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Indre : Issoudun et son "loto pour pauvres", un héritage du XIXe siècle

Le "legs Mounier", c'est une sorte de tombola sociale qui récompense de bons pères de famille sans le sou. Un héritage du 19e siècle, un peu anachronique. À tel point que pour l'instant, les femmes en sont exclues. C'est l'un des fragments de France du journal "Le Monde".

(Illustration) À Issoudun, dans l'Indre, 16 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.
(Illustration) À Issoudun, dans l'Indre, 16 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.
Crédit : iStock / Getty Images Plus
Le loto pour pauvres d'Issoudun
03:20
Isabelle Choquet

Ce mercredi, direction Issoudun dans l’Indre. Issoudun et son “loto pour pauvres”. C’est comme ça qu’on l’appelle parfois, là-bas. En vrai, c’est une sorte de tombola sociale qui récompense de bons pères de famille sans le sou. Un héritage du XIXe siècle. À tel point que pour l'instant, les femmes en sont exclues. C’est l’un des fragments de France du journal Le Monde.

Retour en 1883. François Mousnier, riche bourgeois d’Issoudun, meurt sans descendant. Cet homme-là possédait des terres agricoles, deux fermes et 500 hectares de forêt. Dans son testament, rédigé 30 ans plus tôt, il demande que tous les ans, le "revenu" de ses propriétés soit réparti "entre les trois pères de familles pauvres de la ville qui pourraient être regardés comme les plus probes et les plus vertueux". 

Les mères de famille ne sont pas évoquées, on n’y penserait même pas, l’époque est à la misogynie débridée. "L’humanité ne doit rien aux femmes," dit alors Pierre-Joseph Proudhon. "Elle n’a même pas inventé son fuseau et sa quenouille." Vous voyez l’ambiance. 

1ère édition en 1888

La première édition du "legs Mousnier" a lieu en 1888. Le philanthrope avait pensé à tout, il a imaginé un jury composé de l’ensemble du conseil municipal, plus un collège de douze vignerons et douze artisans de la ville. Les trois premiers lauréats sont jardinier, vigneron et brossier, petit métier qui s’est perdu. Et depuis la tradition s'est perpétuée, même pendant les deux guerres mondiales. Aujourd'hui encore, les lauréats viennent volontiers se recueillir devant le buste de Mousnier, ou y déposer un bouquet, en signe de gratitude. 

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Charef Hammou a bien l’intention de céder au rituel. Il est contrôleur qualité chez Safran, papa de quatre enfants âgés de 2 à 19 ans. Il gagne 1.700 euros par mois. Le week-end, avec son épouse, Mériem, il fait des "extras" en tant que serveur pour un traiteur de Châteauroux. Et cette année c'était sa 7e candidature au legs Mousnier. La 7e était la bonne. 


La prime, aujourd’hui, c’est 11.000 euros. Une jolie somme qui servira à isoler le sous-sol de sa maison, et à financer des vacances en Algérie, où vit la grand-mère. "Il y a quelque chose de grand à voir ce legs se perpétuer", dit Charef, et d'ailleurs il n'exclut pas de reverser de l'argent à son tour à "plus nécessiteux" que lui.

16% des habitants sous le seuil de pauvreté

De fait, ce ne sont pas les déshérités qui manquent à Issoudun, 12.000 habitants dont 16 % sous le seuil de pauvreté. Les dossiers de candidature au legs Mousnier en donnent une idée: chômage, surendettement, isolement social, travail pénible. Les difficultés liées au logement dominent largement, avec parfois des cas assez critiques comme ce couple qui a découvert que sa maison était truffée de vices cachés, l’équivalent de 40.000 euros de travaux à effectuer. Il est ouvrier, elle touche l’allocation adulte handicapé. Le leg Mousnier leur a permis de refaire l’électricité et d’aménager une salle de bain. 

Pourquoi eux et pas un autre? Un mystère volontairement entretenu semble planer sur le vote. Entre 30 et 40 dossiers sont déposés chaque année. Mais on est sûr que le gagnant sera toujours un homme. Et Sabrina qui est mère au foyer s’interroge: "Pourquoi une femme qui travaille en élevant des enfants ne le mériterait-elle pas?". La demande de révision du legs Mousnier est en cours. Le maire socialiste André Laignel en convient: "De vous à moi, on a trop tardé". Il a bon espoir de récompenser un trio mixte l’an prochain. Qu’une femme puisse enfin offrir des fleurs à François Mousnier. 

Le "loto pour pauvres d’Issoudun", c’est l’un des Fragments de France du journal le Monde, une série exceptionnelle de 100 reportages qui dessinent un tableau tout en nuance de la France à six mois de la présidentielle.

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