3 min de lecture Pas-de-calais

Qui est "Steve le phoque", cet athlète qui nage dans la Manche en plein hiver ?

Steve Stievenart, dit "Steve le phoque", est le premier Français à avoir traversé la Manche aller-retour. Il s'entraîne toutes les nuits pour son prochain exploit.

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
>
La Revue de Presse du 10 février 2021 Crédit Image : Compte Instagram Stève Stievenart, | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
Isabelle Choquet
Isabelle Choquet Journaliste RTL

On le surnomme "Steve le phoque". Steve Stievenart, n'est pas un éléphant de mer. C'est un gars juste un peu enrobé, comme on dit : 110 kilos pour 1,80.. Bombé et barbu. Beau bébé. Mais comme les phoques, il nage en eau froide. Je l'ai découvert en lisant Le Monde et c'est une belle rencontre. 

Ce gars-là est un extraterrestre. En ce moment, le soir, il se couche vers 19h30 pour se réveiller à minuit moins le quart. En pleine nuit, il descend jusqu'à la digue de Wimereux, à quelques brasses de Boulogne-sur-Mer. Et là, il se met en maillot de bain et il enchaîne les longueurs pendant une heure, dans le noir, dans le froid. Il recommence le lendemain matin, calé sur les horaires des marées. Et comme ça, tous les jours d'octobre à juin, en attendant l'été et les entraînements marathon de 4 à 10 heures. Parfois, il reste assis face à la mer sans bouger. Les passants expliquent à voix basse qu'il médite. 

Une star locale

À Wimereux, Steve est une gloire locale, le premier Français à avoir bouclé le "Two-ways", la traversée de la Manche aller retour. C'était en août dernier : 105 km à slalomer entre les porte conteneurs, 34 heures et quarante cinq minutes. Deux nuits émaillées de belle frayeur. Il y a eu notamment ce filet de pêche dans lequel il s'était enferré la tête et le bras droit coincé. Il aurait pu y rester, mais c'est le contraire. "La mer m'a sauvé", dit il. 

Steve, c'est une enfance cabossée à Abbeville, dans la Somme. L'école, c'est un cauchemar. Il arrête. À 13 ans, il se lance. Son premier défi : courir 30 kilomètres entre sa maison et le bureau de son père, le premier d'une longue série. Conduite sur glace, jet-ski, il réussit partout. Puis il tente l'Ironman, le triathlon de l'extrême et il découvre la nage en eau libre. Un coup de foudre suivi de deux râteaux par deux fois. Il échoue à l'Enduroman, une course folle entre Londres et Paris, à pied, à la nage, à vélo. 

À lire aussi
faits divers
Haute-Savoie : un parapentiste meurt d'une chute de 200 mètres

Dans le petit monde de l'ultra-performance, les costauds ricanent. Son ami Jean-François se souvient que le regard des autres lui faisait mal. Alors, le nageur part à la dérive. Sa femme prend le large avec leurs trois enfants. Son garage de voitures anciennes est coulé par une escroquerie. Steve n'a rien appris, mais il peut tout faire. Il a donné dans la photo animalière. Il a lancé des magazines sur les pinceaux ou les cartes de téléphone. Il a produit des kiwis dans les Landes aussi, et il est aussi plasticien à ses heures perdues. Mais là, c'est lui qui est perdu. 

J'ai vraiment dû être un phoque dans une vie antérieure.

Steve Stievenart
Partager la citation

Pendant un an, il habite dans un hangar. Pour sortir la tête de l'eau, il va s'y replonger avec un nouveau défi : la traversée de la Manche. Il se prépare pendant trois ans. D'abord, il faut s'endurcir pour résister au froid... douche glaciale dans le jardin. Pas de chauffage. Il dort fenêtre ouverte. Autre impératif : grossir. Accumuler du bon gras. Celui qui tient chaud et qui permet de tenir la distance. Régime hareng, sardines, maquereaux. Le sportif affuté s'arrondit de 10 kilos par an. 

Et puis, bien sûr, il s'entraîne. Sur la côte sud de l'Angleterre, il gagne son surnom "Steve the seal", "Steve le phoque". Et parce que ça se joue surtout dans la tête, il médite sur un rocher en forme de tortue - "Mon bureau", dit il. La Manche ? Il le fait en pleine bourrasque. En vingt heures et cinquante cinq minutes, il perd sept kilos. Mais il le fait. 

Ensuite, il y aura le tour de Jersey, le tour de Manhattan et son Everest, la Manche aller-retour. Il n'a prévenu personne, même pas sa mère, pour éviter la pression. À l'arrivée, il rampe sur les galets. Incapable de marcher, de parler la langue et la bouche gonflée par le sel, mais euphorique. Aujourd'hui, à 43 ans, Steve a un sponsor. Il peut vivre de sa passion. Il vit de peu, de toute façon. D'eau de mer et de poissons gras. Il en sourit : "J'ai vraiment dû être un phoque dans une vie antérieure". "Steve le phoque, nageur de combat", c'est un très beau portrait à lire dans Le Monde d'aujourd'hui.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Pas-de-calais Natation Sports extrêmes
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants