3 min de lecture Sciences

Katie Bouman, le visage du trou noir, victime de harcèlement en ligne

Le visage de la scientifique de 29 ans est devenu presque aussi célèbre que la photo du trou noir qu'elle a contribué à révéler. Mais la mise en avant d'une personnalité féminine brisant le plafond de verre dans la science a agacé de nombreux internautes.

Katie Bouman a contribué à élaborer l'algorithme qui a reconstitué la première image d'un trou noir
Katie Bouman a contribué à élaborer l'algorithme qui a reconstitué la première image d'un trou noir Crédit : Facebook
BenjaminHuepro
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Son nom et son sourire ont fait le tour du globe pour le meilleur et pour le pire. Katie Bouman est le visage derrière le trou noir, celle sans qui la première photographie de ce phénomène astronomique fascinant n'aurait jamais existé. 

Propulsée héroïne scientifique par le service de communication du prestigieux institut de technologie du Massachusetts (MIT), l'informaticienne de 29 ans qui a travaillé avec le MIT sur l'algorithme permettant de détecter Powehi a accédé à une notoriété internationale en quelques heures à peine. 

Dès la publication du cliché la montrant en train de découvrir incrédule et radieuse la reconstitution en direct de la première image d'un trou noir supermassif, la jeune femme est devenue, bien malgré, elle l'incarnation de la découverte, le symbole d'un progrès égalitaire dans un milieu scientifique peu paritaire et une source d'inspiration pour des milliers de jeunes femmes et jeunes filles rêvant de faire carrière dans les sciences et la technologie comme le fut la scientifique Margaret Hamilton pour le programme Apollo en 1969.

À lire aussi
Rien n'aurait été possible sans le Dr Katie Bouman sciences
Première image d'un trou noir : qui est Katie Bouman, l'informaticienne derrière la photo ?

Mais la valorisation d'une personnalité féminine dans un projet scientifique d'une telle envergure auquel ont contribué plus de 200 chercheurs à travers la planète n'a pas réchauffé les cœurs de tout le monde. Dépassée par son succès, sollicitée par les médias du monde entier au point de couper son téléphone, Katie Bouman a humblement insisté dans plusieurs interviews sur la réussite collective du projet. Cela n'a pas empêché de nombreux internautes de crier à l'imposture et de dénoncer un récit médiatique guidé par un agenda féministe.

"Une vendetta sexiste contre Katie"

Comme le rapporte le site spécialisé américain The Verge, des internautes ont commencé à examiner son travail pour vérifier à quel point elle avait réellement contribué à la découverte. Dans cette perspective, des trolls ont mis en avant les travaux de son collègue Andrew Chael, co-auteur de l'algorithme qui a permis de révéler le trou noir. 

Des dizaines de comptes Instagram ont été créés au nom de Katie Bouman insistant sur le fait que Andrew Chael avait écrit 850.000 des 900.000 lignes de codes de l'algorithme. La campagne s'est poursuivie sur d'autres plateformes. La page Wikipedia de la jeune femme a failli être supprimée et des vidéos ont été publiées sur YouTube pour propager des rumeurs sur son travail.

Devant la tournure des événements, Andrew Chael a rapidement pris la défense de sa collègue. Dans un message sur Twitter, le chercheur a dénoncé "des attaques horribles et sexistes" et expliqué qu'elle avait été "une énorme contributrice au logiciel qui n'aurait jamais fonctionné sans sa contribution". "Je suis ravi que Katie soit reconnue pour son travail et qu’elle inspire les gens en tant qu’exemple du leadership des femmes en sciences", a-t-il souligné, demandant aux internautes qui le félicitent parce qu'ils ont "une vendetta sexiste contre Katie" de "reconsidérer leurs priorités dans la vie".

Quelques semaines après la polémique suscitée par l'annulation de la première sortie de deux femmes dans l'espace par la Nasa, l'épisode illustre à nouveau la lente avancée égalitaire dans un milieu où les femmes ne représentent qu'environ 30% des chercheurs dans le monde et sont généralement moins bien payées que les hommes. L'équipe de l'Event Horizon Telescope à l'origine de la première preuve directe de l'existence d'un trou noir ne déroge pas à la règle. 

Selon le New York Times, elle ne comptait qu'une quarantaine de femmes sur près de 200 spécialistes. Dans un entretien au Time, Katie Bouman espère que sa figure symbolique permettra de "montrer qu'intégrer des milieux comme ceux de l'informatique ou de l'ingénierie ne consiste pas seulement à s'asseoir dans un labo pour assembler des circuits ou taper sur un clavier".

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Sciences Fil Futur Espace
Pour ne rien manquer
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7797433062
Katie Bouman, le visage du trou noir, victime de harcèlement en ligne
Katie Bouman, le visage du trou noir, victime de harcèlement en ligne
Le visage de la scientifique de 29 ans est devenu presque aussi célèbre que la photo du trou noir qu'elle a contribué à révéler. Mais la mise en avant d'une personnalité féminine brisant le plafond de verre dans la science a agacé de nombreux internautes.
https://www.rtl.fr/girls/societe/katie-bouman-le-visage-du-trou-noir-victime-de-harcelement-en-ligne-7797433062
2019-04-15 15:44:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/RBuHocNVrJVi2ndeFoFC1g/330v220-2/online/image/2019/0415/7797433985_katie-bouman-a-contribue-a-elaborer-l-algorithme-qui-a-reconstitue-la-premiere-image-d-un-trou-noir.jpg