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Cyberharcèlement : est-ce la fin de l'impunité pour les harceleurs sexistes ?

Après la condamnation des cyberharceleurs de Nadia Daam et Nikita Bellucci, l'impunité des harceleurs en ligne est-elle terminée ?

Les procès des cyberharceleurs de Nadia Daam et Nikita Bellucci sont-ils le signe de la fin de l'impunité ?
Les procès des cyberharceleurs de Nadia Daam et Nikita Bellucci sont-ils le signe de la fin de l'impunité ? Crédit : Victoria Heath / Unsplash
Emeline Ferry
Journaliste

"Il y aura peut-être un avant et un après cette semaine en termes de cyberharcèlement". Ce sont les mots d'Éric Morain, l'avocat de Nadia Daam et de Nikita Bellucci. Mardi 3 et vendredi 6 juillet, il a plaidé du côté de la journaliste et de l'ancienne actrice porno dans des affaires de harcèlement en ligne.

Les quatre prévenus, qui comparaissaient pour des faits similaires (messages insultants et menaces de mort et de viol) ont été condamnés. L'un d'eux a même écopé d'une peine de prison ferme. C'est la première fois qu'un harceleur est condamné à purger une partie de sa peine en prison.

Habituellement, ce type d'affaires s'achève par un classement sans suite, rappelle LCI, mais les procès des harceleurs de Nadia Daam et Nikita Bellucci sont une lueur d'espoir pour les femmes victimes de ces violences en ligne. Le traitement judiciaire du cyberharcèlement sexiste est-il en train de changer ? 

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Des procès signes d'espoir

Très médiatisé, le procès des cyberharceleurs de Nadia Daam a marqué un tournant, montrant que les faits de harcèlement en ligne doivent être sanctionnés. Mardi 3 juillet, deux hommes, sur sept personnes au total identifiées par l'enquête, ont comparu pour avoir participé à une campagne de harcèlement en ligne dirigée contre la journaliste, après une chronique diffusée sur Europe 1.

Leur condamnation est un signal fort envoyé aux autres cyberharceleurs. Quelques jours plus tard, vendredi 6 juillet, un nouveau prévenu est présenté en comparution immédiate au tribunal de grande instance de Bobigny. Il a publié un message menaçant sur le forum 18-25 ans du site jeuxvideo.com, souvent le théâtre de ce genre de messages haineux), après l'issue du premier procès. 

Une plainte a permis de retrouver son adresse IP et son identité, ce qui l'a conduit à être condamné très rapidement pour ses menaces, raconte le journaliste Jules Darmanin, de Buzzfeed, présent au procès.
Comme pour les cyberharceleurs de Nadia Daam, la condamnation d'un internaute qui a envoyé des menaces de crime et des messages de haine à Nikita Bellucci est un symbole. Depuis plusieurs mois, l'ancienne actrice dénonce les campagnes de violences en ligne dont elle est victime.

Elle s'est réjoui de la condamnation de son harceleur. "Il est important aujourd'hui que toute impunité sous couvert d'anonymat ou de pseudo liberté d'expression cesse"écrit-elle sur Instagram. "Nous n'avons pas à fermer nos réseaux pour ne pas lire ce genre de choses. Nous n'avons pas à lire ce genre de choses, vous n'avez pas à nous parlez de la sorte. C'est aussi simple que ça".

Pour mieux lutter contre ce phénomène, le projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, porté par Marlène Schiappa et adopté par le Sénat jeudi 5 juillet, veut s'attaquer au harcèlement en ligne, dont sont particulièrement victimes les femmes.

Le gouvernement prévoit de "renforcer les condamnations" et de mieux sanctionner ceux qui participent à des raids numériques, c'est-à-dire lorsque que plusieurs personnes s'organisent pour harceler ensemble, sur Internet, une même victime.

Encore beaucoup de chemin à faire

Si les récentes sanctions contre des cyberharceleurs sont un signe encourageant, il ne faut pas se réjouir trop vite car il s'agit d'un phénomène très important. Bien souvent, les harceleurs se sentent impunis. Pour mettre fin à ces agissements, il faut sanctionner, mais surtout faire preuve de pédagogie.

Ce que montrent les comptes-rendus de ces procès, par les journalistes sur place, c'est que les agresseurs se défendent en disant qu'ils n'avaient pas conscience des répercussions sur la vie de leurs victimes. Le phénomène est accentué lorsqu'il s'agit de raids numériques.

Sur les réseaux sociaux ou les forums où ils publient leurs messages, les plateformes ont aussi leur part de responsabilité. Sur jeuxvideo.com par exemple, les discussions qui ne respectent pas la loi sont entièrement supprimés au lieu d'être modérés, comme remarque l'internaute Stéphanie Lamy, militante féministe et spécialiste en communication qui traque les fake news et les trolls sur Internet.

"Le problème des suppressions systématiques : victimisation inversée renforcée. La masculinité toxique déplacée vers d'autres plateformes", écrit-elle dans une série de tweets qui expliquent ce phénomène.

Autrement dit, il vaudrait mieux modérer les discussions en rappelant la loi et les sanctions encourues plutôt que de supprimer les "topics" problématiques.

Dans son rapport sur le harcèlement en ligne, le Haut Conseil à l'Égalité dénonçait une trop grande impunité des agresseurs et rapportait que seuls 8% des contenus sexistes signalés sont supprimés.

Depuis le procès de son cyberharceleur, Nikita Bellucci reçoit une nouvelle vague de message de haine et de menaces. "Je résume : tu as été actrice, tu mérites le viol, le harcèlement etc", écrit la jeune femme sur Twitter. "Ou l'art de culpabiliser une victime", ajoute-t-elle.

Il reste encore du chemin à faire. Mais la donne est en train de changer. "C'est la fin d'une semaine cruciale et déterminante pour la lutte contre le cyberharcèlement : aux Parquets et aux services de police et de gendarmerie désormais de prendre ces plaintes avec tout le sérieux et la détermination nécessaires", estime l'avocat Éric Morain.

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Après la condamnation des cyberharceleurs de Nadia Daam et Nikita Bellucci, l'impunité des harceleurs en ligne est-elle terminée ?
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2018-07-11 08:26:40
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