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Afghanistan : retour au ministère de la promotion de la vertu des talibans, il y a 20 ans

"Libération" publie un article de 2001 sur l'Afghanistan des talibans et le ministère de la promotion de la vertu. Une archive qui sonne de nouveau comme le journal de demain. Ce terrifiant ministère vient de revoir le jour à Kaboul.

Des hommes afghans, le 12 décembre 2001 à Kaboul
Des hommes afghans, le 12 décembre 2001 à Kaboul
Crédit : AFP PHOTO/Jimin LAI
Afghanistan : retour au ministère de la promotion de la vertu des Talibans, il y a 20 ans
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Isabelle Choquet - édité par Thomas Pierre

Ce jeudi, retour 20 ans en arrière, dans l'Afghanistan des talibans, avec cet article de novembre 2001 dans Libération. Une plongée dans les archives du ministère de la promotion de la vertu et de la répression du vice, terrifiant ministère de la police religieuse qui vient de ressusciter à Kaboul.

Libé avait mis la main sur un cahier, un grand cahier bleu avec cette mention calligraphiée:  "Organe pour la commanderie du Bien et la poursuite du Mal. Registre des manquements et de leurs corrections." Tout y est consigné, toutes les punitions infligées "au nom de Dieu le Miséricordieux". 

Un tableau saisissant de la vie quotidienne des Afghans. On y trouve des femmes fouettées parce qu'elles n'ont pas porté un voile assez couvrant, ou parce qu'elles ont hélé un taxi dans la rue sans être accompagnée d'un homme, des jeunes tabassés parce qu'ils ont osé se promener tête nue. 

La prison pour une barbe trop courte

À l'époque, on croisait dans Kaboul des patrouilles enturbannées qui faisaient la chasse aux récalcitrants armées de shaloq, de longues lanières de cuir tressé. Premières cibles : les barbes trop courtes et les cheveux trop longs. Pas de chance pour Omayoun, qui n'a jamais été très poilu : "les talibans nous caressaient la joue pour sentir si nous étions rasés ou si notre barbe était à sa taille naturelle", dit-il. 

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"À la longueur réglementaire, un toupet devait dépasser du poing fermé.", témoigne-t-il encore. "Une barbe rasée de trop près coûtait quinze jours dans une prison crasseuse, sans paillasse ni couverture, avec un imam qui vous serine le coran à longueur de journée". Une lecture rigoriste, celle du Mollah Omar. Mieux valait ne pas s'endormir : à la fin, il y avait un examen. Et en cas d'échec, on en reprenait pour autant.

Même les bébés devaient être irréprochables. La vertu n'attend pas le nombre des années. "Lorsque mon fils est né", raconte Torialan, "je suis allé le faire enregistrer à l'état civil. Les talibans ont exigé qu'il soit coiffé d'un bonnet sur sa photo d'identité avant de l'inscrire sur mon livret de famille." Dans les écoles, rien que de garçons, tenus de porter la calotte islamique quand ils sont petits et le turban quand ils grandissent.

Amputation, torture

Surveillance étroite aussi sur l'armée, car les troupes adhéraient finalement assez peu à l'idéologie islamiste radicale. Et surveillance encore plus grande sur les mosquées. La nomination des mollahs, c'était le ministère du Culte. Mais leur formation était confiée au ministère de la Promotion de la vertu. 

Une fatwa rendait obligatoires les cinq prières quotidiennes à la mosquée, sous peine de bastonnade publique. Les talibans exigeaient aussi des imams qu'ils dressent une liste de leurs fidèles. Un officier du ministère faisait l'appel. Si un vol était commis dans le quartier pendant l'office, les absents étaient automatiquement considérés comme coupables. Ils risquaient l'amputation des membres: une main, un pied ou les deux, fonction de la gravité du délit.

Dans ces conditions, pas grand monde pour se rebeller. Le mollah Abdel Raouf est une exception. Il a refusé de dresser la liste de ses fidèles. "La prière est un acte libre", dit-il, "et chacun peut prier chez soi. Notre rôle n'est pas de dénoncer les gens." Et il ajoute:  "Mais ce qui les agaçait le plus, c'était le nombre de fidèles qui venaient écouter mes prêches du vendredi." 

Son corps porte encore les traces de la torture, des ongles et des morceaux de chair arrachés à la tenaille. "Je n'allais pas céder devant les talibans!", dit-il avec fierté. Il n'a pas cédé, mais il a été expulsé de sa mosquée, la dernière qui résistait.

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