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À quoi sert notre assurance-chômage ?

ÉDITO - La réforme de l’assurance-chômage a été enclenchée par le gouvernement. Mais a-t-on vraiment besoin de réformer de fond en comble, alors que les comptes s’améliorent ? Le journaliste économique François Lenglet nous l'explique.

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À quoi sert notre assurance-chômage ? Crédit Image : AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet et Leia Hoarau

C'est vrai que l'Unedic devrait être tout près de l’équilibre financier en 2019, grâce aux ajustements qui ont été décidés par le patronat et les syndicats tout récemment. Mais ça ne suffit pas. Parce que si la récession revient, et elle reviendra un jour, les comptes vont replonger dans le rouge vif. Et alimenter une dette qui pèse 35 milliards d’euros, c'est presque une année de prestations. De plus, les comptes ne sont pas le seul problème.

La question clé, c'est : est-ce que notre assurance-chômage sert vraiment à réduire le chômage, et non pas à le prolonger ou à l'entretenir ? Vous pensez que c'est paradoxal ? Eh bien, pas tant que ça. En voici un exemple. 

Un restaurant embauche un serveur pour travailler le vendredi, samedi et dimanche. Il le reprend toutes les semaines, parce qu'il apprécie son travail. Il pourrait donc lui faire un CDI, à temps partiel. Mais qui dit temps partiel, dit revenu partiel. Le salarié n'y a aucun intérêt.

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Pour qu'il ait un salaire complet, il y a deux solutions. Obliger les clients à manger au restaurant aussi du lundi au jeudi, pour donner de l'activité supplémentaire au restaurateur. Peu vraisemblable... Ou alors que le serveur s'inscrive au chômage, qu'il accepte les contrats courts de fin de semaine proposés par le restaurant, et que pendant les autres jours de la semaine il touche une indemnité de chômage partiel... Tout en repeignant sa cuisine. 

Combler les postes vides

Prenez ce cas-là, extrapolez le aux dimensions de la France, vous avez 5 milliards d'euros annuels d'allocations à verser à ceux qui travaillent avec des contrats courts. Mais dans ce cas, n'y aurait-il pas moyen de s'organiser pour qu'un serveur puisse occuper deux postes à temps partiel ?

Là encore, on butte sur la législation. Ecoutez cet autre exemple. Dans une maison de retraite, le directeur sait qu'il a, en moyenne, 5 remplacements à prévoir, à cause des absences de son personnel, pour raison de maladie ou de congé. En bonne logique, il pourrait créer un CDI volant, qui servirait à boucher les trous. Impossible. Il faut un contrat spécifique pour chaque remplacement

Tout cela contribue à fragmenter le travail et à augmenter les versements d'allocations de Pôle emploi. Cela déresponsabilise les employeurs et les salariés, en créant de la complexité inutile pour le premier, et de la précarité regrettable pour le second.

Un bonus-malus pour employeurs

Pour éviter cela, le gouvernement veut créer un bonus-malus pour les employeurs, afin de surtaxer les utilisateurs de contrats courts. Mais est-ce que ça peut marcher ? C’est vrai que c'est pratiqué aux États-Unis, mais les spécialistes font observer, non sans raison, que les règles de fonctionnement du marché du travail ne sont pas les mêmes. Le CDI américain est bien plus flexible que le nôtre, il est moins dissuasif pour un employeur. 

La vraie solution serait que les quelques branches concernées - la restauration, le médico-social et l'audiovisuel - s'organisent. Car les chiffres sont trompeurs. On entend ainsi que 87% des embauches se font en contrat court.

Factuellement, c'est vrai, mais cela concerne toujours les mêmes salariés, justement ceux de ces branches-là, qui en font parfois plusieurs par semaine ! Au total, ces contrats courts ne touchent que 5 à 6% de la population salariée. C'est déjà trop, mais pas assez pour rendre le problème impossible à régler.  

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