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Nanterre : manifestation inédite des enquêteurs d'élite de la police judiciaire

Pour protester contre la suppression de certaines primes d'OPJ, la fine fleur de la PJ a manifesté jeudi 16 juin devant le siège de la Direction centrale de la police judiciaire.

Une centaine d'enquêteurs et d'enquêtrices des prestigieux offices de la Direction centrale de police judiciaire se sont mobilisés jeudi 16 juin devant leurs bureaux, à Nanterre.
Une centaine d'enquêteurs et d'enquêtrices des prestigieux offices de la Direction centrale de police judiciaire se sont mobilisés jeudi 16 juin devant leurs bureaux, à Nanterre.
Crédit : RTL
Nanterre : manifestation inédite des enquêteurs d'élite de la police judiciaire
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Thomas Prouteau - édité par Florine Boukhelifa

Ils sont plus coutumiers des perquisitions aux aurores et des gardes-à-vue ultra-sensibles que des mobilisations syndicales, et pourtant. Une centaine d'enquêteurs et d'enquêtrices des prestigieux offices de la Direction centrale de police judiciaire, chargés des dossiers de criminalité organisée, de corruption internationale ou de tueurs en série, ont battu le pavé jeudi 16 juin à Nanterre au pied de leurs bureaux, drapeaux en main. Une manifestation totalement inédite qui traduit le malaise actuel au sein de la police judiciaire actuellement visée par plusieurs réformes.

L'étincelle a été l'annonce ces dernières semaines de la suppression de la prime d’officier de police judiciaire (OPJ) pour certains effectifs, prime qui s’élève aujourd’hui à 1.500 euros brut par an. "Pas de prime, pas d’acte !", lance sur fond de sirène Julien Aubeiro, représentant Unité-SGP, le syndicat organisateur de la manifestation. Un slogan suivi d'applaudissements nourris.

La suppression annoncée vise les policiers qui ont la qualité d'OPJ, seuls assermentés à effectuer des actes judiciaires, mais qui n'en pratiquent pas au quotidien, soit parce qu’ils ont quitté les groupes d’enquête proprement dit soit parce qu’ils sont spécialisés dans des tâches annexes. Dans la logique de l'administration, l'enquête judiciaire est synonyme de journées à rallonge notamment au regard des exigences des actes de procédure.

La "dé-métropolisation" également dans le viseur

L'administration veut donc réserver la prime aux "pratiquants". Une injustice incompréhensible pour les policiers mobilisés. "Pour moi, la Direction centrale de la police judiciaire c'était un peu un aboutissement dans ma carrière, explique une policière de l’OCRVP spécialiste des fichiers qui va perdre plus de 100 euros de prime mensuelle dès janvier prochain. En fait on vous enlève tout ce que vous avez fait pour y arriver".

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L’absence de prime sera aussi appliquée à certains nouveaux arrivants dans les offices, selon les délégués syndicaux présents. Un membre de la hiérarchie ne fait pas mystère de son soutien au mouvement de grogne : "On fait des économies de bout de chandelles, personne ne comprend pourquoi certains ont des primes et d’autres pas."

Autre sujet au menu de la manifestation, la "dé-métropolisation", autrement dit le déménagement programmé en région de certaines plateformes et d'au moins un office central loin de Paris. Un départ visiblement mal préparé et mal accepté par certains policiers de ces services. Des agents souvent très qualifiés qui pourraient décider de ne pas suivre le mouvement et demander à être affectés ailleurs, dans la capitale.

"Quand on voit qu’on est en train d’affaiblir ces grandes maisons, ça vraiment ça m’inquiète", déplore Yann Bastière, délégué national à l’investigation d’Unité-SGP. Le risque, selon plusieurs interlocuteurs au sein de la DCPJ, est de renforcer la crise des vocations alors que la police judiciaire a justement un problème d’attractivité depuis des années du fait de la lourdeur de la procédure et des charges horaires sans contrepartie financière suffisante.

La crise des vocations, "une préoccupation forte"

La mobilisation inédite de jeudi intervient aussi alors qu'une vaste réforme de l'organisation de la Police nationale a été annoncée dans le Livre blanc sur la sécurité intérieure publié en novembre 2020. Tout n'est pas acté mais elle pourrait notamment impacter l’organisation nationale actuelle de police judiciaire actuellement conçue autour d’une direction centrale, la DCPJ qui dirige depuis Paris les grands offices nationaux et les services régionaux d'enquête, soit environ 6.000 policiers et agents.

La réforme de la police, en cours d’expérimentation dans huit départements, prévoit que les préfets prennent la main localement sur tous les services, sécurité publique, police de l’air et des frontières etc. Mais aussi sur la police judiciaire. Ce qui ne lasse pas d’inquiéter au sein des grandes directions de la Police Judiciaire sur les priorités d’enquêtes qui seraient alors fixées par les préfets, la lutte contre la délinquance du quotidien, directement visible par le grand public, prenant le pas sur la grande criminalité qui demande des investigations de longues haleine.

Interrogée par RTL la direction de la police nationale affirme que "la crise des vocations est une préoccupation forte" qui a justement été prise en compte dans la réforme à venir car elle prévoit l’accès possible au statut d'OPJ dès la sortie d’école pour les gardiens de la paix. La question d’une revalorisation de la prime des OPJ au regard du poids de leurs responsabilités est également évoquée. Pas un mot en revanche sur la suppression, dans ce contexte explosif, de primes acquises depuis des années.

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