4 min de lecture Droits des femmes

Ghada Hatem, ange gardien des femmes victimes de violences

RENCONTRE - La fondatrice de la Maison des Femmes revient sur son engagement et cette idée qu'elle a eue de créer une maison de santé dédiée aux femmes victimes de violences.

Ghada Hatem-Gantzer pose devant l'entrée de la Maison des Femmes
Ghada Hatem-Gantzer pose devant l'entrée de la Maison des Femmes Crédit : BERTRAND GUAY / AFP
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

Une maison dédiée à la santé des femmes, quoi de plus nécessaire ? Et pourtant, il a fallu attendre l'initiative de Ghada Hatem, cheffe de la maternité de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), pour que cette brillante idée voit le jour en juin 2016. 

Un an et demi plus tard, la gynécologue obstétricienne passe à la vitesse supérieure. Elle vient de lancer une collecte de fonds avec un objectif : créer un réseau de "Maison des Femmes" partout en France pour y accueillir celles victimes de violences. Elles sont 250.000 à travers le pays à subir des coups de leurs conjoints, le harcèlement sexuel d'un collègue, ou cherchant à reconstruire leurs parties génitales excisées.

Ghada Hatem, fondatrice de la Maison des Femmes, nous a reçues dans son bureau avant l'heure de ses premières consultations. Une conversation matinale où la gynécologue obstétricienne a raconté à Girls les origines de son engagement, les difficultés rencontrées au cours de ces premiers mois d'exercice au sein de cette maison où des centaines de patientes ont pu trouver l'aide dont elles avaient besoin et se reconstruire en tant que femmes. 

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L'engagement

"Mon engagement me vient de mon enfance parce que j'étais la seule fille avec trois garçons", raconte Ghada Hatem, installée derrière son bureau. Élevée au Liban, "dans une famille progressiste, mais dans un monde où la place de la femme était ambiguë", Ghada Hatem observe durant sa jeunesse les incohérences de la société dans laquelle elle grandit.

"Les femmes sont à la fois très puissantes, puisque ce sont elles qui tiennent la maison, et en même temps de beaux objets que l'on traîne à son bras, qu'on lifte, repulpe, habille de bijoux très chers... Cette image m'a toujours déplue", explique la gynécologue avant d'ajouter que si elle n'a pas souffert des inégalités entre les filles et les garçons ("ils avaient toujours la part la plus belle, le droit de sortir, ils étaient plus libres"), ces observations l'ont toujours dérangées.

"Ensuite, je suis devenue gynécologue", poursuit la fondatrice de la Maison des Femmes. C'est ce contact quotidien, en France, avec des femmes qui lui "racontent les horreurs qu'elles vivent à la maison" qui fait comprendre à la gynécologue que les inégalités sont partout et pas qu'au Proche-Orient.

Ghada Hatem-Gantzer a ouvert la Maison des Femmes en juin 2016
Ghada Hatem-Gantzer a ouvert la Maison des Femmes en juin 2016 Crédit : BERTRAND GUAY / AFP

La naissance de la Maison des Femmes

"Quand on est gynécologue, on sait que les femmes subissent des violences, mais on ne sait pas combien cela coûte à la société et que l'impact sur la santé est énorme", affirme Ghada Hatem. C'est quand elle a commencé à s'intéresser à ces chiffres que la médecin a pris conscience de l'ampleur du problème.

"Avec l'âge, j'ai acquis une expertise de l'écoute, de l'interprétation, du management des gens et je me suis dis que cela pouvait aider à inventer cette maison de santé, orientée femmes victimes", raconte alors Ghada Hatem. 

Les femmes ont plein d'atouts pour s'en sortir

Ghada Hatem
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C'est comme ça (et avec l'aide de plusieurs fondations) que la gynécologue bâtit cette maison, accessible depuis la rue, entourée par plusieurs équipes de santé mais aussi de police, juridique et de bénévoles.

"Cela montre aux femmes qu'elles ont plein d'atouts pour s'en sortir, elles peuvent s'appuyer sur une médecin, une sage-femme, la police, mais aussi sur les ateliers d'estime de soi, le karaté...", détaille Ghada Hatem qui anime de son côté un groupe de parole autour de l'excision. 

L'impact de la Maison des Femmes sur les patientes

"Celles que nous avons accompagnées assez longtemps nous remercient et témoignent de l'impact que cela a eu sur le regard qu'elles posaient sur elles-mêmes", confie Ghada Hatem avant de conter plusieurs belles histoires comme cette femme qui "a repris ses études pour passer son bac et devenir infirmière alors qu'elle allait se suicider" ou encore cette autre patiente "qui a réussi à changer le regard de son mari sur elle et qui va lancer son entreprise de produits cosmétiques autour du karité".

Je suis ravie de voir que nous sommes débordées : cela veut dire qu'on répond à un besoin

Ghada Hatem
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Après un an et demi de travail auprès de toutes ces patientes, Ghada Hatem "porte un regard émerveillée et angoissée" autour de tout ce que la Maison des Femmes a accompli. "Je suis ravie de voir que nous sommes débordées : cela veut dire qu'on répond à un besoin".

Même si, l'équipe de la Maison des Femmes le savait déjà : les besoins sont immenses et, pour continuer à recevoir entre 30 à 80 femmes par jour comme c'est le cas aujourd'hui, il va falloir trouver de l'argent. 

L'avenir de la Maison des Femmes

Pour son appel aux dons, la Maison des Femmes a lancé un mouvement, Soyons Des Heroïnes. Ce dernier invite notamment les hommes à être "des héroïnes comme les autres", souligne Ghada Hatem. "Il faut travailler main dans la main pour renverser la vapeur", affirme-t-elle avec conviction. 

Car la principale difficulté rencontrée par la Maison des Femmes, c'est bien le manque de financement. Si tout le monde est d'accord pour reconnaître que le travail qu'elle entreprend relève d'un problème de santé publique, les interlocuteurs et interlocutrices disparaissent quand il s'agit de dire qui va signer le chèque pour répliquer le modèle de la Maison des Femmes de Saint-Denis partout en France. "On perd une énergie folle à essayer de lever des fonds", soupire Ghada Hatem. Vous savez ce qu'il vous reste à faire

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2018-03-05 07:02:00
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