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Ours relâchés dans les Pyrénées : 3 questions pour comprendre ce qui coince

ÉCLAIRAGE - Des éleveurs ont bloqué des routes dans les Pyrénées occidentales pour s'opposer à la réintroduction de deux ourses prévue par le gouvernement. RTL.fr fait un point sur la situation.

Un ours (illustration)
Un ours (illustration) Crédit : Flickr StormCS
Thibaut Deleaz
Thibaut Deleaz
et AFP

Des dizaines d'opposants avec tracteurs, ballots de paille et bâtons de berger à la main : un comité d'accueil peu hospitalier pour l'ourse slovène relâchée ce jeudi 4 octobre dans les Pyrénées occidentales. Une deuxième doit l'être prochainement.

Ils étaient présents sur place dès la veille, se tenant prêts à barrer la route si nécessaire pour empêcher la réintroduction des animaux, qu'ils voient comme une menace pour leurs troupeaux. "On va traquer les ours", promet le maire de Sarrance, Jean-Pierre Chourrout-Pourtalet, venu "soutenir les éleveurs". 

La rumeur de la réintroduction imminente de ces deux ourses courait depuis plusieurs jours dans la vallée d'Aspe. En colère, les opposants se sont organisés pour empêcher à tout prix qu'elle ne se fasse. Face à eux, le ministre de la Transition écologique François de Rugy, qui dénonce des "attitudes inacceptables". RTL.fr fait le point sur la situation tendue en Bérn.

1. Pourquoi deux ourses sont-elles réintroduites ?

Le gouvernement avait annoncé dès le 20 septembre la réintroduction des deux ourses dans les Pyrénées occidentales, dans le cadre du "plan ours" lancé par Nicolas Hulot. "J'ai décidé de donner le feu vert", avait indiqué François de Rugy lors d'une réunion à la préfecture de Loire-Atlantique.

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La réintroduction de ces deux ourses vise à sauvegarder la population de l'espèce : il ne reste plus que deux mâles dans le secteur. L'opération, réalisée en partenariat avec la Slovénie, coûte selon le ministre 350.000 euros.

2. Pourquoi cela pose-t-il un problème ?

Si l'annonce du gouvernement a été saluée par des ONG, elle a été vivement dénoncée par des éleveurs locaux jurant de les "enlever". François de Rugy sait que "beaucoup d'élus sont hostiles", mais souligne qu'"à un moment donné, il faut décider, c'est ce que j'ai fait. Je ne me dérobe pas, je viens les entendre en face".

La réintroduction d'ourses inquiète des éleveurs, qui ont peur que leurs troupeaux ne soient attaqués par ces animaux. "On ne veut pas de prédateurs, et on les enlèvera", jure Olivier Maurin, président de l'Association pour le développement durable de l'identité des Pyrénées (ADDIP).

Des éleveurs protestent contre la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées mercredi 3 octobre 2018
Des éleveurs protestent contre la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées mercredi 3 octobre 2018 Crédit : IROZ GAIZKA / AFP

D'autres ne voient pas le problème. "Depuis la nuit des temps, les ours ont toujours été là, on a toujours cohabité. On ne les voit pas et cela ne change rien à notre vie", affirme Élise Thébault, bergère à Etasaut.

Pour Sabine Matraire, de l'association Ferus, l'ours serait responsable de la perte de 200 brebis seulement par an dans les Pyrénées, pour 600.000 brebis au total. Les pertes annuelles moyennes, toutes causes confondues, sont de l'ordre de 10 à 15% en estive en absence d'un berger.

3. Que va-t-il se passer ?

En colère, les éleveurs ont organisé la révolte. La date de réintroduction des deux ourses n'avait pas été révélée à l'avance, pour éviter toute entrave. Mais des rumeurs ont fuité, et la nuit précédant l'opération, ils se sont mis en ordre de bataille sur les routes.

Une première ourse a finalement été déposée ce jeudi 4 octobre au matin, par hélicoptère. "On attend pour voir avec précision où il s'est posé et on va faire une battue d'effarouchement", assurait Olivier Maurin après avoir aperçu un appareil en vol stationnaire.

Le ministre de la Transition écologique a quant à lui dénoncé, sur Franceinfo, "les attitudes inacceptables" des personnes "qui se croient autorisées à faire des barrages sur les routes, à me menacer avec des fusils". "Je comprends la colère mais ça ne justifie pas tout", a-t-il ajouté.

"La guerre est déclarée" contre les ours dans les Pyrénées
"La guerre est déclarée" contre les ours dans les Pyrénées Crédit : IROZ GAIZKA / AFP

Après les premières déclarations des opposants dans la presse, le parquet de Pau avait ouvert une enquête préliminaire pour de "potentielles infractions de la chasse au regard des propos notamment repris dans la presse". Suffisant pour faire reculer les éleveurs mécontents ? Au bord d'une route de la vallée d'Aspe, une inscription l'affirme : "La guerre est déclarée. La population est déterminée."

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