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Bad Bunny lors de la mi-temps du Superbowl, le 8 février 2026.
Crédit : Kevin C. Cox / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
La France se prépare à vibrer aux rythmes latins de Bad Bunny. La star portoricaine est en concert au CEPAC Vélodrome de Marseille mercredi 1er juillet avant un passage à Nanterre, à la Plenitude Arena (anciennement Défense Arena) les 4 et 5 juillet.
Artiste le plus écouté du monde sur Spotify en 2025, lauréat du Grammy de l'album de l'année avec DeBI TiRAR MaS FOToS, showman sensationnel à la mi-temps du Super Bowl, billets qui se sont arrachés pour sa tournée : Benito, de son vrai nom, semble mettre tout le monde d'accord.
Enfin, sauf Donald Trump et sa clique. Car outre sa musique entraînante - mélange de reggaeton, trap latino et pop puissante -, Bad Bunny est devenu au fil des ans une figure engagée, voix anticoloniale se battant contre les politiques d'immigration américaines, les violences sexistes, homophobes et transphobes.
C'est un événement récent qui a cimenté la position de Bad Bunny comme opposant au président des États-Unis et tout ce qu'il représente. Tout commence en octobre 2025 avec une annonce toujours très attendue de l'autre côté de l'Atlantique : l'artiste originaire de Bayamón (Porto Rico) est choisi pour la mi-temps du Super Bowl, finale du championnat du football américain.
Après Kendrick Lamar, Rihanna, Lady Gaga ou encore Madonna et Prince, Benito a l'honneur de se produire pendant une quinzaine de minutes devant près de 130 millions de téléspectateurs. Un beau symbole dans l'Amérique de Donald Trump où les déportations se multiplient depuis son retour à la Maison-Blanche. Après l'annonce, la réaction du chef d'État n'a pas tardé : "C'est absolument ridicule" avait-il dit, ajoutant n'avoir "jamais entendu parler" de lui.
Rapidement, l'affaire devient politique alors que le clan de Trump, la sphère MAGA, dénonce sa présence allant même jusqu'à organiser une contre soirée, des réactions qui rappellent celles de l'extrême droite française après l'annonce de la présence d'Aya Nakamura à la cérémonie d'ouverture des JO de Paris 2024.
Bad Bunny vs. Trump : un Super Bowl très politique ? (3/3)
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"Sa présence est politique", assurait Jorell Melendez-Badillo, un historien spécialiste de Porto Rico à CNN alors que l'intéressé déclarait au Parisien : "Le Super Bowl n’est pas politique, c’est une célébration de la culture, de la musique, de la famille. Je préfère me concentrer là-dessus. Je ne suis pas un politicien. Je parle de ce que je vis et de ce que vivent les gens autour de moi, c’est tout."
Pourtant, sa performance était bien politique, rien que par son existence. Le Portoricain a rendu hommage à son île natale, entre décors de plantation de canne à sucre et poteaux électriques, pour dénoncer les fréquentes coupures de courant, avant de terminer par un défilé de drapeaux de toute l'Amérique, avec notamment Cuba et le Venezuela.
"La seule chose plus puissante que la haine, c'est l'amour", pouvait-on lire sur les écrans pendant ce show principalement en espagnol. "Personne ne comprend un mot de ce que dit ce type et les danses sont dégoûtantes", a d'ailleurs réagi Donald Trump.
Cette mi-temps du Superbowl, le 8 février dernier, est arrivée seulement une semaine après le triomphe de Bad Bunny lors de la prestigieuse cérémonie des Grammy Awards. En remportant la statuette pour album de l'année, Benito est devenu le premier à recevoir un Grammy dans la catégorie reine pour un disque entièrement en espagnol. Lors de son discours de remerciement, il a appelé à "mettre dehors" la police américaine de l'immigration (ICE), très décriée notamment après la mort de plusieurs personnes lors d'interventions ou alors qu'elles étaient détenues.
"Nous ne sommes ni des sauvages, ni des animaux, ni des extraterrestres ; nous sommes des êtres humains. La haine devient plus puissante avec la haine. La seule chose la plus puissante c'est l'amour. Si nous devons nous battre, nous devons le faire avec amour. Ne les haïssons pas, mais aimons notre peuple, notre famille, notre culture", a lancé la star devant les applaudissements de la salle. Le chanteur a d'ailleurs décidé de ne pas faire passer sa tournée par les États-Unis, de peur que les agents de l'ICE attendent ses fans à la sortie des concerts.
Ce n'est pas la première fois que Bad Bunny dénonce ouvertement les politiques de Donald Trump. En 2018, lors de sa toute première apparition à la télévision américaine, au Tonight Show de Jimmy Fallon, il rend hommage aux victimes de l'ouragan Maria, qui a ravagé Porto Rico fin 2017. Des milliers de personnes avaient été déplacées alors que des régions s'étaient retrouvées sans électricité pendant plusieurs mois.
"Un an après l’ouragan, certaines personnes n’ont toujours pas d’électricité chez elles. Plus de 3.000 personnes ont perdu la vie et Trump est toujours dans le déni. Mais tu sais quoi ? On s’en sort bien, avec ou sans billets de 100 dollars (…) Et on s’en sortira encore mieux, Porto Rico", a lancé la star avant de chanter son tube Estamos Bien.
Car Bad Bunny aime son île. Porto Rico est au cœur de l'art du chanteur, notamment son dernier album Debí Tirar Más Fotos dans lequel il revisite de nombreux genres musicaux pour déclarer sa flamme aux terres qui l'ont vu grandir. Il puise dans les racines de la musique portoricaine, comme la salsa avec Baile inolvidable mais aussi la plena tout en n'oubliant pas le trap et le reggaeton. Son titre le plus politique, Lo que le Paso en Hawaii, dénonce la gentrification de Porto Rico faisant un parallèle avec Hawaii où la colonisation américaine a entraîné la marginalisation de l'identité locale.
Porto Rico se dirige-t-elle vers un destin similaire ? Annexée en 1898, l'île est aujourd'hui un État libre associé avec un gouvernement qui gère les affaires internes, mais une politique et une défense pilotée par le président des États-Unis. L'île est ni tout à fait américaine, ni tout à fait hispanique. Si l'anglais est l'une des langues officielles, c'est bien l'espagnol qui domine très largement.
Et Benito n'hésite pas à prendre position politiquement sur l'île. En 2019, il a participé aux manifestations pour pousser le gouverneur de Porto-Rico Ricardo Rosselló vers la sortie, empêtré dans des affaires de corruption et dont les messages sexistes, homophobes et misogynes avaient été dévoilés au grand public.
En 2024, il apporte son soutien à Juan Dalmau, le candidat du parti indépendantiste opposé à ceux des deux partis au pouvoir depuis 70 ans. "Je n’ai apporté mon soutien à personne. C’est Porto Rico qui a exprimé son soutien de manière spontanée. C’est vous qui m’avez inspiré, une fois de plus. C’est vous, le peuple de Porto Rico, qui m’avez dit que le 5 novembre, nous devons voter pour Juan Dalmau", a-t-il lancé lors du dernier meeting politique du candidat indépendantiste.
Figure anti-Trump et anticolonialiste, Bad Bunny a aussi réformé les codes hypermasculins du reggaetón, n'hésitant pas à s'afficher en robe et avec du vernis. Quand un salon espagnol lui refuse l'accès en 2018, il va de sa plume sur Instagram : "Je voulais juste vous dire à tous que je suis allé dans cet endroit merdique afin de me faire les ongles (manucure + vernis) et ils m’ont dit NON parce que suis un HOMME. Hahaha. Je ne sais pas trop quoi penser, mais il me semble que cela est très, très misérable. En quelle année sommes-nous ? En 1960, ou quoi ? Comment décrire une telle attitude ?"
Au magazine Allure en 2021, il expliquait, "quand venait mon tour d'acheter des vêtements, c'était toujours les mêmes jeans et les mêmes chemises, mais dans des tailles différentes. Les vêtements pour femmes offraient plus de liberté ; ceux pour hommes, non. Il y a clairement deux poids, deux mesures". Le reggaeton est à l'époque plutôt un style très masculin où l'on entend souvent des propos misogynes et Bad Bunny détonne et n'hésite pas à prendre position en prônant une sexualité fluide.
Dans son tube Solo de mi, en 2018, une femme victime de violences domestiques trouve le courage de dire non avant de retrouver le sourire sur la piste de danse. Sa prestation de Ignorantes, deux ans plus tard chez Jimmy Fallon, lui permet de dénoncer le meurtre d'Alexa Neulisa Luciano Ruiz, une femme transgenre tuée à Puerto Rico après avoir utilisé les toilettes des femmes dans un restaurant. En jupe et blaser rose, Bad Bunny montre fièrement son tee-shirt où il est écrit "ils ont tué Alexa, pas un homme en jupe".
Toujours en 2020, le clip Yo Perreo Sola, voit le chanteur se transformer en drag-queen et chanter du point de vue féminin, implorant les hommes de laisser les femmes danser comme elles veulent. "Si elle ne veut pas danser avec toi, tu la respectes. Elle twerke seule", balance le Portoricain. Le single est rapidement devenu un hymne LGBT+ et féministe, alors que Bad Bunny laisse planer le doute sur sa sexualité : "Dans vingt ans, je pourrais aimer un homme", .
Bad Bunny n'a donc clairement pas attendu Donald Trump pour montrer sa conscience politique, son engagement a toujours été en filigrane de son art.
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