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La Polonaise Maja Chwalinska lors de sa demi-finale de Roland-Garros contre la Russe Diana Shnaider, le 4 juin 2026.
Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP
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C'est la belle histoire de ce Roland-Garros. Alors que le tournoi parisien a ravi les fans de tennis avec ses multiples rebondissements, une joueuse polonaise de 24 ans a su tirer son épingle du jeu et jouera ce samedi 6 juin sa première finale. Maja Chwalinska, sortie des qualifications, affrontera Mirra Andreeva, également en quête d'un premier titre de Grand Chelem. Mais si la Russe de 19 ans était l'une des favorites avant son arrivée à Paris, la Polonaise était complètement inconnue.
Maja Chwalinska a commencé sa carrière aux côtés d'une autre illustre Polonaise du circuit féminin : Iga Swiatek, l'ancienne n°1 mondiale, aux six titres en Grand Chelem. Les deux se connaissent bien, ont débuté en même temps en 2015 et ont même joué en double ensemble, atteignant la finale de l'Open d'Australie junior. Mais la carrière Maja Chwalinska n'a pas pris le même tournant.
"Maja était très douée chez les juniors, elle avait remporté le Championnat d'Europe en 2016. Puis elle a rapidement été dans le top 200 et elle s'est dit : 'Dans six mois, j'y serai.' Mais elle a dû faire face à des problèmes au poignet, au genou, au coude, elle ne sentait pas trois doigts de sa main. Le Covid est arrivé, elle a été opérée, et c'est dur de reprendre à zéro quand on attend les mêmes résultats qu'avant", expliquait son coach Jaroslav Machovsky à L'Équipe.
Maja Chwalinska tombe alors en dépression et fait une pause de trois ans dans sa carrière. "En 2019, j’ai commencé à me sentir mal. D’abord sur le court, puis aussi en dehors du court, ce qui m’a conduite à la dépression. Ce que j’aimais par-dessus tout est soudainement devenu une source de souffrance. J'en suis venue à associer le tennis à la pression, au stress et aux larmes", racontait-t-elle en 2022 sur le site de la WTA. "Pour être honnête, je ne savais pas si je reviendrais. J'avais des pensées sombres et c'était dur de sortir de chez moi. Je n'avais envie de rien."
La nouvelle génération bouscule les favoris à Roland-Garros
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La jeune Polonaise essaie de s'en sortir en testant la course à pied, puis la boxe avant de retrouver son amour pour le tennis, sachant désormais comment protéger sa santé mentale. "Je ne me punis pas. J'essaie de contrôler mon monologue intérieur. Avant, quand je ratais un coup droit, je me disais, 'je suis nulle, vraiment nulle'. C'est facile à dire, mais quand on se répète ça sans cesse, ça devient vraiment accablant", témoignait-elle.
Après cette passe difficile, Maja Chwalinska revient sur le circuit, et est étonnée de l'accueil de ses camarades : "Beaucoup de joueurs m'ont demandé ce qu'ils devaient faire, parce qu'ils souffraient aussi. C'était un peu étrange au début, je ne me rendais pas compte de l'ampleur du problème."
De retour sur les courts, Maja Chwalinska doit partir en rééducation après s'être fait opérer du genou. Nouveau retour en 2024 : elle s'offre deux titres ITF W75 (le troisième circuit du tennis professionnel). En arrivant à Roland-Garros, la Polonaise n'avait gagné qu'un seul match dans le tableau final d'un Grand Chelem (Wimbledon en 2022) et n'avait atteint qu'une seule fois les quarts d'un tournoi du circuit principal, le WTA 250 de Cluj-Napoca en février. Elle était encore en lice à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) début mai alors que les meilleures joueuses étaient au WTA 1000 de Rome.
Comment dire que Maja Chwalinska n'était pas une favorite en arrivant porte d'Auteuil. Le 18 mai, elle dispute le premier tour des qualifications puis enchaîne les victoires, trois au total, avant d'atteindre le 1er tour de Roland-Garros. Elle défait la championne olympique chinoise Zheng Qinwen puis la 23e mondiale Elise Mertens, la grecque Maria Sakkari et stoppe même le rêve de la Française Diane Parry en huitièmes de finale.
En quart de finale, elle fait chuter la n°24 mondiale, Anna Kalinskaya avant de briser le rêve d'une autre Russe en demi-finale, Diana Shnaider. Soit neuf matchs disputés depuis le début du tournoi, un seul set perdu et 15h44 jouées.
"Je suis dans une bulle. Je ne sais pas ce qu'il se passe. Je suis juste très heureuse d'être ici. J'essaye de me concentrer sur chaque match. Et après le tournoi, j'aurai le temps de digérer, d'expirer, d'inspirer", a-t-elle déclaré en conférence de presse après sa qualification pour la finale.
La jeune joueuse ne s'attendait pas à aller aussi loin, la preuve : elle n'avait pas assez d'argent pour payer son hôtel. "Comme vous le savez, on ne touche le chèque de notre performance seulement à la fin du tournoi, et là vraiment, je ne savais pas comment faire", avouait-elle après sa victoire au troisième tour. Elle a finalement été sauvée par la marque polonaise de boissons énergétique Oshee, qui s'occupe de régler l'addition.
Car contrairement aux joueuses du top 50, la Polonaise n'a pas de sponsors, comme elle l'a rappelé en rigolant face à une question sur ses tenues différentes à chaque match. Les marques risquent désormais de se bousculer à la porte de Maja Chwalinska.
Avec sa place en finale, elle est assurée de monter à la 21e place du classement WTA et de toucher 1,4 millions de prize-money, bien loin des 743.600 euros qu'elle a gagné depuis le début de sa carrière. Une victoire samedi lui permettrait de récolter 2,8 millions d'euros. A-t-elle une chance de gagner autant ? "Le tennis est un jeu. Tout est possible", assure son coach.
Surtout que le jeu atypique et créatif de cette gauchère ne cesse de faire chuter ses adversaire. "Sa manière de jouer m'a beaucoup dérangée. Elle n'est pas simple à jouer, je n'ai pas réussi à trouver les solutions. Elle est très intelligente dans sa façon de jouer, elle propose toujours des balles différentes et il faut s'adapter", a assuré Diane Parry en conférence de presse après sa défaite contre la Polonaise.
114e mondiale, Maja Chwalinska est la première joueuse de l'histoire de Roland-Garros à passer par les qualifications et atteindre la finale. Dans l'ère Open, seule la Britannique Emma Raducanu a réussi à se qualifier pour la finale d'un Majeur, à l'US Open en 2021, en étant passée par les qualifications... avant de gagner le titre. La Polonaise se dirige-t-elle vers le même destin ? Qu'elle gagne ou qu'elle perde, sa vie va complètement changer de dimension.
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