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Les disparus volontaires : "Le plus difficile n'est pas de partir, mais de revenir"

Ce matin, Isabelle Choquet aborde un phénomène troublant : les disparus volontaires.

Des voyageurs marchent Gare du Nord à Paris le 24 avril 2018.
Des voyageurs marchent Gare du Nord à Paris le 24 avril 2018.
Crédit : CHRISTOPHE SIMON / AFP
Les disparus volontaires : "le plus difficile n'est pas de partir mais de revenir"
03:22
La Revue de Presse du 10 mars 2021
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Isabelle Choquet - édité par Camille Guesdon

Partir et ne plus jamais revenir. Ça ne vous est jamais arrivé, cette envie de tout plaquer, de faire un baluchon et de partir, quitte à laisser derrière vous un mari, des enfants, des amis ? Chaque année, ils sont 13.000 en France à sauter le pas, tirer un trait sur leur passé, et se faire passer pour mort. Le Figaro a mené l’enquête.

Il y a Ghislaine, Lisa, Antoine...Et puis il y a Betty. Elle devait retrouver toute sa famille au restaurant un samedi. Et elle n’est jamais venue, sur un coup de tête. Pourtant, en apparence, elle avait tout pour être heureuse, comme on dit : un mari aimant, quatre enfants, un poste de cadre chez Alstom, une belle maison. Elle venait de publier un livre et de fonder une association.

Une belle vie, mais une vie au bord du burn out. "Mon cerveau était tout le temps en ébullition, dit-elle. Je pensais au lancement du nouveau catalogue Alstom, à la compta de ma maison d'édition, à la communion des enfants, les victimes de l'association qui m'écrivaient". Un jour, Betty a craqué. Il a suffit d’une dispute avec son mari pour une broutille : "D'un coup, tout est remonté, dit-elle. J'ai entendu une petite voix au fond de moi qui disait 'pars'". 

Pendant plusieurs jours, elle erre

La suite se déroule comme une mécanique implacable, en mode robot. Elle enfile un jean, ramasse quelques vêtements dans son sac, et saute dans le premier train. "Je ne savais ni où, ni combien de temps j'allais partir. Je pleurais sans cesse, je pensais à mes enfants". Pendant plusieurs jours, elle erre, de Lille à Paris puis à Lourdes où elle prie pour un miracle.

Pour sa famille, c’est l’apocalypse. Betty a bien laissé un message, mais son mari Pascal ne peut pas y croire. Il se rend à la gendarmerie, il explique que ce n’est pas le genre de sa femme de partir comme ça. Le gendarme lui répond qu’elle est majeure, et qu’elle a le droit de disparaître. 

Seules les disparitions inquiétants font l'objet d'une enquête

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Depuis 2013, le dispositif de la Recherche dans l'Intérêt des Familles n’existe plus, seules les disparitions inquiétantes font l'objet d'une enquête. A part ça, les personnes majeures ont le droit à l'oubli, le droit de tout quitter sans explication. "Mais l'idée de tout effacer et de tout recommencer est une illusion, dit un psychanalyste, car en réalité, on se fuit soi-même. Tant qu'on ne se confronte pas à ce qui nous a poussé à partir, le passage à l'acte ne sert à rien, les mêmes problèmes risquent de se répéter." Disparaître, en fait, c’est un fantasme.

Betty s’en est vite rendu compte. Au bout de quelques jours, elle s’est sentie coupable, alors elle a appelé son mari, sans dire où elle était. Ça a quand même suffit pour qu’on la retrouve. Et la vie a repris son cours, mais différemment, Betty a changé de boulot. Elle reçoit beaucoup de lettres, des gens fascinés par son geste qui lui disent: "Combien de fois j'ai voulu faire ce que vous avez fait, mais je n'ai jamais osé". 

Le droit à disparaître

Betty est revenue mais c’est un cas assez rare. Le plus souvent, quand on retrouve les disparus, ils refusent tout simplement de reprendre contact. Selon la présidente de l'association Assistance et Recherche "ce n'est pas partir qui est le plus difficile, le plus dur, c'est de revenir" avant d'ajouter "d'ailleurs quand les disparus reviennent, ils refusent généralement de parler. Nous conseillons aux familles de ne pas poser de questions. Sinon ils repartent".

Le pire, ce sont tous ceux qui ont réussi, qu’on ne retrouve jamais. "C’est une torture pour ceux qui restent", dit l’avocate spécialisée Caty Richard. Ils sont dans l'incapacité de faire leur deuil : à chaque fois qu'on retrouve un corps, ils sont écartelés entre la peur que ce soit la personne qu'ils aiment et l'envie d'être fixés. Et elle conclut : "Je n’aime pas qu’on parle de ‘droit à disparaître'. Ce n’est pas une infraction, mais ce n’est pas un droit". 

"Les disparus volontaires", une grande enquête à lire sur le site du Figaro. 

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