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Une Afrique loin des stéréotypes : comment le streameur IShowSpeed a ouvert les yeux de millions d'internautes

Pendant 28 jours, le streamer américain IShowSpeed a parcouru près d’une vingtaine de pays africains, caméra allumée en continu. Ses lives cumulent des millions de vues et provoquent une onde de choc chez ses millions d'abonnés, notamment américains. Ces derniers découvrent un continent loin des stéréotypes de pauvreté et de misère longtemps véhiculés.

Créateur de contenus Ishow Speed cumule près de 50 millions d'abonnés.

Crédit : Capture d'écran Instagram IshowSpeed

Yasmine Boutaba

Pendant des décennies, l’Afrique a été présentée sous un prisme unique : celui des conflits, de la misère et du sous-développement. Une image largement relayée au cinéma, la littérature, etc... au point d’ancrer des représentations erronées dans l’imaginaire collectif.

Avec sa tournée baptisée Speed Does Africa, IShowSpeed, Ishow Speed, de son vrai nom Darren Watkins Jr qui cumule 50 millions d’abonnés sur sa page YouTube et plusieurs millions sur Twitch, a voulu montrer une autre réalité, plus complexe, plus vivante et surtout plus humaine. 

Après l’Amérique du Sud, la Chine ou encore l’Europe, il a lancé fin décembre 2025 son projet le plus ambitieux : une tournée de 28 jours à travers près de 20 pays du continent. Âgé de seulement vingt ans, il a opéré depuis un an un virage vers le voyage en direct. Le créateur de contenus a été révélé par ses lives de jeux vidéo et ses réactions excessives. Et il a réussi à conquérir une grande popularité, à tel point que le magazine Rolling Stone l’a récemment désigné comme le créateur le plus influent de l’année 2025.

@crane_editz ISHOWSPEED in Ethiopia 🇪🇹 #africatour ♬ original sound - crane_editz

Une ferveur populaire impressionnante de pays en pays

Partout où il est passé, le streamer a été accueilli par des foules immenses. Mercredi 21 janvier, l'influenceur a fait étape à Lagos, capitale économique et culturelle du Nigeria, où il a célébré ses 21 ans.

En Algérie, il s'est rendu dans la capitale. Il a visité la Casbah, quartier historique classé au patrimoine mondial de l’Unesco, connu pour ses ruelles et son rôle central durant la guerre d’indépendance. Il a également découvert des monuments emblématiques comme le Maqam Echahid, mémorial dédié aux martyrs de la guerre d’Algérie, ainsi que les bâtiments haussmanniens hérités de la période coloniale.

Invité à un mariage traditionnel, il a été plongé dans la culture algérienne : musique chaâbi, genre populaire urbain d’Alger, youyous lancés par les femmes pour célébrer l’événement, tenues traditionnelles comme le hayek, voile blanc porté historiquement par les femmes, ou le bernous, manteau de laine à capuche porté par les hommes. Il a goûté des plats traditionnels comme le couscous, les briques ou le qalb el louz, dessert à base de semoule et de miel. Il a aussi rencontré des artistes comme le rappeur franco-algérien Fianso et le chanteur algérien Djam, et s’est essayé, sans détours, au raï, genre musical né dans l’ouest algérien.

@fazzed__ ISHOWSPEED In Algeria 🇩🇿 | #algeria #africatour #ishowspeed @ishowspeed ♬ son original - 𝑭𝒂𝒛𝒛𝒆𝒅

Dans le Sahara, il a porté le turban, monte à cheval, appris les gestes du quotidien et s'est intégré, à chaque fois, avec une facilité déconcertante. Une constante dans ses vidéos : il ne reste jamais spectateur, il participe.

Maroc, Éthiopie, Kenya : immersion culturelle et spontanéité

Au Maroc, IShowSpeed a déambulé dans un "souk", marché traditionnel où se vendent épices, fruits secs ou artisanat. Il a participé à une performance de musique gnawa, un genre musical aux origines subsahariennes. Les musiciens ont joué différents instruments dont le bendir, grand tambour sur cadre, de la derbouka, un tambour en forme de gobelet, ainsi que des castagnettes métalliques.

Le streamer a porté un tarbouche, petit chapeau rouge traditionnel, et s'est montré en train de danser, chanter et applaudir avec son énergie débordante habituelle. Et son passage au Maroc s'est conclu par sa présence à la finale de la CAN 2026, dimanche 18 janvier dernier, déguisé en lion, en référence aux Lions de l’Atlas et aux Lions de la Teranga. Il a salué les joueurs marocains à leur entrée sur la pelouse et réalisé un joli salto arrière dans le stade. 

En Éthiopie, IShowSpeed a appris l’esquesta, une danse traditionnelle basée sur des mouvements rapides et précis des épaules. Il a également rencontré des membres de communautés locales, reconnaissables à leurs peintures corporelles et faciales, tout en filmant les gratte-ciel et les infrastructures modernes d’Addis-Abeba, à contre-courant des idées reçues.

Au Kenya, il a exploré les espaces naturels, observe zèbres, lions et hippopotames, et appris à cuisiner l’ugali, plat de base dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, préparé à partir de farine de maïs et d’eau. Il a également visité les Masaïs, population africaine d’éleveurs et de guerriers semi-nomades, et a fait une rencontre marquante avec celui qu’on a présenté comme le plus grand homme du continent. 

@kickclipper_ IShowSpeed got hyped a little bit too much in Morocco 😭 #ishowspeed #fyp ♬ original sound - Liu Clipper

Botswana, Égypte, Zambie, Afrique du Sud : chaque étape a été l’occasion de montrer un contraste permanent entre traditions ancestrales et modernité. En Égypte, il a visité les emblématiques pyramides, et monté à dos de chameau et filme les 4x4 rutilants.

En Zambie, il a appris des danses locales mais découvert aussi des pratiques de "street racing", autrement dit des courses automobiles illégales. En Afrique du Sud, il s'est essayé, par exemple, aux sauts et danses populaires locales et participé à une course avec un guépard, scène largement relayée sur les réseaux. Et en Angola, il a joué au football avec cent enfants.

@enzoclips4 #ishowspeed #kenyantiktok🇰🇪 ##speedinkenya ♬ Sybau - KCK Mixes

Des réactions américaines entre choc et remise en question

Sur TikTok et Instagram, les réactions ont afflué, souvent chargées d’émotion. Certains internautes américains ont avoué en larmes avoir changé de regard sur l’Afrique. "La musique, la culture, tout me procure un sentiment de bien-être intérieur", a confié l’un d’eux. D’autres ont reconnu avoir grandi avec l’idée d’un continent "primitif et dangereux". 

Face à ces réactions, des parodies ont rapidement émergé, moquant l’ignorance de certains. Mais beaucoup ont aussi annoncé vouloir voyager en Afrique pour découvrir par eux-mêmes un continent qu’ils disent avoir longtemps sous-estimé.

Entre fascination, critiques et limites du format

IShowSpeed n’est pas perçu comme un "sauveur". Il a su filmer sans mise en scène excessive, laissé tourner la caméra pendant des heures, donné la parole aux habitants ainsi qu'aux entrepreneurs locaux - comme des barbiers ou des patrons de petites épiceries locales. Son énergie indéfectible, son humour, son exubérance et son improvisation séduisent. À tel point qu'en une seule journée de livestream au Kenya, il a gagné plus de 360 000 abonnés. Certains y voient même l’anti-MrBeast, YouTubeur américain qui cumule plus de 450 millions d'abonnés, souvent critiqué pour ses vidéos très produites et son approche paternaliste.

Si son travail est largement salué, il n’échappe pas aux critiques. Certains ont estimé qu’il survolait les pays, qu’une visite de 24 heures reste superficielle et qu’il profitait d’une culture pour faire du clic. Briser les clichés, oui, mais comprendre en profondeur les réalités locales demande du temps.

Reste une évidence : Speed Does Africa a ouvert une brèche. En montrant un continent multiple, moderne, festif et complexe, IShowSpeed a contribué, à sa manière, à déplacer le regard de millions de personnes. Et ce simple déplacement, à l’ère des réseaux sociaux, n’est pas anodin.

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