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"120 battements par minute" : Aloïse Sauvage, une actrice brillante et touche-à-tout

GIRL CRUSH - Tout droit venue du Cirque contemporain, Aloïse Sauvage brille dans "120 battements par minute" de Robin Campillo en salles ce mercredi 23 août. Rencontre avec un talent à suivre.

Aloïse Sauvage joue dans "120 battements par minute", prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes
Aloïse Sauvage joue dans "120 battements par minute", prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes Crédit : Céline Nieszawer
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

"Ma quête, c’est ma liberté." Celle d'Aloïse Sauvage se traduit dans son parcours artistique, sa façon d'incarner un personnage au cinéma, de parler avec cet impressionnant débit tant les mots semblent fuser dans son esprit. Sa liberté, c'est aussi celle de son corps, la manière dont elle le met en mouvement lorsqu'elle évoque celles et ceux qu'elle admire, de sa passion pour la danse hip-hop comme de ses projets à venir.

Elle nous a donné rendez-vous dans un restaurant asiatique qui fait dans le bubble tea et, après avoir expliqué en détail la carte des boissons et longuement hésité pour le parfum (ce sera finalement "un grand bubble tea au matcha, sans thé, lait de soja, glaçons et sucre dose normale/moins" ; "c’est un bon choix ?”, s’inquiète-t-elle), l'interview peut commencer.

La jeune actrice, qui vient du monde du cirque contemporain, raconte alors spontanément, sans même que l'on ait vraiment à lui demander, comment elle a vécu le tournage de 120 battements par minute - en salles ce mercredi 23 août - son deuxième Festival de Cannes - où le film a reçu le Grand Prix du Jury - mais aussi ses débuts devant la caméra, sur scène ou sur un trampoline. Rencontre avec une artiste atypique et touche-à-tout mais définitivement dans l'air du temps.

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La lutte contre le sida, "une lutte féministe"

Dans 120 battements par minute, Aloïse joue Eva. C'est elle qui, avec Luc (joué par Simon Bourgade), est en charge de faire respecter l'ordre dans les réunions et les actions coup-de-poing (mais pacifiques) menées par Act Up-Paris.

Cette association de lutte contre le sida, créée en 1989, était à son apogée au début des années 90. C'est cette période qu'a choisi de raconter le réalisateur Robin Campillo, lui-même militant au sein d'Act Up-Paris, en mettant en scène le combat de ces jeunes gays, lesbiens, séropositifs et séropositives pour obtenir une intervention du gouvernement et des médicaments auprès des laboratoires. 

Tant pis si certains dialogues ou certaines scènes choquent... On est en 2017 !

Aloïse Sauvage, interprète de Eva
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Aloïse, née en 1992, n'était pas encore de ce monde à cette époque. Les images d'Act Up-Paris qu'elle avait en tête avant de décrocher son rôle, c'était "le logo et la capote sur l'obélisque". Mais l'actrice se dit "hyper fière d’être dans ce film parce que tout ce qu’il contient est impressionnant".

À Cannes, ("où tout était très émouvant : la montée des marches, le film, les applaudissements"), 120 battements par minutea reçu toutes les (bonnes) critiques de la presse. Cette visibilité devrait permettre au film de toucher un public plus large, espère Aloïse Sauvage, également Talent Adami de cette 70ème édition."Et tant pis si certains dialogues ou certaines scènes choquent... On est en 2017 !", s'exclame celle qui, dès nos cinq premières minutes d'échange, se déclare "féministe".

Aloïse Sauvage, au centre, lors de la montée des marches du Festival de Cannes pour "120 battements par minute"
Aloïse Sauvage, au centre, lors de la montée des marches du Festival de Cannes pour "120 battements par minute" Crédit : VILLARD/NIVIERE/SIPA

"Si tu commences à faire un peu attention, tu te rends compte que [d'être une femme], c’est invivable”, confie-t-elle avant d'ajouter que le film de Robin Campillo l'a aussi orientée vers cette prise de conscience : "La lutte contre le sida, c'est une lutte féministe !" Alors qu'on le réduit "à un 'truc de pédé'", s'indigne celle qui a monté les marches de Cannes en costume.

Un acte "politique", s'exclame Aloïse. "Je me suis dit que je ne pouvais pas mettre une robe pour film", ajoute-t-elle avec engouement. 

Jouer "à l’instinct"

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Lorsque nous rencontrons Aloïse, seuls les privilégiés de Cannes et spectateurs de quelques avant-premières ont pu découvrir 120 battements par minute où, malgré un personnage dit "secondaire", l'interprétation "à l’instinct" de la jeune femme retient l'attention.

"J'ai l'impression que, même si le cinéma est très récent pour moi, il y a quelque chose qui s'installe, plus de gens viennent à moi", raconte Aloïse, dont le CV d'actrice débute en 2014 avec un rôle dans Trépalium, une série pour Arte. Viendra ensuite Mal de pierresfilm de Nicole Garcia avec Marion Cotillard, présenté à Cannes en 2016.

Pourtant, Aloïse n'était pas vraiment destinée à "pétiller" sur les plateaux de tournage. Née en Seine-et-Marne, très bonne élève, fille d'une directrice d'établissement et d'un documentaliste, "pas artistes pour un sou", elle se destinait plutôt, après le lycée, à une prépa khâgne, hypokhâgne. L'objectif : intégrer l'École normale supérieure et devenir prof de Lettres Modernes. Quitte à renoncer à ses rêves ?

Choisir de ne pas choisir

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F r e e s t y l e - La dorure de l'hameçon baveux Date :

"À 8 ans, j'ai voulu faire de la flûte traversière. Qu'est-ce qui m'a pris ? Je ne sais pas mais je ne me suis jamais arrêtée". Batterie, saxophone, cours de solfège au conservatoire, danse, beaucoup de hip hop, slam - avec des textes qu'elle écrit elle-même - cours de théâtre... Aloïse est une touche-à-tout qui, excelle dans tout ce qu'elle entreprend.

"Quand j’ai dit à mes professeurs de lycée que j’allais faire du cirque, ils étaient un petit peu déçus”. Aloïse renonce à la prépa. Elle a vu son frère souffrir là-bas. Son rêve, c'est de poursuivre ses passions et le Cirque contemporain lui semble la parfaite solution pour toutes les rassembler.

"J’ai choisi de pas choisir, mais c’est compliqué parce que tout le monde te demande de le faire", explique celle dont le rêve est "d’être excellente partout", avant d'ajouter : “J'aimerais bien aimer une seule chose, je suis une bosseuse et je m’épuise... je suis épuisante comme fille", souffle celle qui a gagné sa place à l'Académie Fratellini grâce à sa sensibilité artistique et à son culot. 

Un envol confirmé vers le cinéma (et plus encore)

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Le jour du concours, Aloïse se retrouve "avec des baraqués de 23 ans. Je ne savais même pas faire du trampoline, quand j’y repense c’était ridicule !", s'amuse-t-elle. "On m’avait demander d'exécuter un numéro, j’ai improvisé avec du slam et de la danse". L'école refuse d'abord Aloïse pour qu'elle travaille sa technique ("j'ai fait une année de prépa à faire des pompes sous la pluie") et, un an plus tard, la jeune femme intègre l'école dans une promo de 6 élèves. 

Mon rêve, c’est de créer un spectacle.

Aloïse Sauvage, artiste touche-à-tout
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"C’est un domaine dur le cirque, cela m’a appris la persévérance, l’autonomie et le travail du corps", explique celle qui s'est alors spécialisée en acro-danse. Très vite, soutenue par son école, Aloïse "travaille avec des metteurs en scène et des chorégraphes", notamment Raphaëlle Boitel, une rencontre marquante dans le parcours de la jeune femme aussi bien pour la scène que pour le cinéma. "C'est grâce à elle que j'ai un agent, je lui dois beaucoup", confie Aloïse.

Le monde du cirque et de la danse ont ouvert la voie du 7ème art à la jeune artiste, confirmant alors son point de vue : "Je crois que tout se relie. J’espère que tout me sert parce que mon rêve c’est de créer un spectacle où je danse, slam, joue...".

Aloïse a déjà commencé à écrire, va sortir une chanson à la mi-septembre tout en poursuivant son joli bout de chemin sur grand écran. Elle débutera à l'automne le tournage des Fauves, nouveau long métrage de Vincent Mariette (Le Beau Monde, Tristesse Club) aux côté de Laurent Lafitte, Camille Cottin et Lily-Rose Depp. On lui souhaite bon vent. 

Merci à Céline Nieszawer pour le portrait photo d'Aloïse Sauvage. Retrouvez l'ensemble de son travail sur son site officiel. 

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2017-08-23 07:30:00
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