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ENQUÊTE M6 - "Dès qu'on sort, on les voit se défoncer" : les ravages du crack en plein cœur de Marseille

À Marseille, le crack s'est imposé en plein centre-ville, notamment autour de la gare Saint-Charles, où consommateurs et dealers agissent souvent à la vue de tous. Riverains, médecins et élus alertent sur une urgence sanitaire face à cette drogue dérivée de la cocaïne, très addictive et aux effets dévastateurs.

Le quartier de la gare Saint-Charles, à Marseille (Bouches-du-Rhône), concentre de nombreux consommateurs de drogue.

Crédit : M6 INFO

Emmanuel Michel - édité par La rédaction numérique de RTL

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Autour de la gare Saint-Charles, à Marseille, les scènes se répètent au grand jour. Des consommateurs fument du crack dans la rue, sur les paliers d'immeubles, devant les passants et parfois même sous les yeux de la police. Des femmes se prostituent pour financer leur consommation. Le deal se déroule à ciel ouvert, dans un quartier où riverains et professionnels de santé décrivent une situation qui s'aggrave.

Longtemps associé à des "cailloux" déjà préparés, le crack est désormais souvent fabriqué par les consommateurs eux-mêmes à partir de cocaïne, chauffée avec de l'ammoniaque. Le produit est ensuite fumé dans des pipes. Son effet est décrit comme extrêmement bref et extrêmement puissant. Cette intensité immédiate favorise une dépendance rapide et pousse à reprendre presque aussitôt.

Découvrez notre enquête long-format en vidéo ci-dessous :

Un trafic rentable, au plus près du centre-ville

À Marseille, la cocaïne est très facile à se procurer, vendue sur de nombreux points de deal, y compris à quelques minutes du centre-ville. Dans un immeuble utilisé comme point de vente que nous avons pu visiter, les prix sont affichés dès l'entrée. Les doses de cocaïne sont proposées à 10, 20 ou 40 euros. L'homme qui se présente comme le gérant de ce point de deal affirme que les vendeurs ont adapté leur offre à la demande, avec de plus petites quantités face à la hausse des clients. 

"C'est devenu la mode à Marseille, le crack", assure-t-il. "C'est devenu 'crack land'." Selon ses explications, un seul point de deal peut écouler jusqu'à 1.000 doses à 10 euros par jour. "Ils viennent pécho leur crack, au moins ils planent toute la journée", poursuit-il, très lucide sur la dangerosité du produit : "On sait qu'on vend la mort. (...) C'est la mort. C'est de la drogue dure."

Un point de deal à Marseille (Bouches-du-Rhône), en septembre 2026.

Crédit : M6 INFO

Des riverains à bout

Pour les riverains, la consommation de crack s'invite jusque dans les halls d'immeuble et sur les paliers. Antoine, habitant du quartier Saint-Charles depuis vingt ans et père de deux enfants, raconte vivre avec cette réalité au pied de chez lui. "Dès qu'on sort, on les voit en train de se défoncer", dit-il. "Et ils fument, il se piquent."

Il décrit des scènes qui marquent durablement les familles. "Une fois, j'étais avec mes enfants, on rentre de la plage, on voit une fille sur notre porte qui ne bougeait plus", raconte-t-il. "Et j'ai dû la secouer deux, trois fois avant qu'elle réagisse. Ma fille la plus jeune est partie en pleurs parce qu'elle a cru qu'elle était morte." 

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"On les retrouve tout le temps, toute la journée, sur le pas de notre porte", abondait un autre riverain, Medhi, il y a quelques semaines au micro de RTL. "C'est une horreur. Moi, personnellement, je prends un hôtel pour ma mère quand je la fais venir ici."

La nuit, les tensions montent, avec des bagarres et des cris. Selon certains riverains, les secours et la police mettent du temps à intervenir quand ils sont appelés.

L'engrenage infernal

Interrogée, la préfecture de police n'a pas répondu à nos demandes d'entretien. La mairie de Marseille, elle, reconnaît une situation qui la dépasse. "C'est une situation extrêmement préoccupante sur laquelle nous avons alerté depuis maintenant plusieurs mois", assure Anthony Gonçalves, adjoint délégué à la santé. "Le maire de Marseille, Benoît Payan, a interpellé le Premier ministre avant l'été pour réclamer (...) un plan coordonné de réponse globale à cette situation. À ce jour, on n'a pas de réponse."

Les profils des consommateurs sont variés. Benoît* vient d'un milieu aisé. Diplômé d'un master, avec un emploi stable, il raconte avoir basculé après avoir consommé d'autres produits. "J'ai toujours été quand même dans les addictions à la base", confie-t-il. "Ça a commencé par le cannabis, ensuite c'est passé par la cocaïne. Et en fait, j'ai rencontré quelqu'un qui m'a fait consommer du crack."

En un an, il dit avoir dépensé 70.000 euros, soit toutes ses économies. Il décrit un mécanisme implacable : "C'est une montée de dopamine qu'on ne peut pas retrouver ailleurs. C'est une sensation qui ne dure pas longtemps. 5 à 10 secondes, ce n'est vraiment pas long, mais c'est tellement puissant. Une fois que c'est terminé, on n'a qu'une envie, c'est en reprendre." 

Un problème de santé publique

Depuis trois ans, il tente de s'en sortir et enchaîné les cures, accompagné au quotidien par le docteur Michaël Bazin. Chef du service d'addictologie de l'hôpital d'Allauch, sur les hauteurs de Marseille, il reçoit de plus en plus de patients concernés. "C'est en moyenne un par jour au minimum, parfois deux, parfois trois, tous les jours, toute l'année, qui sont orientés dans le service d'addictologie pour un sevrage", explique-t-il. 

Il souligne aussi l'une des grandes difficultés de prise en charge, l'absence de produit de substitution : "On a très peu de médicaments qui aident le patient dans les différentes phases de sa prise en charge pour le sevrage et ensuite pour le maintien du sevrage. Donc la seule arme qui va nous rester, et qui est donc la plus importante, c'est la répétition des hospitalisations."

Marseille n'est cependant pas isolée. Les médecins, les psychologues, les travailleurs sociaux qui sont sur le terrain parlent tous d'un problème de santé publique majeur. Et attendent que les pouvoirs publics se saisissent de ce problème. La dernière étude sur la question, publiée en 2023 par l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, estime que 1,4% des 18-64 ans ont consommé du crack au moins une fois. Cela représente plus de 500.000 personnes en contact avec cette drogue.

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