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Leonardo DiCaprio, l'enfant sauvage d'Hollywood

PODCAST - Leonardo DiCaprio n'a jamais embrassé le monde sur la proue du Titanic. Cette bouffée de romantisme, qui le rendit universellement célèbre, était une illusion. Depuis tout petit, il savait que c'était le monde entier qui faisait naufrage et qu'il faudra bien un jour se décider à le sauver.

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Leonardo DiCaprio, l'enfant sauvage d'Hollywood Crédit Image : VALERIE MACON / AFP | Crédit Média : Jean-Alphonse Richard | Durée : | Date : La page de l'émission
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Jean-Alphonse Richard et Marie Bossard

Leonardo Wilhelm DiCaprio a vu le jour le lundi 11 novembre 1974 à 2h47 du matin dans une clinique de Los Angeles. Fils unique d'un couple de hippies rescapés des sixties. Son père, George DiCaprio, d'origine italienne, est auteur de bandes dessinées satiriques et éditeur de ses propres œuvres. De lui, l'acteur a hérité une allure, une démarche et la faculté de ne jamais avoir peur. Sa mère, Irmelin Indenbirken, dont les parents, Allemands, ont fui le nazisme. D'elle, Leonardo à reçu ses mèches blondes, ce regard bleu magnétique et le don de disparaitre. La légende veut que son prénom aurait été choisi par ses parents lors d'un voyage en Italie. Une visite du Musée des Offices, à Florence, devant une toile de Léonard de Vinci - Léonardo da Vinci - le bébé à naître se serait violemment agité dans le ventre de sa mère. Ce jour-là, il serait décidé que ce garçon porterait le prénom d'un génie universel de l'humanité.

Leonardo DiCaprio a de vrais parents mais pas de vraie famille. Même s'il ne cessera de répéter : "J'ai eu de la chance, beaucoup de chance de naître dans cette famille", il n'a même pas un an, quand George et Irmelin divorcent. Ce qui aurait pu être une irrémédiable fracture sera vécu comme un bienfait par le petit Léonardo. Ni cri, ni vraie séparation, ni dispute pour la garde du fils unique. Des parents qui ne vont jamais se déclarer la guerre et vont rester des voisins proches. Comme si au fond rien ne changeait dans cette vie de bohème. Le couple n'a pas beaucoup d'argent et habite Echo Park, un quartier de Los Angeles alors gangrené par la pauvreté, la prostitution et la drogue. Une zone où la police ne s'aventure que rarement, le lieu a été rebaptisée "Syringe Alley", "l'allée des seringues". Leonardo a beau être blanc, blond et plutôt chétif, il est né ici. Et déambule sans crainte dans cet univers familier dont il connait  les plus sombres recoins. Ceux où les drogués à l'héroïne se shootent et celui, près de la salle de billard, où les souteneurs encaissent l'argent des filles. "La révolte, la destruction étaient partout. Je n'avais pas besoin de l'expérimenter pour la vivre. Donc je m'en suis passé", dit-il. Il ajoute : "Ma rébellion, je l'ai connue plus tard. Pas contre mes parents, mais contre une nouvelle vie qu'on m'imposait"

A neuf ans, Leonardo DiCaprio confirme le vœu qu'il a formé. Il confirme qu'il veut être acteur. En fait, il a été abasourdi de découvrir que son demi-frère avec qui il fait les 400 coups, Adam Farrar, trois ans de plus que lui, le fils de la nouvelle compagne de son père, a empoché pas moins de 50.000 dollars pour le tournage de quelques pubs pour des céréales. Pour la première fois de sa vie, Leonardo DiCaprio prend conscience de la toute puissance de l'argent. Il n'en a jamais eu. Tourner des pubs, faire de la télé ou jouer dans des films lui apparait alors - de façon éclatante - comme le meilleur moyen de quitter une bonne fois pour toutes le quartier délabré d'Echo Park. L'acteur ne s'en cachera pas en déclarant dans on autobiographie : "Si je suis honnête, je dois dire que c'est l'argent qui m'a motivé. Je me demandais toujours si on allait avoir les moyens de se payer tel ou tel truc. Et faire l'acteur, c'était le meilleur raccourci pour nous sortir de ce bordel". Son père George, sa mère, Irmelin, et sa grand mère, Helena, restent ses meilleures alliées pour parvenir à ses fins.

Leonardo DiCaprio enchaîne donc tous les castings où l'on recherche des enfants. Sa mère l'accompagne, quitte parfois à faire des kilomètres pour arriver à l'heure au rendez-vous, mais DiCaprio ne séduit pas les producteurs. Le jeune garçon s'impatiente et semble vivre ces rejets successifs comme autant d'injustices. Autour de lui, on le soutient, on lui certifie que son obstination finira par payer. Au collège, sa prof d'éducation artistique Helen Stringos-Arias l'encourage. Malgré cela, il ne sera jamais un enfant star comme en produisent régulièrement les studios Disney, mais il n'a pas dit son dernier mot. A treize ans, il a pour agent la dénommée Bonnie Liedtke, spécialisée dans les émissions pour la jeunesse. Avec elle il est en confiance. Son précédent agent lui avait conseillé pour réussir de changer son nom en Lenny Williams, DiCaprio n'aurait alors jamais vu le jour. Il lui avait claqué la porte au nez. Bonnie Liedtke accompagne les premiers pas du débutant. Question physique il n'a rien de sexy : pas très grand, mal fagoté, le teint blafard... Au lycée John Marshall, on se souvient d'un garçon introverti malgré ses provocations. On le surnomme Shorty, qui signifie court sur pattes, ou encore Leonardo Retardo tant il semble peu vif d'esprit. Question caractère, il est solitaire et imprévisible. Pas de petite amie. Quelques potes, des garçons avec qui il passe son temps à faire du skate. Il confirme : "J'étais le plus petit en taille et je jouais au plus malin. C'était la pire des combinaisons à cet âge".

Un acteur qui se joue de son image

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Leonardo DiCaprio, 17 ans, est l'un des 400 candidats au casting de Blessures Secrètes. La production recherche un ado pour affronter Robert de Niro en beau père tyrannique. Le réalisateur sait d'emblée qu'il va choisir DiCaprio. Il a l'exact profil souhaité. Lors des essais, quand il pique une colère face à de Niro, celui-ci s'arrête et répète "C'est bien, c'est bien", pressentant peut-être qu'il a en face de lui l'un de ses plus sûrs héritiers. Quand le film sort enfin, en 1993, DiCaprio vole tout simplement la vedette à de Niro. Les producteurs, les agents, les journalistes le remarquent. Quelques mois plus tard, dans la nuit du 31 octobre, Di Caprio croise l'acteur River Phoenix, seulement quatre ans de plus que lui, à une fête d'Halloween. River Phoenix, le joyau le plus intense et le plus mystérieux d'Hollywood, est son idole absolue. "Je voulais ce soir là le saluer même si je savais qu'il allait m'envoyer balader". DiCaprio lui tend la main mais deux personnes s'intercalent. Et River Phoenix disparait dans la nuit. Il mourra ce même soir d'une overdose au Viper Room, la boite de Johnny Depp. Dès lors le cinéma américain aura un besoin urgent de lui trouver un remplaçant. DiCaprio serait-il soudain devenu le bon acteur au bon moment ? La légende dira que l'acteur est sans douté né ce soir-là.

En cette année 1995, Leonardo DiCaprio commence à être un acteur très convoité. Il n'a pourtant rien changé à sa vie. Il continue d'inviter sa mère et sa grand mère sur les tournages, son père lit en avant-première tous les scénarios et sélectionne pour lui des rôles qui lui vont comme un gant. Des personnages sombres et dramatiques. Des films comme The Basketball Diaries ou Rimbaud-Verlaine, où étrange hasard, les réalisateurs avaient tout d'abord songé à River Phoenix pour tenir le rôle principal. Le noir va bien à cet acteur blond qui dit ne pas aimer les histoires d'amour. "J'ai le sentiment que cela attire une attention qui n'est pas sincère", confie t-il. L'année suivante, pourtant, il est au Mexique à Rosarito Beach au pied d'une réplique de paquebot géant, pour le tournage d'un film où il sera l'archétype du héros romantique : Titanic. Le réalisateur, James Cameron, a su très vite qu'il lui fallait cet acteur. "Je l'avais vu lors d'une conférence de presse. Toutes les femmes de l'immeuble étaient dans la salle, de la comptable à la garde de sécurité. Je me suis dit qu'il fallait que je le voie". Le film le rend célèbre dans le monde entier. La LeoMania s'empare de la planète. Les filles rêvent d'être à la place de Kate Winslet, des coiffeurs afghans sont emprisonnés par les Talibans, car ils faisaient des coupes à la Leo. Onze Oscars pour le film mais rien pour DiCaprio qui de toute façon n'aimera jamais ce film. Ni son image, ni son histoire, ni son tournage dans l'eau froide. "Juste après, dira t-il, j'ai fait une dépression".

Est ce pour conjurer le sort et faire un pied de nez au succès que Leonardo DiCaprio, désormais richissime et courtisé, prend du poids, s'affiche dans des costumes sur mesure à grosses rayures, porte des chaussures bicolores et fume de gros cigares. Caricature du nouveau riche d'Hollywood. On le voit sur des yachts à Saint-Tropez et dans les clubs à New-York. En réalité, l'acteur joue avec son image. Côté face, un enfant gâté du cinéma qui a tout juste 25 ans et semble se prendre pour Orson Welles. Côté pile, un homme qui se méfie des feux du succès, des illusions du cinéma et trouve le monde fragile.

Leonardo DiCaprio a toujours gardé en mémoire, un tableau qui trônait dans sa chambre d'enfant. Une reproduction bon marché du Jardin des Délices, toile du maître hollandais Jérôme Bosh. Adam et Eve, l'humanité avant le déluge et puis l'enfer. "On y voit une population trop nombreuse qui dévore les fruits de la terre, puis des cieux noirs qui annoncent l'apocalypse. C'était ma peinture favorite", dit-il. Une vision qui l'a sans doute conduit à s'intéresser à l'écologie alors qu'elle n'est pas encore à la mode. Il se souvient qu'enfant, ce qui l'attristait le plus était la disparition de certaines espèces à cause de l'homme. Il cite spontanément le quagga, une variété de zèbre sud africain, le tigre de Tasmanie ou encore le dodo, un oiseau de l'île Maurice. Dès 1998, il  lance donc sa Fondation pour venir en aide à la planète. A l'époque on le prend pour un original, au mieux un jeune Don Quichotte qui va brûler sa fortune dans un combat illusoire, mais il persévère. On le voit partout, en Arctique auprès de glaciers qui s'étiolent, en Inde sur les inondations, au Brésil pour dénoncer la déforestation, dans les Everglades où la pollution gagne... Il répand une parole à laquelle il croit dur comme fer comme un missionnaire en croisade : "L'air pur, l'eau, un climat sain font partie des droits inaliénables de l'être humain, affirme l'acteur. Ce n'est pas une question de politique, c'est une question de survie. La nôtre."

L'invité "Confidentiel"

Louis Lepron, rédacteur en chef culture de Konbini

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