5 min de lecture Cinéma

"X-Men: Dark Phoenix" : un film humain et spectaculaire mais cousu de fil blanc

NOUS L'AVONS VU - Avant que les mutants ne rejoignent le très populaire MCU, ils vivaient leurs dernières aventures sous la bannière de la Fox. Critique garantie sans spoiler.

Sophie Turner dans le rôle de Jean Grey
Sophie Turner dans le rôle de Jean Grey Crédit : 20th Century Fox
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Il faudra attendre un bon moment avant de retrouver les mutants au cinéma après ce X-Men : Dark Phoenix. Avec le rachat de la Fox par Disney, les super-héros du Professeur Xavier devraient intégrer le Marvel Cinematic Universe (MCU) avec les autres Avengers que l'on connaît bien.

Douzième film de la franchise, ce nouvel épisode est centré sur le personnage de Jean Grey. Il suit la télépathe rousse alors qu'elle obtient des pouvoirs considérables après être entrée en contact avec la Force Phénix. Cette entité cosmique dispose de pouvoirs quasi divins et d'une volonté destructrice considérable. Elle va prendre le contrôle de la jeune femme toujours jouée par Sophie Turner (Sansa Stark dans Game of Thrones).

Cet épisode ressemble considérablement à X-Men : l'Affrontement final de Brett Ratner sorti en 2006. À l'époque, Jean Grey (incarnée alors par la merveilleuse Famke Janssen) se retournait aussi contre ses anciens camarades après avoir débloqué la totalité de ses pouvoirs et de sa conscience (surnommée Phénix). Cette fois, l'intrigue de Dark Phoenix touche du bout des doigts l'univers galactique des X-Men en intégrant des aliens et des vaisseaux spatiaux. Une façon sans doute de se rapprocher des scénarios de films comme Captain Marvel.

Ce film suit aussi le parcours rétro de nos héros, commencé X-Men : le Commencement, avec les jeunes Professeur X ou Magneto joués par James McAvoy et Michael Fassbender. Dark Phoenix suit les événements d'Apocalypse mais vous n'aurez pas besoin de connaître les éventements précédents pour suivre correctement l'histoire.

Des effets visuels splendides

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X-Men : Dark Phoenix est tout d'abord une réussite esthétique. Les effets spéciaux sont de toute beauté et jamais les super-pouvoirs de nos mutants préférés n'ont été aussi léchés. La scène introductive dans l'espace est très bien réalisée et chaque apparition de la Force Phénix, cette nébuleuse rougeoyante et presque organique est un vrai plaisir.

Les rayons laser de Cyclope sont efficaces, les téléportations de Diablo aussi et les effets météorologiques de Tornade sont enfin au niveau. Il faut dire que les éclairs, la grêle et le vent sont souvent très difficiles à reproduire. Cette fois, c'est une franche réussite et cette expertise devrait permettre au film de bien vieillir.

Naturellement, tout n'est pas parfait. Les accessoires et les costumes ne sont pas incroyables. Cerebro, la machine mythique du Professeur Xavier, fait un peu gadget, les costumes des X-Men manquent clairement d'inspiration et les prothèses de visages manquent de panache. Sur ce dernier élément, ce sont Mystique et Diablo qui souffrent le plus puisqu'ils sont bleus. Le maquillage de Rebecca Romjin qui incarnait la métamorphe avant Jennifer Lawrence était bien plus beau et riche par exemple. Jennifer Lawrence et ses agents veulent plus que jamais que l'on reconnaisse mieux l'actrice mais les précédents choix dans la franchise étaient clairement préférables. 

Quelques plans sont aussi très discutables : l'atterrissage du Blackbird, l'avion des X-Men près du manoir par exemple ou une scène avec une mutante chanteuse qui était très dispensable. Pour le reste, le recours à des décors naturels et la maîtrise technique offrent un très beau spectacle. Les scènes de combats sont rythmées et parfaitement chorégraphiées.. 

Des enjeux dramatiques mal maîtrisés

L'intrigue est assez simple et ne prend pas de chemins de traverse. Jean Grey est possédée par le pouvoir du Phénix et elle se sent trahie par le professeur Xavier. Le plus puissant télépathe du monde a, comme dans l'Affrontement final, bloqué une partie de la mémoire traumatique de Jean et ses pouvoirs. Désormais plus puissante que jamais et bouleversée par la vérité, Jean Grey oscille entre la volonté de bien faire et des pulsions destructrices.

Le conflit interne est malheureusement trop simple et déjà-vu. Voir Jean perdre le contrôle et provoquer des catastrophes parce qu'on essaye de lui parler et de l'aider est un peu répétitif. Le fait que chaque tragédie soit aussi un accident empêche au scénario d'atteindre une vraie profondeur dramatique. Si elle tuait ou torturait un autre personnage en le désirant ou parce qu'elle en a besoin pour atteindre un but, cela ferait d'elle un personnage plus profond. 

Au final, Jean Grey est un outil et elle se retrouve au milieu d'une lutte d'influence avec le Bien du côté des X-Men (le professeur Xavier en père de substitution, cyclope en amoureux transi...) et le Mal avec le personnage de Vuk joué par Jessica Chastain.

On aurait aimé que l'intrigue de cette race d'extraterrestres se vautre moins dans le manichéisme pur, pour plutôt flirter du côté d'un Thanos chez les Avengers ou des Skurlls de Captain Marvel. Là, nous avons des aliens 100% méchants qui veulent le pouvoir du Phénix pour annihiler la Terre et faire revivre leur civilisation perdue sur notre belle planète. Plus de subtilité aurait enrichi l'intrigue. Jessica Chastain reste malgré tout très inquiétante et la scène de l'arrivée des extraterrestres (qui utilise habilement des légendes bien réelles sur les OVNI) est une réussite. 

Des mutants inégalement exploités

Du côté du jeu d'acteur, on est sur une performance tout à fait correcte. Sophie Turner sait parfaitement jouer la fragilité ou la domination depuis son rôle de Sansa Stark. Jennifer Lawrence (Mystique), James McAvoy (Pr. X), Michael Fassbender (Magneto) et Nicholas Hoult (Hank McCoy) montrent, malgré le peu de place qui leur est fait, qu'ils sont de bons acteurs.

On se serait passé de l'éternel conflit philosophique entre le Professeur et Magneto qui paraît dérisoire face aux enjeux. Idem pour la scène en plein Paris qui vient conclure le film (le nom du bar dans le dernier plan fera hurler les fans français). 

Les scènes de conflits et de tensions, de la mission dans l'espace à la fuite de Jean sont très bonnes. Le duel entre le professeur Xavier et Mystique sur la question de l'ego du télépathe et la place des femmes est assez rafraîchissant. Pour une fois, Cyclope (Tye Sheridan) est bien utilisé et retrouve la place de son personnage dans les comics : celui de l'amoureux de Jean et du pilier des X-Men, loyal jusqu'au bout des ongles. Alexandra Shipp (Tornade) et Kodi Smit-McPhee (Diablo) demeurent très en retrait. On est ici à des années-lumière d'Halle Berry.

La vraie déception vient avec Evan Peters dans son rôle de Quicksilver. Il est le seul personnage drôle et permet de merveilleux ralenti dans les scènes d'action grâce à ses pouvoirs mais il est injustement sous-exploité dans ce film qui demeure sérieux et dramatique 99% du temps.

Au final, nous avons un film finalement très humain car centré sur les relations entre les personnages et les émotions de Jean Grey. Un film supérieur à X-Men : Apocalypse mais qui reste encore très loin de la franche réussite qu'était X-Men : Le Commencement avec son ambiance vintage, son intrigue géopolitique et sa galerie de mutants. Dark Phoenix est plus intimiste et demeure malgré tout une bonne conclusion pour la saga X-Men avant de passer sous la très efficace moulinette de Disney. 

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Dark Phoenix | Final Trailer [HD] | 20th Century FOX
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