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Démission d'Emmanuel Macron : quel est le bilan du ministre de l'Économie ?

ÉCLAIRAGE - L'ex-locataire de Bercy quitte son ministère avec des résultats mitigés.

Emmanuel Macron, à l'Élysée le 22 août 2016
Emmanuel Macron, à l'Élysée le 22 août 2016 Crédit : Michel Euler/AP/SIPA
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Ludovic Galtier
et AFP

26 août 2014 - 30 août 2016. Deux ans après sa nomination au ministère de l'Économie par François Hollande, son mentor en politique, Emmanuel Macron quitte le navire. Contesté à gauche pour son côté social-libéral, celui qui a succédé à Arnaud Montebourg n'a cessé d'imposer son style et de casser les codes. Ministre de gauche mais "pas socialiste", il prend un malin plaisir à la tribune à enterrer les 35 heures, bases du code du travail depuis 1998, et à demander encore plus à la loi Travail, dont Manuel Valls, son supérieur, a décidé de le déposséder. Quelques mois après son arrivée à Bercy, il suscitait beaucoup d'espoirs. Le prestigieux New York Times le qualifiait de "nouveau visage du socialisme à la française".

Que restera-t-il de celui que Mediapart dépeint comme le représentant politique de "l'oligarchie" ? Une loi sur la croissance, adoptée huit longs mois après sa présentation en Conseil des ministres avec l'aide du 49.3, porte le nom de ce proche de l'entreprise. Inspirée des travaux de la Commission Attali, elle affiche un bilan mitigé. Plus que médiocre pour Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire Les Républicains, qui juge avec ironie que "ça fait quatre ans qu'on n'a pas de politique économique et dans quatre minutes on n'aura plus de ministre de l'économie : c'est logique".

La loi Macron, un texte de 308 articles, adopté par 49.3

S'il y a un mot qu'Emmanuel Macron a martelé lors de son passage à Bercy, cela pourrait être la compétitivité des entreprises. Le 2 septembre 2014, quelques jours après sa nomination, il consacrait sa première visite officielle à ce thème dans une usine de la Manche. Le leader du mouvement "En marche !", lancé le 6 avril 2016, s'est employé à l'exercice de cette mission, notamment à travers sa loi, la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques.

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D'ailleurs, l'ex-ministre, fier d'avoir contribué à la reprise d'Arc International et des Chantiers de l'Atlantique, ne cachait pas sa satisfaction dans L'Opinion, en juin 2016, en qualifiant son texte, adoptée sous la contrainte du 49.3 en 2015, de "succès". "Un an après, la quasi-totalité de la loi est en application : 60 % de cette loi était directement applicable, donc en vigueur depuis un an, et les 40 % restants nécessitaient des décrets qui ont quasiment tous été pris", assure-t-il à nos confrères de La Dépêche du Midi.

1.500 emplois créés dans le secteur des autocars

Les économistes ne sont pas tous si enjoués. La loi, dont l'une des missions est la libéralisation du transport en car, a déjà créé 1.500 emplois, sur les 10.000 annoncés sur le long terme et généré 21,5 millions d'euros de chiffres d'affaires, selon les résultats d'une étude présentée par l'autorité des transports routiers Arafer. L'objectif était d'ouvrir le marché des transports régionaux aux autocars, en proposant des prix plus accessibles aux usagers. Trois millions en auraient déjà profité. Lors de son allocution à Bercy le 30 août, Emmanuel Macron s'est félicité "d'avoir libéré de nombreux secteurs et fait la promotion de la concurrence en redonnant à l'État la place qui doit être la sienne dans l'économie."

"A part les 1.500 emplois créés par les bus, l'impact est limité", regrette, auprès de l'AFP, Ludovic Subran, chef économiste de l'assureur Euler Hermes. Dans un rapport remis à Bercy en septembre 2015, l'OCDE avait chiffré à 0,3 point de PIB supplémentaire sur cinq ans les conséquences possibles du texte.

Le travail du dimanche peine à s'imposer

C'était l'une des volontés d'Emmanuel Macron à son arrivée au ministère de l'Économie : l'ouverture des commerces le dimanche ne s'est pas imposée dans le pays. Si des enseignes comme BHV ou Darty ont mis en place la mesure, ce n'est pas le cas partout. Par exemple, les résistances syndicales ont été plus fortes que la volonté de la direction de la Fnac, qui garantissait pourtant aux salariés d'être payés triple

"Le retour dont nous disposons de la part des commerçants, est qu'il n'y a pas d'augmentation significative du chiffre d'affaires. Les dépenses de consommation sont apparemment réparties sur une durée plus longue", assure Christopher Dembik, économiste chez SaxoBank, à l'AFP. Invitéé du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro en janvier 2016, Anne Hidalgo n'y était pas allée de main morte en expliquant que "la loi Macron sur le travail du dimanche n'a pas changé grand-chose".

Dans L'Opinion, Emmanuel Macron et Bercy ont une autre vision des choses. "Les résultats sont probants en termes d’emplois. 110 emplois ont déjà été créés dans le centre commercial Beaugrenelle depuis son ouverture dominicale, qui iront même jusqu’à 150 à 200 dans les prochains mois. Trois villes ont demandé que leur centre soit classé en Zone touristique internationale (ZTI), Antibes, La Baule et Dijon. Sur les 70 grandes villes françaises, 43 % ont augmenté le nombre de dimanche en 2016 et près d’un quart a choisi d’utiliser le maximum de 12. Cela fera au final plusieurs milliers d’emplois."

Une loi Noé abandonnée, un camouflet pour Macron

Emmanuel Macron, victime de sa difficile relation avec Manuel Valls, que certains présentent comme des futurs rivaux, n'a pas pu faire tout ce qu'il le souhaitait. Après avoir été privé de loi Travail - Myriam El Khomri en a hérité - l'ancien ministre a vu sa loi sur les Nouvelles opportunités économiques (Noé) ou (Macron 2) enterrer par ses supérieurs. En effet, les mesures qu'il a présentées en novembre 2015 ont en réalité été dispatchées entre différents projets de loi, notamment celui sur la loi Travail.

Dans un article du 20 janvier 2016, La Tribune résumait la situation : "Les "données générales, l'accélération du déploiement de la fibre ou du réseau mobile" seront apportées en amendements au texte sur la République numérique porté par Axelle Lemaire, la secrétaire d'État au Numérique. Plusieurs mesures en faveur du financement de l'innovation, du développement des entreprises seront apportées au texte actuellement préparé par Michel Sapin, le ministre des Finances." Vu la tournure des événements, certains observateurs n'hésitaient pas à parler de "camouflet" pour Emmanuel Macron, qui n'aurait pas hésité déjà à cette époque à faire peser sa démission dans la balance.

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2016-08-30 18:50:00
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