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Gestion forestière, essences, assurances : comment la forêt fait face aux tempêtes

Face à l'impact dévastateur des récentes tempêtes sur les forêts françaises, la gestion forestière et le choix des essences apparaissent comme des éléments clés pour renforcer leur résilience.

Un arbre à terre dans la forêt à Les Brouzils en France, le 13 janvier 2026

Crédit : MATHIEU THOMASSET / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Eléonore Aparicio

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Suite au passage de la tempête Goretti en Normandie et dans le Nord de la France, dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 janvier, de nombreux dégâts ont été observés. Des rafales de vent ont déraciné certains arbres, entraînant la fermeture des forêts au public dans plusieurs départements pendant plusieurs jours. Actuellement, l'étendue des hectares touchés reste inconnue. En 2024, la tempête Ciaran avait ravagée 400 hectares de forêts.
Les tempêtes de 1987, 1999, 2002 ont particulièrement marqué les mémoires. Des millions d’arbres à terre, des paysages bouleversés, et une impression de catastrophe totale. Aujourd’hui, alors que les scientifiques du climat évoquent une possible intensification des événements extrêmes, une question persiste : les tempêtes sont-elles plus nombreuses, ou la forêt est-elle devenue plus vulnérable ?


Pour les sylviculteurs, la réponse est moins tranchée qu’il n’y paraît. "Des tempêtes, il y en a toujours eu. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le climat, c’est surtout la façon dont la forêt est gérée", insiste auprès de RTL.fr Antoine d'Amécourt, président de Fransylva.

Des peuplements fragilisés

Les grandes tempêtes ne détruisent pas seulement des arbres isolés. Elles anéantissent des peuplements entiers, parfois sur des milliers d’hectares. En cause : un effet domino bien connu des forestiers.

Lorsque les sols sont gorgés d’eau, les systèmes racinaires tiennent moins. Un arbre tombe, entraîne son voisin, qui entraîne le suivant. À l’inverse, sur des sols plus secs, les arbres cassent davantage, mais se déracinent parfois moins.

La façon dont on gère la forêt, ça c'est avant tempête

Antoine d'Amécourt

Pour les professionnels, la première protection contre les tempêtes se joue bien avant qu’elles n’arrivent. La gestion forestière consiste donc à éclaircir, à équilibrer les peuplements pour qu'ils résistent mieux aux assauts du vent.

"Un peuplement trop dense est plus impacté, un peuplement pas assez dense peut être plus impacté aussi. Donc la gestion forestière, ça c'est avant tempête, le jour où la tempête a lieu, c'est plus compliqué", explique Antoine d'Amécourt. 

Les forêts non gérées sont, de fait, plus vulnérables que celles qui font l’objet d’un suivi régulier. L’accessibilité est aussi cruciale : routes forestières, pistes, zones dégagées. Le jour où une tempête frappe, il faut pouvoir intervenir rapidement, sécuriser les routes, les lignes électriques et les voies ferrées.

La question du choix des essences

Après une tempête, vient l’étape la plus délicate : le renouvellement forestier. Et avec elle, la question des essences. Chaque reboisement repose sur une analyse fine de la station forestière : la nature du sol (argile, sable, calcaire…), l'hydromorphie, la pluviométrie, l'exposition ou encore les risques climatiques locaux.

Dans les Landes, par exemple, les sols sableux reposant sur un alios offrent peu d’alternatives au pin maritime. Sur d’autres territoires, le choix est plus large, mais jamais arbitraire. "On n’invente pas les choses. En fonction des stations forestières, on a des listes d’essences possibles", assure le sylviculteur.

Selon une étude l'Inrae, publiée en 2024, les forêts européennes les plus résilientes aux tempêtes sont celles qui ont une plus grande diversité d’espèces d’arbres et qui sont dominées par des espèces à croissance lente et à bois dense (par exemple des feuillus comme les chênes). Les monocultures de pins ou autres essences à croissance rapide, même si elles sont économiquement intéressantes, sont plus susceptibles d’être endommagées par des tempêtes. Le mélange des essences n’est pas une garantie absolue, mais un facteur de résilience supplémentaire.


C’est dans cet esprit qu’ont été lancées, notamment par l’Office national des forêts, les expérimentations dites des îlots d’avenir. Le principe est de crée de petites parcelles réparties sur tout le territoire, où sont testée différentes essences, face aux conditions climatiques actuelles et futures. Ces essais ne cherchent pas une essence “miracle”, mais des combinaisons plus robustes, adaptées aux réalités locales.

Un choc écologique et économique

Quand une forêt tombe, ce n’est pas seulement un écosystème qui disparaît. C’est aussi un équilibre économique rompu et de lourdes pertes pour le propriétaire. L’exploitation des arbres renversés devient plus dangereuse et plus coûteuse, tandis que le bois, souvent cassé ou altéré, se retrouve dévalorisé et orienté vers des usages de moindre qualité.

À cela s’ajoute la complexité du reboisement : sols bouleversés, souches arrachées, galettes de racines dressées rendent les travaux lourds et techniquement délicats. Le coût du renouvellement peut alors atteindre entre 4.000 et 7.000 euros par hectare.

"A chaque fois qu'il y a un incident, que ce soit un incendie, une grosse tempête, ça déséquilibre les revenus de la forêt qui permettent justement de la renouveler. Donc ça bouleverse complètement les plans de gestion qu'on a et qui sont agréés par l'administration, dans lesquels on a prévu les coupes et travaux sur les 15 ou 20 ans qui suivent", insiste le président de Fransylva.

La fédération des syndicats de forestiers privés ont donc mis en place une assurance, Sylvassur, pour se protéger des risques de tempêtes mais également d'incendie. Les assurances ne relèvent pas seulement d’une logique financière, mais sont un levier indispensable pour permettre le renouvellement des peuplements.

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