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Euro 2016 : pourquoi les Bleus peuvent se passer de Karim Benzema

DÉCRYPTAGE - L'attaquant du Real Madrid ne sera pas retenu dans la liste des 23 de Didier Deschamps. Des alternatives crédibles existent.

Karim Benzema avec les Bleus lors du match amical face à l'Arménie le 8 octobre 2015 à Nice
Karim Benzema avec les Bleus lors du match amical face à l'Arménie le 8 octobre 2015 à Nice Crédit : VALERY HACHE / AFP
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
et Gregory Fortune

C'est officiel depuis mercredi 13 avril en fin de journée : Karim Benzema ne pourra pas être appelé en équipe de France en vue de l'Euro 2016 (10 juin-10 juillet. Ainsi en a décidé le président de la Fédération française de football Noël Le Graët, après une ultime discussion avec le sélectionneur Didier Deschamps. Le joueur de 28 ans l'a annoncé en personne sur son compte Twitter. "Malheureusement pour moi et pour tous ceux qui m'ont toujours soutenu et supporté. Je ne serai pas sélectionné pour notre Euro en France...", écrit l'attaquant du Real Madrid.

Dans la foulée, la FFF a justifié sa décision en évoquant "la capacité des joueurs à œuvrer dans le sens de l'unité, au sein et autour du groupe" et "l'exemplarité et la préservation du groupe"Karim Benzema est mis en examen depuis le mois de novembre dans l'affaire du chantage présumé à la "sextape" visant son coéquipier en Bleu Mathieu Valbuena. Le contrôle judiciaire lui interdisant de rencontrer le milieu de terrain lyonnais a néanmoins été levé le mois dernier.

Didier Deschamps se passera donc de son meilleur buteur en activité (27 en 81 sélections depuis 2007) pour le grand rendez-vous de juin. Mais s'il n'est pas question de remettre en cause le talent de Karim Benzema, le sélectionneur a pu vérifier avec satisfaction lors des deux derniers rassemblements de novembre et mars que son équipe était compétitive sans le numéro 9 du Real Madrid.

Les nouveaux offrent plus de variété dans les choix

Sur les deux rencontres face aux Pays-Bas et à la Russie, les Bleus ont montré une capacité à marquer des buts, et des buts très bien construits. Mises à part les deux pépites d'Antoine Griezmann et Dimitri Payet sur coup-franc, l'équipe de France a offert une capacité à enchaîner les passes et à trouver des joueurs offensifs en mouvement. Face à la Russie, la liberté de Griezmann, les permutations du trio offensif ainsi que l'apport des milieux ont offert des séquences rarement vues ces dernières années. L'intelligence de jeu des joueurs a donné un souffle nouveau à l'animation offensive. Les joueurs semblaient parler le même langage footballistique et les rôles de chacun coulaient de source. 

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Antoine Griezmann en est l'exemple parfait. En présence de Dimitri Payet et Olivier Giroud à Amsterdam, il a pris les espaces et proposé des solutions offensives aux passeurs du milieu, tout en animant son couloir et bouclant les montées adverses. Mais dans un trio Gignac-Martial-Griezmann, le joueur de l'Atletico de Madrid a pris les rênes et s'est mué en plaque tournante du jeu, terminant avec deux passes décisives. Autour de lui, à chaque fois, les joueurs se sont aussi adaptés à sa polyvalence. Pour la première fois depuis très longtemps, le jeu était fluide et personne ne marchait sur l'autre, comme si chaque joueur était à la disposition du maillot bleu et non pas à la recherche d'un quelconque statut. 

Un jeu pauvre avec les deux joueurs

Si ces détails, qui mis bout à bout n'en sont pas, ont été relevés, c'est bien que le jeu de l'équipe de France semblait trop souvent poussif avec Benzema, associé à Mathieu Valbuena. La trame était sans rythme et parfois même sclérosée. Presque en décalage avec la vitesse et le mouvement perpétuel du jeu moderne. Après comparaison, il semble bien que des débuts de conclusions puissent être tirés. Entre un Benzema inflexible sur son positionnement dans l'axe mais désireux de revenir dans l'entre-jeu pour toucher le ballon. Avec un Valbuena positionné sur un côté mais repiquant dans l'axe, il y avait embouteillage dans le cœur du jeu et un manque flagrant de profondeur. Déséquilibrée, l'équipe était bancale et manquait de fluidité et d'imagination. 

Certes, une partie du problème est imputable à Didier Deschamps. Intransigeant sur le 4-3-3, il était évident que le profil des joueurs offensifs ne correspondait pas à l'animation idéale pour ce système. Si Benzema évolue dans ce schéma en club, il peut compter sur Ronaldo et Bale pour prendre la profondeur et occuper les ailes. De plus, son statut de "lieutenant" de Ronaldo le rend sans doute plus disponible et plus appliqué à certaines tâches plus obscures. Ce qui est moins le cas en sélection.

Trop d'ego pour peu de résultats

Car on ne peut pas occulter l'ego des sportifs et l'alchimie de groupe au moment d'étudier leurs performances. Karim Benzema a un désir, louable certes, celui de devenir le patron des Bleus sur le terrain. Mais le poste d'avant-centre n'est pas celui qui se prête le plus à la prise de pouvoir dans la construction du jeu. Dans une logique de briller à tout prix sous le maillot de la sélection, le Madrilène a souvent voulu en faire trop, quitte à gêner la fluidité collective. Le constat peut être le même pour Mathieu Valbuena, revanchard du football après avoir connu le championnat de National. Le Lyonnais ne peut sans doute pas être le patron technique d'une équipe de France qui vise le dernier carré mondial ou européen. Et, ce, malgré un dévouement constant et des performances marquées par une abnégation de tous les instants. 

Mathieu Valbuena, lui, n'a jamais joué dans un très grand club européen, à un très haut niveau. En sélection, il se cogne au plafond de verre d'un niveau supérieur. Au contraire, la nouvelle génération va plus vite, est plus technique et semble aujourd'hui être sortie du même moule, concevoir le jeu de la même façon : le football du Bayern de Guardiola (Kingsley Coman), celui léché de la Liga (Griezmann), l'apprentissage rigoureux mais efficace à l'école Marcelo Bielsa (Payet et Gignac). Benzema a déjà joué deux phases finales à la pointe des Bleus, sans jamais briller dans les moments-clés. Valbuena n'a, quant à lui, pas été transcendant en 2014. Pour toutes ces raisons, forcer le retour de ces joueurs dans une équipe qui commence à montrer des promesses peut causer le crash d'un projet séduisant. Surtout que leur passé en équipe de France ne laisse pas de souvenirs marquants.

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