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Comment l’injonction de virginité fait prospérer un business sordide

Huit pour cent des Français pensent qu'une femme doit impérativement être vierge avant le mariage. "Marianne" a mené l'enquête.

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Comment l'injonction de virginité fait prospérer un business sordide Crédit Image : iStock / Getty Images Plus | Crédit Média : RTL | Date :
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Isabelle Choquet édité par Thomas Pierre

De plus en plus de femmes veulent impérativement se refaire une virginité. Aujourd’hui encore, pour certains, une femme doit impérativement être vierge avant le mariage. C’est ce que pensent 8% des Français. Et le chiffre monte en flèche chez les croyants : près d’un quart des catholiques, et les deux-tiers des musulmans

D’où l’importance du certificat de virginité. Il vient d’être interdit par la loi contre le séparatisme. Mais il y a bien des façons de contourner la loi. Le magazine Marianne a mené l’enquête. Marianne qui pose une première vérité essentielle : en fait, il n’y a aucun moyen de savoir si une femme est vierge ou pas. "On peut voir si l’hymen est plus ou moins serré", explique une gynécologue, "mais ça ne veut rien dire. Certaines femmes naissent sans hymen, d’autres peuvent le rompre en faisant du sport". 

Malgré tout, les médecins sont régulièrement sollicités, parce qu'on exige des femmes une pureté, qui n'est jamais demandé aux hommes. Sur le papier, tous les médecins sont contre. 

"Un procédé épouvantable, imbécile et archaïque"

Dans la pratique, certains finissent par signer car les femmes sont en danger, menacées par leur famille. C’est le cas d’Emmanuelle Piet, en Seine-Saint-Denis. "C’est un procédé épouvantable, imbécile et archaïque", dit-elle, "mais si on ne le fait pas, ces femmes sortiront du système de santé, elles se feront examiner par des matrones et on ne pourra plus signaler leur situation quand c’est nécessaire". 

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Dans les faits, elle ne vérifie jamais l’hymen. Et malgré la loi, elle n’a pas l’intention d’arrêter. "Personne n’ira se plaindre", dit-elle, "ni la patiente, ni sa famille". De toute façon, il y a d’autres moyens d’apparaître “pure”. Des moyens bien pires. Comme la réfection d’hymen. 

"J’ai deux fois plus de demandes que pour les certificats de virginité", c'est ce que raconte la gynécologue Hatem. L’hyménoplastie n’entre pas dans le champ de la loi. C’est pourtant bien plus invasif qu’un simple examen. On recoud l’hymen pour feindre la virginité, c’est un acte chirurgical, sous anesthésie locale ou générale, pratiqué le plus souvent par un chirurgien esthétique. Après quelques jours de cicatrisation, l’opération est indécelable, en tout cas c'est l’argument de vente. 

"En catimini, j’ai pris rendez-vous"

Là-encore, le phénomène est difficile à quantifier. Mais sur les forums, de manière anonyme, les femmes se confient. "Je vis dans une famille très, très pieuse, et, lorsqu’il a été question de me marier, j’ai compris que ce serait pour eux et mon compagnon un déshonneur d’apprendre que je n’étais plus vierge. Alors en catimini, j’ai pris rendez-vous". 

Des histoires comme celle-là, il y en a des dizaines. Un chirurgien confirme: "Il y a une vingtaine d’années, c’était très anecdotique, aujourd’hui, ça l’est moins". Mais lui non plus, il n’a pas d’état d’âme. "Ce n’est pas rare de recevoir des patientes qui me disent : 'Si mon frère sait que je ne suis plus vierge, il me jette par la fenêtre”.

La pratique est devenue un vrai business. Une hyménoplastie, c’est entre 900 et 2.500 euros, jusqu’à 3.000 parfois. Pas remboursé, sauf pour les femmes victimes d’un viol. Et puis en quelques clics, on peut aussi dénicher des voyages "all inclusive" au Maroc ou en Tunisie, où l’opération est très répandue. 

Des voyages "all inclusive"

Pour les petits budgets, il existe d’autres procédés qui peuvent faire illusion. Pour une cinquantaine d’euros, Amazon propose par exemple des hymens artificiels. Une petite poche qui contient un liquide rouge présenté comme "naturel et inoffensif". La femme l'introduit quinze à vingt minutes avant le rapport, et le tour est joué. 

Sur le même principe, des marques de beauté proposent aussi des "pilules de virginité" remplies de liquide là-aussi, à ouvrir au moment fatidique. Tout ceci est parfaitement légal, et il y a de la demande. "Les gamines, dit Ghada Hatem, elles veulent saigner le jour J pour ne pas être emmerdées, c’est tout". "Ascendant vierge", un article à lire dans Marianne… 

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