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Travail, sacrifices, silence… Le quotidien des moines de Notre-Dame-de-Bellefontaine

VU DANS LA PRESSE - Dix-huit moines trappistes vivent dans l’abbaye reculée de Notre-Dame-de-Bellefontaine, dans le Maine-et-Loire. L'un d'entre eux a tout abandonné à 50 ans pour entrer dans les ordres.

Une abbaye (illustration)
Une abbaye (illustration)
Crédit : Flickr Creative Commons - Gilles Messian
Travail, sacrifices, silence... Le quotidien des moines de Notre-Dame-de-Bellefontaine
03:53
Travail, sacrifices, silence... Le quotidien des moines de Notre-Dame-de-Bellefontaine
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Isabelle Choquet
Isabelle Choquet
Animateur

Un lieu tenu secret, hors du temps et loin des hommes. L’abbaye Notre-Dame-de-Bellefontaine, dans le Maine-et-Loire, où vivent encore 18 moines trappistes. Un reporter du Parisien Magazine a pu y séjourner, c’est exceptionnel, ça n’était pas arrivé depuis 1956. Et c’est une plongée assez étonnante dans un monde de silence et de prières.

Il fait encore nuit quand la journée commence, à 4h30. Quelques silhouettes blanches encapuchonnées glissent sans un bruit sous une galerie pour entrer dans la nef de l’abbatiale. La cloche retentit : c'est le début de l’office de vigiles. Aux premiers accords, les voix s’élèvent, dans une harmonie millénaire.

"Toujours prier et ne jamais se décourager". Aujourd’hui encore, ce verset de l’Évangile selon saint Luc rythme les heures. On prie, une fois par nuit, et six fois par jour. Et c'est ainsi depuis bientôt mille ans que Notre-Dame-de-Bellefontaine accueille les exilés de Dieu, au milieu des champs, à l’écart du village de Bégrolles-en-Mauges.

Le sacrifice des moines pour entrer dans les ordres

Après l’office, vers 6h, les moines troquent l'habit liturgique pour le scapulaire, une sorte de long tablier à deux pans, et chacun rejoint sa place dans le scriptorium, une belle salle majestueuse portée par sept piliers. Des centaines d’ouvrages se serrent dans les bibliothèques. C'est l'heure de la "lectio divina", la "lecture de la parole divine". Pas un moment d’étude, plutôt un temps de méditation.

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À Bellefontaine, on vit selon la loi de l’Ordre cistercien de la stricte observance, que l'on appelle généralement la Trappe. Tous ceux qui se retrouvent ici ont un parcours singulier. La plupart se destinait depuis tout jeunes à entrer dans les ordres. Mais l’un a prononcé ses vœux à 50 ans, quand sa femme a été emportée par un cancer. Ils parlent tous d'une rencontre, d'un appel, d'une révélation. Ce sacerdoce impose de quitter ses amis et sa famille, les voir deux ou trois fois par an, toujours à l’intérieur de l’abbaye. "Mon père m’a dit que, quand j’étais entré ici, il avait fait une dépression", raconte le moine. Il a dû aussi renoncer à avoir une femme, une sexualité, fonder une famille. "J’ai eu un choc quand j’ai vu pour la première fois ma sœur avec sa petite fille au parloir. Là, je me suis dit : c’est magnifique, un enfant".

Après les laudes, la prière du lever du soleil, quelques croyants poussent la porte de l’église pour participer à la messe. Puis les religieux partent sans échanger une parole. Dans cette enceinte, le verbe est banni. Les conversations sont autorisées seulement pour les tâches quotidiennes ou les informations indispensables. Les repas continuent, eux, d’être "muets". Et frugaux : au déjeuner ce jour-là, de la semoule, des salsifis et un yaourt nature. Pendant le repas, un moine lit un texte. En ce moment, c'est un chapitre de la biographie de Barack Obama. Un vague lien avec le monde extérieur, comme l’abonnement au journal La Croix et l’accès à Internet. 

Un monastère autosuffisant

Une heure de repos, une seule, dans cette longue journée, puis chacun se met à la tâche. Car contrairement aux congrégations mendiantes, les trappistes travaillent. Au monastère il y a un jardinier, un infirmier, mais aussi un hôtelier, chargé d’accueillir les personnes qui viennent passer quelques jours de retraite dans l'une des 40 chambres. Depuis quelques années, l’exploitation des terres a été confiée à des paysans. La principale ressource, c’est la boutique, construite en 2001: une librairie, des objets religieux, et une foule de produits fabriqués par des monastères de toute la France : la cire du Père Fulgence, la crème de jour des bénédictines de Chantelle, et bien sûr l’incontournable chartreuse.

Mais aujourd’hui, cette activité est menacée. Partout, les églises se vident, et Bellefontaine n’y échappe pas. Alors les moines ont fait appel à un coach en gestion d’entreprise, et ils ont lancé des travaux pour accueillir plus facilement des groupes de croyants. 

Derniers offices, les frères, debout dans l’obscurité, entonnent le Salve Regina. Puis ils attendent que sonne l’angélus, pour repartir en procession vers leur cellule. Seul le père François-Marie traverse le parc dans le noir pour rejoindre la porterie. Il dormira dans une petite chambre donnant sur le portail, prêt à répondre si un SDF sollicite de l’aide. La règle est immuable : accueillir les pauvres comme s’ils étaient le Christ lui-même.

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