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Comment réagir si vous êtes victime ou témoin de cyberharcèlement

ÉCLAIRAGE - Insultes, menaces, diffamation, photos volées, profils détournés...Le cyberharcèlement peut prendre des formes diverses et toucher tous les internautes. Certains réflexes permettent d'éviter que les échanges en ligne ne virent au cauchemar.

Le cyber harcèlement est une réalité qui a longtemps été sous-estimée
Le cyber harcèlement est une réalité qui a longtemps été sous-estimée Crédit : Unsplash/Thought Catalog
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

L’affaire de la Ligue du LOL a mis en lumière les pratiques d’un cyber harcèlement organisé. Des journalistes membres d’un groupe Facebook secret nommé Ligue du LOL sont accusés d’avoir harcelé d’autres utilisateurs, dont un grand nombre de femmes, sur le réseau social Twitter. Des témoignages de victimes affluent au fil des jours pour mettre au jour leurs pratiques. La plupart des harceleurs concernés ont été mis à pied à titre conservatoire par leur employeur.

Le cyber harcèlement est une réalité protéiforme qui s’est développée avec l’essor d’Internet et des réseaux sociaux. Il peut toucher n’importe qui mais prend des proportions inquiétantes chez les jeunes. Selon un sondage Ifop pour franceinfo publié le 15 février, près d'un jeune majeur sur cinq déclare en avoir déjà été victime.

Le cyberharcèlement se caractérise par une intrusion menaçante et continue dans la vie en ligne d’une personne. Un internaute peut être ciblé pour sa religion, sa couleur de peau, son genre, ses croyances, ses opinions politiques, son orientation sexuelle, etc. Il peut prendre la forme d’une vague d’insultes ou de commentaires déplaisants, de la propagation de rumeurs, de propos diffamants ou intimidants, de la diffusion de photomontages dégradants, de la publication de photographies personnelles, sexuelles ou humiliantes…

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Il n’existe pas de formule miracle pour se protéger du harcèlement en ligne. Pour aider les victimes de cette réalité, la Cnil, le gendarme français des données personnelles, a mis en ligne un guide passant en revue les réflexes à adopter si vous êtes un jour victime ou témoin de ce type de pratiques.

Ne pas répondre

La première recommandation est de ne pas répondre ni de se venger. Comme le dit un vieil adage d’Internet, "Don’t feed the troll" ("Ne pas nourrir le troll"). Cela ne ferait que leur donner du crédit et le sentiment d’exister. Il est possible de bloquer les utilisateurs dont le comportement est problématique et de les signaler à la plateforme en question.  De la même manière, il ne faut jamais céder à la pression ni au chantage d’un maître chanteur. 

Limiter la visibilité de vos réseaux sociaux

Pour ne pas donner de prise aux harceleurs, il convient de réduire au maximum l’audience de vos comptes sur les réseaux sociaux en paramétrant les options de confidentialité pour que les informations vous concernant ne puissent pas être utilisées à mauvais escient. Mieux vaut passer vos comptes en privé.

Sur Facebook, des paramètres permettent de limiter la visibilité des photos, des informations de profil, de la liste d’amis, des mentions j’aime et des anciennes publications. Des options permettent d’être notifié lorsqu’un internaute vous mentionne sur une publication ou une photo. L’option "liste d’amis" permet de créer des catégories d’amis pour choisir quels contacts peuvent accéder à quel type de contenus.

Si vous estimez que certains contenus peuvent vous porter préjudice, il est possible d’effectuer une demande de droit à l’oubli auprès de Google pour que de sites Internet faisant mention de votre identité ne soient plus référencé. Vous pouvez aussi demander directement à l’hébergeur d’un site ou d’une réseau social de retirer un contenu vous concernant. La Cnil peut vous aider dans ces démarches.

Il faut aussi avoir une utilisation raisonnée des réseaux sociaux. Même si vous êtes dans un climat de confiance à l’instant T, envoyer une photo sexy de vous à votre moitié pourrait s’avérer problématique une fois la rupture consommée. Ayez à l’esprit que les images éphémères qui s’échangent sur Snapchat et Instagram peuvent tout à fait être enregistrées et conservées.

Solliciter de l’aide

Si vous êtes victime de harcèlement en ligne, il est important de ne pas le garder pour vous.  Vous pouvez en parler à des proches de confiance pour extérioriser le problème et commencer à trouver des solutions. Des associations peuvent vous aider.

- La plateforme netecoute.fr, accessible au numéro 0800 200 000, propose une assistance gratuite et anonyme en ligne ou par téléphone du lundi au vendredi de 9h à 19h.
- Accessible au numéro 3020, la plateforme nonauharcelement.education.gouv.fr propose du lundi au vendredi de 9h à 18h des ressources pour les victimes âgées de moins de 18 ans.
- Le collectif féministe contre le cyberharcèlement https://www.vscyberh.org/
- L’association Jamais Sans Elles propose une aide gratuite aux victimes sur son site ou par message privé.

Signaler et conserver les contenus problématiques

Pour cette étape particulièrement fastidieuse, il est préférable de vous faire aider par des proches. Pour justifier des faits de harcèlement, vous devrez prouver sa nature, ses auteurs leur récurrence. Vous devez pour cela effectuer des captures d’écran au cas où les publications venaient à être supprimées. Vous pouvez faire appel à un huissier pour cela. 

Ces contenus doivent aussi être signalés aux plateformes sur lesquelles ils ont été publiés afin que des modérateurs puissent caractériser leur infraction à leur règlement intérieur. Encouragez vos proches et votre entourage à signaler massivement les contenus indésirables.

Porter plainte auprès des autorités

Il ne faut pas se limiter à la police des plateformes. Contraintes par leurs impératifs d’audience, ces dernières sont régulièrement critiquées pour leur laxisme dans la lutte contre le harcèlement. Vous pouvez appuyer vos signalements en invoquant les lois françaises contre le harcèlement (la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes de 2014 et la loi du 8 août 2018 qui modifie l’article 222-33-2-2 du Code pénal sur le harcèlement moral).

Attention aux délais de prescription qui vont de trois mois pour une injure publique à six ans pour des menaces en ligne et du harcèlement moral ou sexuel.

Vous pouvez ensuite signaler les contenus problématiques sur Pharos, la plateforme de signalement des contenus illicites sur Internet au ministère de l’Intérieur. Vous avez également la possibilité de porter plainte auprès du commissariat de Police, de la gendarmerie ou du procureur du tribunal de grande instance le plus proche de chez vous. Il faudra étayer votre dossier de preuves.

Que risquent les harceleurs ?

Les personnes reconnues coupables de cyberharcèlement peuvent être condamnées pour injure ou diffamation publique et punie d’une amende de 12.000 euros sur la base de l’article 32 de la loi du 29 juillet 1881. 

Ils s’exposent aussi à une peine maximum d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende pour le droit à l’image, sur la base des articles 226-1 et 226-2 du Code pénal.

L’usurpation d’identité peut quant à elle être punie d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende, sur la base de l’article 226-4-1 du Code pénal. 

À ces motifs peuvent s’ajouter les menaces de commettre un crime ou un délit (pour des menaces de viol ou de mort par exemple) passibles de six mois d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.

Les menaces visant l’orientation ou l’identité sexuelle exposent leur auteur à cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. Le harcèlement sexuel sur Internet est passible de deux à trois ans d’emprisonnement et 30.000 à 45.000 euros d’amendes.

Si vous êtes témoin d’un fait de harcèlement, le simple fait de faire suivre des photos, vidéos ou messages insultants (même pour dénoncer les auteurs) peut impliquer votre responsabilité devant la loi. Il faut plutôt signaler les contenus en question et aiguiller la victime vers les bons recours.

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