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Encore un duel entre une Ukrainienne et une Russe à Roland-Garros : comment la guerre en Ukraine s'est invitée dans le tournoi féminin

La première demi-finale de Roland-Garros voit l'Ukrainienne Marta Kostyuk affronter la Russe Mirra Andreeva ce jeudi 4 juin. La première a pris la parole à de nombreuses reprises lors du tournoi pour dénoncer la guerre en Ukraine.

Marta Kostyuk et Mirra Andreeva à Roland-Garros.

Crédit : AFP

Marine Langlois & AFP

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Comme c'est régulièrement le cas sur le circuit féminin, la guerre en Ukraine s'invite à Roland-Garros cette année. Marta Kostyuk (15e mondiale) et la Mirra Andreeva (8e) s'affrontent ce jeudi 4 juin en demi-finale du Grand Chelem parisien, seulement un mois après leur dernier affrontement au tournoi de Madrid. À la fin du match, la première, ukrainienne, avait refusé de serrer la main de son opposante russe, un geste symbolique qu'elle répète à chaque fois qu'elle rencontre une Russe ou Biélorusse.

Car Marta Kostyuk est l'une des joueuses qui prend le plus la parole sur la situation en Ukraine, plus de quatre ans après le début de l'invasion de la Russie dans son pays natal. Lors du premier tour de Roland-Garros, après sa victoire contre l'Espagnole d'origine russe Oksana Selekhmeteva, la 15e mondiale est apparue en larmes sur le court. 

"Je suis incroyablement fière de moi, je pense que c'était l'un des matches les plus difficiles de ma carrière. Ce matin, un missile a détruit un bâtiment à 100 mètres de la maison de mes parents. C'était un matin très difficile. Je ne savais pas comment ce match allait se dérouler pour moi, je ne savais pas comment j'allais le gérer. J'ai pleuré une partie de la matinée. Mais je ne veux pas parler de moi aujourd'hui, je suis très heureuse d'être au deuxième tour, mais toutes mes pensées et tout mon cœur vont au peuple ukrainien", a-t-elle déclaré. 

"Je me suis adaptée au fait que le circuit l'a oublié"

Quelques heures plus tard, en conférence de presse, l'Ukrainienne a montré des photos des dégâts sur son téléphone : "C'est ce que j'ai reçu ce matin. Je ne me sentais pas bien, je me suis dit qu'à peu de chose près, je n'aurais plus eu ni de mère, ni de sœur. Je ne veux pas penser à ce que j'aurais fait si la situation avait été pire. Mais je n'ai pas envisagé de ne pas aller jouer, parce qu'en fin de compte, tout le monde est en vie." 

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"Je vis cette guerre et je me suis adaptée au fait que le circuit l'a oublié. J'essaie toujours de faire ce que je peux, utiliser mon influence, mes déclarations, à chaque fois que je peux pour rappeler aux gens ce qu'il se passe, l'horreur de la vie quotidienne des gens là-bas", a-t-elle ajouté. 

Après sa victoire contre sa compatriote Elina Svitolina lors des quarts de finale, Marta Kostyuk a encore une fois pris la parole. "Nous avons encore vécu une nuit très difficile en Ukraine, surtout à Kiev. Tant de personnes ont perdu la vie. Je souhaite dédier ce match au peuple ukrainien et à sa résilience." 

Elle a dénoncé une "posture" de certains joueurs russes : "Je connais des gens qui ont quitté la Russie au début de la guerre, qui ont tout laissé derrière eux tout simplement parce qu'ils n'acceptaient pas ce que leur pays faisait." "J'aimerais qu'il y ait une prise de position plus claire sur ce qu'il se passe, surtout quand votre pays est en train de tuer d'autres personnes", a-t-elle poursuivi. La joueuse cite souvent l'exemple de Daria Kasatkina, joueuse d'origine russe mais naturalisée Australienne l'an dernier, la seule qu'elle "respecte" sur le circuit pour avoir osé afficher son opposition à la guerre en Ukraine. 

Des joueuses russes qui "soutiennent leur dictateur"

Une autre Ukrainienne a pris la parole pendant le tournoi : Oleksandra Oliynykova. Elle a reproché à son adversaire russe du troisième tour Diana Shnaider (qualifiée pour les demi-finales après avoir battu Aryna Sabalenka)  d'avoir participé à un tournoi parrainé par le géant russe Gazprom, ce qui équivaut, à ses yeux, à "jouer en Allemagne nazie pour la Gestapo lors d'un tournoi organisé par l'entreprise qui a construit Auschwitz". 

"Gazprom est une entreprise qui finance des crimes de guerre", a martelé Oliynykova en conférence de presse. La native de Kiev a également accusé la joueuse d'avoir "mis des likes" sur des publications de "propagande russe". 

"Mon pays est attaqué par l'argent de Gazprom et ils financent les drones qui attaquent ma ville. Qu'est-ce qui est vraiment important, de savoir qui aura le coup droit le plus fort demain ou le fait que l'on ignore ce type de chose ici ?", a affirmé l'Ukrainienne. Avant d'ajouter : "On devrait demander à Diana Shnaider ce qu'elle pense du fait que Gazprom finance les camps pour les enfants. Ils kidnappent des enfants et les mettent dans des camps. Demande-lui quel est son avis là-dessus et ce qu'elle ressent par rapport au fait de prendre de l'argent d'une entreprise telle que celle-là."

Après sa défaite contre Diana Shnaider, Oleksandra Oliynykova a continué de dénoncer les attitudes des joueuses russes qui "soutiennent leur dictateur". "Comme joueuses, nous avons une responsabilité qui va au-delà du tennis parce que le sport devrait toujours aller de pair avec l'humanité et l'humanité ne devrait jamais être optionnelle", a-t-elle déclaré, émue, face à la presse. 

Jouer une Ukrainienne "n'a pas d'importance"

De son côté, la Russe a d'abord affirmé qu'elle n'avait "aucune idée" de ce qu'avait pu dire son adversaire à son propos. "Je n'ai rien entendu, ça ne m'intéresse pas (...). Je ne sais pas ce qu'elle a trouvé (sur internet) et je suis juste ici pour jouer au tennis", a-t-elle rétorqué en conférence de presse. "Je voyage toute l'année, je ne vois pas ma famille ni mes amis et j'ai eu cette unique opportunité de jouer devant eux, de passer simplement un peu de temps à la maison", a-t-elle dit à propos de sa participation aux Northern Palmyra Trophies (NPT), l'exhibition par équipes organisée en novembre dernier à Saint-Pétersbourg. 

De son côté, Mirra Andreeva ne s'est pas attardée sur la question. Iinterrogée lors d'une conférence de presse mardi 2 juin, la jeune joueuse de 19 ans assure que jouer une Ukrainienne "n'a pas d'importance" et qu'elle "essaie simplement de jouer contre la balle qui arrive sur (elle), peu importe qui (elle) affronte". 

Elle avait été un peu plus diserte en mars 2025, avant d'affronter Svitolina au WTA 1000 d'Indian Wells qu'elle allait battre quelques jours plus tard. "Bien sûr, ce n'est pas facile" d'affronter une Ukrainienne dans le contexte actuel. "Mais j'ai déjà affronté quatre, cinq joueuses ukrainiennes" depuis le début du conflit "et j'essaie de ne pas y penser". "J'essaie de me concentrer sur mon jeu, sur mes routines. Je vais préparer ce match comme n'importe quel autre match, rien ne va changer me concernant", avait-elle continué. 

La rencontre entre Marta Kostyuk et Mirra Andreeva sera le 4e match du tournoi entre Russe et Ukrainienne. Si la première fait figure de favorite, invaincue sur la terre battue cette saison avec des titres à Rouen et Madrid, elle assure ne pas penser à remporter le titre : "Je suis là pour représenter l'Ukraine."

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