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Mort de Karl Lagerfeld : qui était Jacques de Bascher, l'amour en diable du couturier ?

PORTRAIT - Il était d'une élégance rare et a eu entre ses mains charmeuses les cœurs de l'ultra-sensible Saint Laurent et de l'ascète Lagerfeld.

Louis Garrel dans le rôle de Jacques de Bascher dans "Saint Laurent" de Bertrand Bonello
Louis Garrel dans le rôle de Jacques de Bascher dans "Saint Laurent" de Bertrand Bonello Crédit : EuropaCorp
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Il était le grand amour "non-physique" de Karl Lagerfeld et celui qui a, selon la légende, brisé son amitié avec l'autre étoile de la mode : Yves Saint Laurent. Jacques de Bascher était un jeune homme de la bourgeoisie française, fils d'un ancien gouverneur de Cholon quand le Viêt Nam faisait parti des territoire administrés par la France coloniale et d'une mère issue d'une vaste famille de propriétaires limousins. 

Il grandit dans les bons établissements du Paris bien-né, à Neuilly-sur-Seine dans un grand appartement qui fait face au bois de Boulogne. Ses manières, ses allures d'aristocrate d'un autre temps et son goût pour la provocation vont façonner sa vie. Il entre dans les années 70 dans la marine avant de récolter un mois de prison pour plusieurs provocations sexuelles. Ce passage par les geôles de la Légion étrangère ne calmera jamais ses ardeurs. 

De retour en métropole, il s'installe à Paris et court les soirées mondaines. Il passe ses nuits dans deux boîtes en vue : le Sept et le Nuage. C'est là qu'il rencontra le jeune couturier allemand Karl Lagerfeld. Nous sommes en 1973, Jacques à 22 ans. Il vit un amour jamais consommé avec Karl, des dires du couturier. "Je suis un prix de vertu sans mérite", disait-il. "Les gens ne le crois pas, mais je ne couchais pas avec Jacques (...) le côté 'activité sportive' ça je ne suis pas du tout amateur et ce n'était pas dans mes goûts", racontait Karl Lagerfeld dans le documentaire Une guerre en dentelles de l'émission Duels.

L'élégance du pécheur

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Karl travaille. Jacques se fait entretenir, sort et séduit à tout va. À la fin 73, il rencontre Yves Saint Laurent et c'est une passion brûlante et sado-masochiste que les deux hommes partageront. Karl Lagerfeld travaille. Pierre Bergé, déjà compagnon de Yves Saint Laurent, n'apprécie guère la liaison qui déstabilise très fortement le jeune prodige formé par Christian Dior.

L'amitié entre les deux couturiers, qui se connaissent et sont amis depuis leurs débuts tonitruants en 1954, ne résista pas. La légende veut que ce sont les menaces (ou le "mépris" comme le dit l'intéressé) de Pierre Bergé qui éloignèrent de Bascher de Saint Laurent, le dandy retournant vivre auprès de son bienfaiteur Karl Lagerfeld. 

La biographe Marie Ottavi s'est amusée à synthétiser son art de vivre en une journée-type dans Jacques de Bascher, dandy de l’ombre (Séguier) : "Chaque jour, Jacques de Bascher déjeune aux Deux Magots ou chez Lipp, toujours à la même table. Il retrouve dans ce minuscule triangle germanopratin l’ensemble de la faune qu’il recroisera le soir venu. Ses journées suivent un rituel immuable. Lorsqu’il rentre chez lui après le déjeuner, il fait une sieste puis se rend chez Carita, où Monsieur Guy, coiffeur de feu Gérard Philipe, se charge de sa nuque. Quand il ne prend pas soin de son apparence, il va au cinéma, fait du shopping, prend le thé chez une comtesse ou reçoit un amant, raconte le magazine Têtu qui reproduit le passage. 

"Vers dix-sept heures, il repart vers l’Odéon et s’installe au Dauphin, rue de Buci. Il y joue au flipper et y achète les substances nécessaires à la prochaine nuit. Puis, il se rend chez Karl Lagerfeld avant de rentrer se préparer pour sa soirée et de filer vers le Flore, l’antichambre de la nuit, à quatre minutes de chez lui".

Impossible, odieux, parfait

Jacques de Bascher ne s'assagit pas pour autant. Le 24 octobre 1977, il donne, "en l'honneur" de Karl Lagerfeld, une soirée SM gigantesque à La Main Bleue à Montreuil : le Moratoire noir. Le choc est retentissant. Karl, lui, reste de marbre mais reste sous le charme de cet homme qui est son contraire. "Je suis calviniste pour moi et d'une indulgence totale pour les autres, disait Lagerfeld. En revanche, je ne suis pas pousse-au-crime comme l'étaient ceux de la bande de Warhol. Ça, je déteste."

La drogue, le sexe et les excès eurent raison de cette comète au style si singulier qui fut terrassé par le sida en 1989. "Jacques de Bascher jeune, c’était le diable avec une tête de Garbo (…). Il s’habillait comme personne, avant tout le monde. C’est la personne qui m’amusait le plus, il était mon opposé. Il était aussi impossible, odieux. Il était parfait. Il a inspiré des jalousies incroyables", disait de lui le Kaiser. 

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