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Violences conjugales : quelles solutions pour les victimes ?

157 personnes sont décédées en 2016, tuées par leur partenaire ou ex. Parmi elles, 123 femmes.

Les femmes sont trois fois plus victimes de violences que les hommes
Les femmes sont trois fois plus victimes de violences que les hommes Crédit : Getty Images
ArièleBonte
Arièle Bonte

157 personnes sont décédées en 2016. Elles ont été tuées par leur partenaire ou par leur ex-partenaire de vie (qu'ils soit "officiel" ou non), a révélé le ministère de l'Intérieur dans un rapport publié le vendredi 1er septembre

Parmi ces 157 personnes mortes à la suite "d'assassinats, homicides ou violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", selon la gendarmerie, 123 étaient des femmes et 34 des hommes. Le rapport du gouvernement souligne que sur 28 hommes tués par une femme, "17 d'entre elles étaient victimes de violences de la part de leur partenaire". Un homme a quant à lui été tué par son compagnon.

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Quelles mesures, initiatives et solutions existent en France pour prévenir ces décès (souvent liés à une séparation ou une dispute) et faire en sorte que la "régularité glaçante année après année" - selon les propres mots de Malrène Schiappa, la secrétaire d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, au micro de RTL - de ces données cesse. (122 femmes sont décédées l'année dernière selon les même conditions, peut-on lire dans le rapport du gouvernement) ?

Numéros, centres d'accueil, téléphone grand danger : ce qui existe déjà

Les numéros d'urgence et d'écoute (gratuits) : un premier reflex pour les personnes victimes de violence qu'a d'ailleurs rappelé sur Twitter le Tumblr Paye Ton Couple, qui recense les témoignages de sexisme et de violences au sein du couple. L'idéal pour appeler les forces de l'ordre ou un premier contact (anonyme) avec une association

Les lieux d'accueil et d’hébergements : 1.256 centres sont référencés sur le site de SOS Femmes. Mais selon Françoise Brié, présidente de Solidarité Femmes contactée par Girls, ces derniers au même titre que les numéros d'écoute sont souvent "saturés" ou manquent dans certains départements ruraux.

Le téléphone "grand danger" : ce dispositif permet à une victime de violences conjugales "en grave danger" de contacter un assistant téléphonique, lui-même en contact avec la police nationale et la gendarmerie nationale. Une intervention immédiate des forces de l'ordre sera alors engagée après évaluation de la situation. 

Le téléphone grand danger peut sauver des vies mais il n'est pas suffisant.

Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique
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Selon Muriel Salmona, psychiatre-psychotraumatologue, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie contacté par Girls, ce téléphone "peut sauver des vies mais il n'est pas suffisant". Plus de 500 sont actuellement circulation sur le territoire métropolitain, peut-on lire sur le site du ministère de la Justice. "Il en faudrait plus", approuve Françoise Brié. 

Le dépôt de plainte immédiate : "Ce qui compte c'est de déposer plainte", affirme Maître Tomasini, contactée par Girls. L'avocate spécialisée dans les violences conjugales voit les numéros, association et professionnels de santé (médecin généraliste, thérapeute) comme des moyens d'aider "les victimes à faire la démarche du dépôt de plainte", indispensable à toute procédure judiciaire pour s'en sortir. À noter que l'on peut se rendre dans n'importe quel commissariat et les policiers ont l’obligation d'enregistrer la plainte.

L'ordonnance de protection : elle ne n'obtient qu'après le dépôt de plainte et "entraîne l’expulsion du domicile du conjoint violent, sa mise à distance de la victime, et des enfants s'il y'en a pour un délais de six mois", détaille Maître Tomasini.

Formation, sensibilisation : quelles pistes d'amélioration ?

Ces "chiffres accablants" ne sont pas une fatalité, selon le Docteur Muriel Salmona qui s'est également exprimée à ce sujet dans un communiqué. "Le problème c'est que l'immense majorité des victimes de violences ne sont pas prises en charge" et, si elles portent plaintes, leur accompagnement doit être amélioré selon la présidente. Comment améliorer les solutions déjà existantes ? Voici quelques éléments de réponses. 

La mise en place de campagnes pour aller chercher les victimes de violences conjugales et leur expliquer que leur incapacité à agir est normale puisqu'il s'agit d'un trouble psycho-traumatique, souligne la psychiatre-psychotraumatologue. 

La formation : c'est ce qui va permettre aux professionnels de santé et aux forces de l'ordre de déceler les personnes victimes de violences conjugales (qu'elles soient des femmes ou des hommes, d'ailleurs), explique François Brié à Girls, et de les accompagner correctement dans leur parcours. 

La prévention dès l'enfance : Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, explique également que la majorité des auteurs de violences conjugales ont été violentés étant eux-mêmes enfants ou témoins de violences au sein du couple parental ou de la famille. 

Quels moyens pour ces solutions ?

Qu'il s'agissent de prévention, médiatisation ou formation, les associations que nous avons contactées sont intransigeantes : le gouvernement doit mettre des moyens et investir pour que médecins, référents sensibilisés aux violences conjugales dans les hôpitaux, mais aussi assistants sociaux et policiers sachent poser les bonnes questions et accompagner comme il se doit une personne prise dans cet engrenage de la violence conjugale.

"Il faut de l'argent, créer des postes et tout cela a un coût. Mais ce dernier n'est rien par rapport au réel coût de toutes ces violences sur la société", souligne Muriel Salmona avant de demander à la France d'appliquer la convention d'Istanbul, traité international adopté par le Conseil de l'Europe en 2011 où l'on parle justement prévention, sensibilisation, protection ou condamnation.

"Actuellement en France, on a tout un arsenal législatif autour des violences conjugales", ajoute Françoise Brié. "La difficulté principale, c’est l'application des lois sur tout le territoire français et ça, c’est une question de moyens" tandis que Maître Tomasini de son côté, "préconise une radicalisation des sanctions contre les auteurs de violences, une application de la loi et des dommages et intérêts plus importants pour les victimes". 

Centres de soins, appli mobile : des idées inédites

Si Françoise Brié préfère se concentrer sur les dispositifs déjà existants, l'avocate spécialisée explique de son côté à Girls qu'elle "envisage de proposer et de travailler avec le gouvernement pour proposer de mettre en place une application numérique". Le but : que chaque utilisateur et utilisatrice "puisse trouver dans son périmètre les associations, avocats ou instituts médico-judiciaire pouvant le ou la prendre en charge. 

En tant que psychiatre-psychotraumatologue, Muriel Salmona propose quant à elle l'ouverture de centres de soins avec du personnel formés en psychotraumatologies et dédiés aux victimes de violences. Traiter les symptômes de ces victimes leur permettra d'être "mieux protégés, de moins subir les risques d'emprise", selon la spécialiste.

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2017-09-05 07:10:00
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