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Le Dr Bonnet réalise une cryoablation à l'hôpital Gustave Roussy de Villejuif, le 3 février 2026.
Crédit : Agathe Landais / RTL
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"Nous nous rapprochons d’un monde sans cancer incurable". Cette phrase, prononcée récemment par le professeur Alain Puisieux, président de l’Institut Curie, fait écho à l’ambition portée depuis des années par les grands centres de lutte contre le cancer. À Gustave Roussy, l’objectif est clairement affiché : guérir le cancer au XXIᵉ siècle. Une étape intermédiaire a été fixée à l’horizon 2040, avec une cible précise : atteindre 80% de patients guéris.
Invité de RTL Midi, le professeur Fabrice Barlesi a assumé cette ambition. "Guérir 15% de malades supplémentaires dans les quinze ans qui viennent nous semble une étape raisonnable vers un monde où tous les cancers pourront être guéris", a-t-il expliqué.
Cet optimisme s’appuie sur des données concrètes. Dans les années 1990, environ 50% des patients atteints d’un cancer étaient guéris. Au début des années 2020, ce chiffre atteignait déjà 65%. "En trente ans, on a gagné 15 points. L’idée, c’est d’en gagner encore 15, mais en deux fois moins de temps", a souligné le professeur Barlesi.
Cette accélération repose sur plusieurs leviers : une meilleure compréhension de la biologie des cancers, des diagnostics plus précoces, des traitements de plus en plus personnalisés et une capacité à développer de nouveaux médicaments plus rapidement qu’auparavant.
Parmi ces leviers, l’intelligence artificielle joue un rôle central, et ce n’est plus une promesse futuriste. Elle est déjà utilisée au quotidien dans les hôpitaux. À Gustave Roussy, des algorithmes permettent par exemple d’identifier des personnes à risque accru de cancer afin de leur proposer des parcours de prévention personnalisés.
L’IA intervient aussi dans l’analyse des examens médicaux. Imagerie, biopsies, examens anatomopathologiques : les lames sont désormais numérisées et analysées par des logiciels capables de détecter des anomalies parfois invisibles à l’œil humain. "Ce qui prenait 20 ans pour développer un médicament peut aujourd’hui se faire en 8 à 10 ans", a rappelé Fabrice Barlesi.
Et l'IA n'est pas la seule technique curative. Saviez-vous qu’il est aujourd’hui possible de détruire des tumeurs cancéreuses grâce au froid ? Cette technique, appelée cryoablation, est de plus en plus pratiquée dans les hôpitaux français, notamment à l’Institut Gustave Roussy. Réputée moins invasive que la chirurgie classique, elle permet une meilleure récupération pour les patients.
Concrètement, une sonde est amenée jusqu’au cœur de la tumeur, notamment osseuse, afin d’y diffuser du froid. "On va commencer à faire la congélation et vous allez voir des glaçons qui se forment au bout des aiguilles. Il faut que cela recouvre la tumeur et être assez précis", a expliqué un radiologue interventionnel de l'établissement sanitaire. L’intervention dure environ une heure et demie.
Résultat : dans certains cas, la patiente n’a pas besoin de chimiothérapie et peut sortir plus rapidement de l’hôpital. En cinq ans, le Dr Bonnet a ainsi bénéficié de six séances de cryoablation, qui ont permis de détruire 19 tumeurs sur ses poumons, évitant des traitements lourds.
Si la cryoablation existe depuis une dizaine d’années, elle était initialement réservée à certains organes dits mous, comme les poumons ou les reins. Grâce aux progrès médicaux et technologiques, cette technique est désormais utilisée sur un nombre croissant de zones à traiter.
Autre avancée majeure : le dépistage. La ministre de la Santé a annoncé la généralisation du dépistage du cancer du poumon d’ici 2030. Un enjeu crucial pour un cancer qui reste le plus meurtrier en France, avec environ 31.000 décès chaque année et un taux de survie à cinq ans de seulement 20%.
Sans parler de révolution, le professeur Barlesi a insisté sur l’efficacité démontrée du dispositif. Un simple scanner thoracique à faible irradiation, réalisé chaque année chez les fumeurs ou anciens fumeurs de plus de 50 ans, qui permet de réduire la mortalité spécifique de 20%. "Beaucoup de pays l’ont déjà mis en œuvre. La France est un peu en retard", a regretté le professeur, tout en appelant les personnes concernées à ne pas attendre la généralisation pour consulter.
Le dépistage s’adresse à des personnes sans symptômes. Mais le diagnostic précoce concerne aussi celles qui ressentent des signaux inhabituels. Fatigue inexpliquée, perte de poids, douleurs diffuses, anomalies cutanées : chez un fumeur ou un ancien fumeur, ces signes doivent alerter. "Plus on diagnostique tôt, plus on a de chances de guérir", a rappelé le cancérologue.
Si les outils existent, encore faut-il que la population y adhère. En France, seuls 50% des femmes participent au dépistage du cancer du sein. Pour le cancer colorectal, hommes et femmes confondus, le taux de participation est inférieur à 30%, malgré un test simple à réaliser chez soi.
"Ce n’est pas une petite baisse du risque de décès, c’est une diminution significative. Ce sont des vies sauvées", a insisté Fabrice Barlesi, appelant les Français à ne pas céder à la peur et à répondre aux courriers de dépistage.
Si certains cancers sont aujourd’hui mieux maîtrisés, d’autres restent redoutables. Cancers du pancréas, tumeurs cérébrales, cancers touchant de plus en plus de patients jeunes. Au micro de RTL, Pauline Crucis, dont le mari est décédé d’un cancer du cerveau à 39 ans a dénoncé le manque de moyens alloués à la recherche sur ces pathologies rares et dévastatrices.
Le professeur Barlesi lui a donné raison. Il a pointé à la fois l’augmentation préoccupante des cancers chez les jeunes générations, possiblement liée aux expositions environnementales, et la difficulté particulière à traiter certaines tumeurs rares. Avant de nuancer : "Ce n’est pas parce que c’est plus compliqué qu’il ne faut pas essayer".
Pour le cancérologue, chaque euro investi dans la recherche bénéficie à l’ensemble des patients, quelle que soit la maladie. Les progrès réalisés sur des cancers rares finissent toujours par irriguer l’ensemble de l’oncologie. Une dynamique essentielle alors qu’en France, une personne sur dix sera atteinte d’un cancer au cours de sa vie, avec près de 400.000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année.
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