3 min de lecture Attentat à Nice

Attentat de Nice : la famille d'une victime accuse la mairie de "faute"

INFO RTL - Un rapport d’enquête révèle que les agents municipaux de Nice chargés de la vidéo-surveillance n’avaient pas reçu de formation dédiée. L’avocat de la famille du petit Yanis, une des 86 victimes de l’attentat du 14 juillet 2016, pointe la responsabilité de la mairie et demande l’audition de l’ancien maire.

Le camion avec lequel Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a tué 86 personnes le soir du 14 juillet 2016 à Nice
Le camion avec lequel Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a tué 86 personnes le soir du 14 juillet 2016 à Nice Crédit : AFP / Anne-Christine Poujoulat
Thomas Prouteau édité par Thomas Pierre

C’est un rapport d’enquête très embarrassant pour la mairie de Nice que les deux juges chargés des investigations sur de potentielles failles de sécurité le soir de l’attentat du 14 juillet 2016, ont reçu sur leur bureau le 17 janvier dernier. L’audition de plusieurs policiers municipaux de la ville révèle en effet qu’ils ne disposaient pas de la formation suffisante pour analyser les images de vidéo-surveillance avant et pendant l’attentat. 

Selon la synthèse dressée par les enquêteurs, et que RTL a pu consulter, les "opérateurs" municipaux, policiers et agents, en poste au Centre de supervision urbaine, où sont reçus et visionnés les flux vidéos des caméras de la ville, n’avaient reçu "aucune formation spécifique", ni à la vidéo-surveillance ni "en matière de réglementation routière".  

L’enquête sur l’attentat en lui-même, distincte et menée à Paris par des juges anti-terroristes, avait très tôt révélé que l’assaillant Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait effectué plusieurs repérages sur la promenade des Anglais. Son camion de 19 tonnes aurait notamment été 13 fois en infraction avant le 14 juillet, sans jamais susciter aucun contrôle. 

Le récent rapport des enquêteurs de l’IGPN, consulté par RTL, souligne que "aucun des opérateurs (du centre de vidéo-surveillance de Nice) n’avait de connaissance dans le domaine de la réglementation du transport de marchandises, les véhicules autorisés à livrer, les horaires de livraison ou encore l’obligation d’utiliser un itinéraire obligatoire".   

La municipalité mise en cause

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C’est l’avocat de la famille du petit Yanis, 4 ans, mort sous les roues du poids-lourd conduit par Lahouiej-Bouhlel, qui avait demandé l’audition des opérateurs du Centre de supervision urbaine de Nice. 29 ont été entendus par les magistrats. 

Selon les informations de RTL, Maître Yassine Bouzrou a donc demandé une nouvelle fois aux juges, début avril, l’audition du maire de Nice au moment des faits, Philippe Pradal – à l’époque Christian Estrosi était pour sa part adjoint à la sécurité, pour cause de cumul des mandats. Dans sa demande d’acte l’avocat met directement en cause la municipalité : "le fait d’avoir choisi des opérateurs n’ayant aucune connaissance de la vidéo ni de la réglementation en matière de circulation routière (…) constitue une faute", écrit-il, en soulignant que le centre de supervision urbaine avait été choisi comme poste de sécurité principal le 14 juillet 2016, notamment pour effectuer la coordination avec la police nationale.

Le rapport des enquêteurs se veut prudent sur ce point et note que : "compte tenu de la réglementation" en vigueur pour les livraisons à Nice et les exceptions prévues pour les poids-lourds à certaines heures, "la détermination du tonnage, du véhicule, par la vidéosurveillance et donc de la possibilité qu'il y avait de circuler, apparaît délicate".

Quoi qu'il en soit Philippe Pradal est susceptible, selon Me Bouzrou, d’avoir commis des faits de "mise en danger de la vie d’autrui". C’est la deuxième fois que les juges reçoivent une demande d’audition de la municipalité, sans y donner suite à ce stade.

Le chef de cabinet de l'Élysée entendu

Pour ce qui est d’éventuelles responsabilités de l’État, décisionnaire en matière de dispositif de sécurité, les choses sont plus avancées : l’ancien directeur de cabinet du préfet des Alpes-Maritimes, Francois-Xavier Lauch, aujourd’hui chef de cabinet d’Emmanuel Macron à l’Élysée, a été entendu le 22 mars selon des informations du journal le Monde révélées hier.

À l’issue de l’audition, le haut-fonctionnaire a été placé sous le statut de témoin assisté, un statut intermédiaire qui signifie que des indices existent mais qu’ils sont insuffisants à ce stade pour une mise en examen. Concernant ce volet de l’enquête, sur les responsabilités de la préfecture, c’est le choix ne pas avoir disposé des plots en béton, ou en plastique remplis d’eau, aux différents accès de la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016 qui est potentiellement mis en cause. 

Christian Estrosi n’est pas visé par cette nouvelle demande d’acte, mais l’avocat Yassine Bouzrou s’attache dans sa lettre aux magistrats à rappeler que l’actuel maire de Nice avait déclaré en 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo : "je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipé du même réseau (de caméras) que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés".

Interrogée par RTL, la mairie de Nice "balaie ces accusations : Qui peut croire qu'un attentat terroriste, un des plus meurtriers, où 86 personnes ont perdu la vie, aurait pu être évité par une formation à la circulation qui n'est exigée par aucun cadre réglementaire". 

C'est aux magistrats désormais de décider des suites judiciaires à donner.

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