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Jean-Luc Delarue : la chute de l'enfant prodige

PODCAST - Jean-Luc Delarue n'a jamais été le petit prince de la télévision. Depuis toujours, il savait qu'il était entré dans ce monde par effraction et que celui-ci finirait par le dévorer. Le jour venu, il se retrouva seul, sans, armes, sans bouclier, spectateur de sa propre chute.

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Jean-Luc Delarue : la chute de l'enfant prodige Crédit Image : AFP | Crédit Média : Jean-Alphonse Richard | Durée : | Date : La page de l'émission
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Jean-Alphonse Richard et Marie Bossard

Jean-Luc Delarue est né le 24 juin 1964 à Paris. Dans une famille qui a le cœur à gauche  mais qui pratique le chacun pour soi. Le père, Jean-Claude Delarue est un universitaire, habitué des plateaux télé et des studios de radio. A la tête d'une ribambelle d'associations citoyennes, de la fédération des usagers des transports jusqu'au comité anti-bruit. Il est même candidat écologiste indépendant à l'élection présidentielle de 1981. La mère, Marie-Louise, que tout le monde appelle Maryse, est une femme de tête, première agrégée d'anglais en France. Des parents trop occupés, chacun de son côté, pour voir vraiment grandir leurs enfants, Jean-Luc et son frère cadet Philippe, deux ans et demi de moins que lui. Quand le couple divorcera, Jean-Luc, sept ans, se retrouvera sous le regard quasi exclusif de sa mère. Il devra alors s'habituer à  voir de moins en moins son père, jusqu'à ce que celui-ci s'éclipse. Et devienne un fantôme qu'il ne cessera de rechercher. Avec le secret espoir de le retrouver.

Jean-Luc Delarue grandit ainsi entre sa mère, des nounous et sa grand-mère maternelle, Renée. Elle tient un pressing, rue Georges Bizet, dans les beaux quartiers de la capitale, où le petit garçon passe des heures. Un vrai monde à la Amélie Poulain, fait de clients habituels, d'odeurs de linge propre et du bruit du rideau de fer que l'on tire sur la devanture. Renée prend sous son aile son petit-fils prodige. Elle est celle qui l'emmène toutes les semaines au Musée du Louvre, celle qui lui apprend à faire la différence entre un Velazquez et un Titien et à ouvrir les yeux sur le monde. Quand grand-mère Renée mourra - et alors qu'il brille déjà à la télévision - Jean-Luc sera dévasté. Il ne cessera dès lors d'expliquer ses addictions - la drogue et l'alcool - à cette disparition qui aurait fait de lui le plus tragique des orphelins.

Jean-Luc Delarue est un élève doué, surdoué même. Un QI de 142 qui l'autorise - fierté de sa mère - à poursuivre toute sa scolarité avec une classe d'avance. Pas très à l'aise avec ce décalage qui fait toujours de lui le petit de la classe, et lui colle une étiquette de génie en herbe, le collégien décide donc de retrouver sa place et redouble sa troisième. Alors que son frère cadet intègre le prestigieux lycée Henri IV, lui entre dans un établissement sans renommée. Le voilà devenu un outsider. Une place où l'on peut faire des rêves de revanche et de réussite. A 17 ans, son bac en poche, il sait ainsi qu'il n'empruntera pas la route voulue par ses parents. Celle de la fonction publique ou de la haute administration. Il va faire tout le contraire. S'engouffrer dans les années 80 en vendant son âme au diable. Il a senti le vent nouveau qui souffle sur l'époque, celui de l'argent, du succès et de la libre entreprise. Il réussit le concours d'entrée dans un IUT de publicité. Il va rapidement y briller, premier de sa promotion lors de la deuxième année d'études. On admire son bagout. Ce Jean-Luc Delarue est pétillant, rapide, lumineux. Il embrasse l'air du temps comme personne. Toujours un coup d'avance et le mot juste, capable de vendre du sable en plein désert.

La descente aux enfers

Jean-Luc Delarue a compris que pour toucher au but, être riche, célèbre et respecté, il faut se façonner une image, en s'installant à la télévision dont le paysage va exploser, ou à la radio. Pour être connu il faut se montrer. Briller, capter la lumière, attirer l'attention est pour le jeune homme le plus excitant et le pus amusant des défis. Avec son meilleur ami, Olivier Dorangeon - qui fera plus tard carrière dans le cinéma - il fait ses premiers pas à la télé dans une émission baptisée Une page de Pub sur TV6, la future M6...Les deux D comme on les surnomment se font instantanément remarquer. Au point que TF1 les veut pour animer ses après-midi. Le chèque est alléchant mais contre toute attente, ils refusent. Ils préfèrent une apparition dans Les Enfants du Rock, moins cher payé mais conforme à l'image qu'ils veulent donner : des jeunes, faussement désinvoltes et gentiment provocateurs.
Jean-Luc Delarue approche de ses 25 ans. Il rêve de rejoindre la chaîne la plus hype du moment, Canal+. Il pensait pouvoir y entrer facilement, par la grande porte, rejoindre la bande de Nulle Part-Ailleurs, Gildas-De Caunes. Se méfie t-on alors de ce jeune loup affamé ? Le fait est qu'on l'accueille sans enthousiasme particulier, simple chroniqueur dans La Grande Famille. Le jeune homme, qui était persuadé d'être à lui tout seul l'incarnation du fameux esprit Canal, est obligé de déchanter. Il a parfois le sentiment de gêner. Première blessure d'amour propre qu'il va soigner en passant à la radio, meneur de jeu de la matinale d'Europe 1. Une fois encore, on loue le talent de cet animateur en tee-shirt et casquette de baseball dont le style déroute mais qui aimante les auditeurs. Des airs légers et décontractés, même si Delarue est une boule d'anxiété. Un bourreau de travail. Avec lui, les journées n'ont pas de fin. Couché très tard et levé très tôt. Depuis un petit moment déjà, les expédients - notamment la cocaïne - font partie de sa vie. De quoi tenir le choc pense t-il et rester dans le coup. Quand il était à Canal+, les Stups ont même fait une descente à son bureau. Seul un de ses collaborateurs a été inquiété, l'affaire n'est pas allée beaucoup plus loin.

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Jean-Luc Delarue devient la figure de Ca se discute. Tout premier miroir de la téléréalité. Il est l'ami des familles, sérieux, attentif, bienveillant. Personne ne peut alors se douter que ce présentateur qui affiche un calme olympien est sous tension. Dévoré par le stress. La vodka, les médicaments, l'herbe et la cocaïne deviennent les alliés familiers et vénéneux de cette ascension. Delarue, star adulée, producteur riche qui peut tout s'offrir, prend de plus en plus le pas sur Jean-Luc, le garçon qui aime jouer au foot avec ses potes et se moque de ne pas être reconnu dans la rue. Même Elsa, la femme qui partage sa vie, fait les frais de cette transformation. Confrontée à ce visage qui peut changer en un rien de temps. Une nuit, à 3h00 du matin, alors qu'il roule avec elle et le frère de celle-ci dans Paris, il met la musique à fond le groupe Il était une Fois. Puis il accélère en s'exclamant : "On sera mieux là haut tous ensemble non ?" Les passagers sont effrayés. La voiture fait une embardée, défonce un poteau et part en tonneaux. Par miracle, pas de blessés graves. Jean-Luc Delarue est ivre et il a de la drogue dans le sang. Avant d'être hospitalisé, il hurle à plusieurs reprises : "J'arrête la télé, c'est fini, j'arrête".

L'invité "Confidentiel"

Vincent Meslet, Directeur Général de Newen France et auteur de "Jean-Luc Delarue, la star qui ne s'aimait pas" aux éditions Fayard.

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