peut les édifier en leur faisant découvrir l'histoire de cet élan vers le ciel.

micro generique Rendez-vous avec la maîtresse Lisa Kamen iTunes RSS
>
Pourquoi faire découvrir le "rêve aérien" à l'école ? Crédit Image : JURE MAKOVEC / AFP | Crédit Média : Lisa Kamen | Durée : | Date : La page de l'émission
Lisa Kamen
Lisa Kamen

29 mars 2021 : Madame Léonore Moncond’huy, maire de Poitiers, prône l’arrêt des subventions aux aéroclubs, arguant que l’aérien ne doit plus faire partie des "rêves d’enfants". Immédiatement, la toile s’enflamme. Les propos de l’édile font débat sur les réseaux sociaux, dans les familles, jusque dans les cours de récréation. 

L’étude de la révolution industrielle, des grandes inventions du XVIIIe au XXe siècle et des deux guerres mondiales sont au programme des élèves de cycle 3 (CM1, CM2, 6e) et conduisent immanquablement à parler de la conquête de l’air puis de l’espace. L’école n’est pas là pour faire rêver, elle est là pour instruire. Il n’en reste pas moins que certains objets d’études sont enthousiasmants, d’autres moins.

Il se trouve que j’ai la chance d’avoir des élèves d’une dizaine d’années, très curieux d’histoire des sciences et de littérature. J’avoue avoir toujours soigneusement évité les thématiques "jardins citoyens", "dangers du net" et autres "tri des déchets". C’est donc sans expérience et peut-être avec une once de mauvaise foi que je les imagine moins passionnés par ces sujets qui font aujourd’hui partie intégrante des programmes que par l'histoire des techniques.

C’est peut-être aussi tout simplement parce que le rêve de conquérir de nouveaux espaces, des abysses aux confins de l’espace, est ancré au cœur de l’homme. Et de la femme ! Les pilotes fameuses sont légion. De Jacqueline Auriol à Maryse Bastié en passant par la belle Amelia Earhart, elles sont nombreuses à avoir gagné leurs galons en sillonnant les airs.

L'aviation fait partie de l'histoire de France

À lire aussi
enseignement
Universités : comment va s'organiser la fin d'année ?

Voilà ce que l’on peut raconter de la conquête de l’air à l’école. Comme d’autres grandes avancées scientifiques (l’imprimerie, la pénicilline, la radioactivité...), le fait de pouvoir voler constitua une révolution dans l’histoire des hommes. On peut la faire remonter à 1783, date à laquelle les frères Montgolfier ont conçu un ballon à air chaud, constatant que celui-ci était plus léger que l’air froid. C’est ainsi que le premier vol habité eut lieu le 19 septembre 1783 à Versailles. Quand je dis "habité", il faut quand même préciser que les passagers étaient un mouton, un canard et un coq. Les premiers passagers humains s’élevèrent un mois plus tard, à 450 mètres au-dessus de l’est parisien.

Il fallut attendre plus d’un siècle pour que de véritables avions apparaissent. Et là encore, les Français ne sont pas en reste, puisque c’est un ingénieur de Haute-Garonne, Clément Ader, qui en 1897 décolla de quelques mètres avec son avion Éole. Il parcourut 300 mètres mais sans pilotage réel. En 1903, sur une plage de Caroline du Nord, les frères Wright réalisèrent 500 mètres de vol contrôlé, à bord de leur Wright Flyer, un biplan propulsé par deux hélices.

Louis Blériot réalise le premier voyage aérien

Puis les Français reprirent l’avantage : le 9 juillet 1909, Louis Blériot réalisa le premier voyage aérien en reliant Guillerval-Mondésir à Chevilly. Deux semaines plus tard, il effectua la traversée Calais-Douvres au-dessus de la Manche et parcourt les 38 kilomètres en 37 minutes. 

En 1913, c’est le jeune Roland Garros, encore un Français, qui traverse la Méditerranée, soit un vol de 730 kilomètres, dont 500 au-dessus de la mer. Cocorico !

On peut aussi raconter aux élèves la fabuleuse histoire de l’Aéropostale, fondée près de Toulouse juste après la Grande Guerre par Pierre-Georges Latécoère. Grâce à son ambition visionnaire ainsi qu’au courage de pilotes d’exception comme Joseph Roig, Didier Daurat ou encore les illustres Jean Mermoz, Henri Guillaumet et Antoine de Saint-Exupéry, des milliers de lettres furent acheminées d’un continent à l’autre.

Les récits d'aviateurs

La littérature fait la part belle aux hommes volants. Je pense au mythe d’Icare bien sûr, dont les ailes sont brûlées par le soleil, aux merveilleux livres d’Antoine de Saint-Exupéry, ou encore à celui de Daniel Clostermann, Le Grand Cirque, formidable récit de sa participation aux combats aériens de la Seconde Guerre mondiale.  

Je n’oublie pas L’Equipage et Mermoz, du grand Joseph Kessel. Ce même Mermoz, disparu à 35 ans lors d’un vol au-dessus de l’Atlantique Sud, qu’il avait pourtant été le premier à survoler pour un "vol postal", signa ses mémoires Mes Vols

Les élèves vibrent à la lecture de ces aventures qui parlent de courage, de loyauté, d'amitié, d’engagement. L’histoire de l’aviation est une mine pour qui veut encourager l’esprit d’initiative.

"Maîtresse... Un avion, comment ça vole ?"

L’aspect scientifique de l’affaire peut aussi profitablement être étudié, même avec de jeunes enfants. Ils savent bien que le fait que des engins si lourds s’élèvent avec grâce au-dessus du sol ne doit rien à la magie et tout à la physique

Les avions sont équipés de moteurs bien sûr. Ceux-ci leur donnent leur vitesse de propulsion, la "poussée". Mais le fait qu’un avion s’élève est dû à une autre force : la "portance", une force dirigée vers le haut, et qui n'existe que si les ailes sont bien profilées. Leur forme doit créer une circulation d’air différente au-dessus et en dessous. Il y a surpression en dessous de l'aile, mais surtout dépression au-dessus (il y a moins d'air, comme un vide). L’avion vole parce qu'il est tiré vers le haut ! Il ne suffit donc pas d’avoir un gros moteur. 
 
Le rêve d’un retour à une nature édénique, sans avions, sans bateaux, sans voitures est illusoire et assez cauchemardesque quand on y pense. Pour être heureux et ne pas "déranger la nature", il faudrait n’avoir jamais inventé la roue ni maîtrisé le feu. Il me semble au contraire que l’enseignement des sciences, de leur histoire et la lecture de toutes les aventures exaltantes des pionniers de l’humanité sont des jalons, des appuis pour imaginer un monde où les techniques seront encore plus performantes donc moins polluantes. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Aviation Histoire École
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants