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Baie de Somme : l'élevage d'agneaux de prés salés, une pratique ancestrale

REPORTAGE - Originaire de la Baie de Somme, Laure y est revenue pour élever des agneaux de pré-salé après un master d'océanographie.

La Baie de la Somme (illustration).
La Baie de la Somme (illustration).
Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP
Baie de Somme : l'élevage d'agneaux de prés salés, une pratique ancestrale
04:25
Morad Djabari - édité par Victor Goury-Laffont

L'élevage des agneaux de pré salé se pratique dans notre terroir depuis le XVe siècle. C'est à l'heure de la rosée du matin, lorsque le soleil commence peu à peu à percer l'épais brouillard qui recouvre les prés verdoyants cerclant la bergerie, que Laure donne au nouveau né le premier biberon de la journée.


"On commence toujours par donner les biberons aux bébés dont les mamans n'ont pas de lait. On dit 'bibou, bibou !', et ils savent que c'est l'heure du biberon", explique la bergère, "dès qu'on rentre dans la bergerie, les agneaux comme les brebis savent que ça y est : ça va être l'heure du repas".

Laure donne aux brebis des surnoms, "pas toujours beau", concède-t-elle. "Lui, il était tout ridé à la naissance, donc on l'a appelé Petit Ridé. Il y a les gros gros... Ça reste très basique, mais on les reconnaît comme ça". Au contact avec les animaux tous les jours, il est difficile de ne pas s'y attacher. "Les biberonner, c'est dur, explique Laure, tous les jours on se dit : 'on ne s'attache pas, on ne s'attache pas !'. On aime bien les voir partir dans la baie parce qu'ils sont tranquilles après, c'est une autre ambiance".

Prochaine étape : sélectionner certaines brebis et les emmener en Baie. "On a attendu parce que certains agneaux étaient un peu faible, raconte la bergère. Maintenant, ils ont bien grandi, ils vont avoir le droit de partir". Dans la bergerie, un brebis est né le matin même. Tout noir, il porte encore le cordon ombilical. "On pourrait l'appeler Charbon", choisit Laure. Après avoir rajouté du foin et de l'eau et nourrit les gros agneaux, le calme peut revenir, "la bergerie toute tranquille comme dans les films".

Un "gazon de la baie" qui offre un goût caractéristique

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Après avoir nourri les 400 brebis et agneaux, direction les prés salés de la baie de Somme, où ils vont pâturer jusqu'au mois de juin, 75 jours au minimum. Une vie rythmée par les déplacements du troupeau et des marées, mais aussi du vent, du froid, de la pluie ou du soleil. Laure marche parfois les bottes dans la vase plus de 20 km par jour.


"On va longer la Baie pour voir s'il n'y a pas des brebis ou des agneaux dans les haies, détaille-t-elle, tout doucement rapatrier les brebis les plus éloignées vers le parc et, comme ça, on va pouvoir les rentrer tranquillement en fin d'après midi".

Sous nos pieds, les brebis broutent la Pulcinella, "le petit gazon de la baie". "Les herbes vont toujours avoir ce petit goût salé et c'est vraiment ça qui va donner le goût caractéristique" à la viande, explique Laure.

Mes parents ne voulaient pas forcément que je reste dans le milieu agricole

Laure

Originaire d'une famille de cultivateurs dans la région, Laure a malgré tout suivi un grand parcours scientifique. "Mes parents ne voulaient pas forcément que je reste dans le milieu agricole, parce que c'est quand même assez difficile, explique-t-elle. On ne gagne pas sa vie, clairement".

Laure suit donc un master en océanographie et revient, finalement, dans la Baie. Certains, "même (ses) amis", lui reprochent d'élever des agneaux et de les envoyer à l'abattoir. "Il suffit juste de comprendre qu'on est des êtres humains qu'on a toujours eu besoin de manger, justifie-t-elle. Je vais être tellement fier, à la fin, de trouver des bonnes côtelettes dans mon assiette. Je sais comment je les ai élevés et ça se ressent dans la viande".
Quand il pleut, je me dis toujours que je suis carrément mieux ici que dans un bureau, se réjouit Laure. Je me sens vivante. Je n'aurais pas de euros trois mille dans la poche, j'habite dans un endroit magnifique, je n'ai pas de patron et je me promène huit mois de l'année. Je gagne moins, mais je vis la liberté".

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