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Isabelle Morini-Bosc : "On a donné en France une connotation péjorative à 'télé-réalité'"

Isabelle Morini-Bosc revient sur l'échec de l'émission "Qui prendra la suite ?", et en explique les raisons en pointant une certaine mauvaise foi du public.

Isabelle Morini-Bosc : "On a donné en France une connotation péjorative à 'télé-réalité'"
Isabelle Morini-Bosc : "On a donné en France une connotation péjorative à 'télé-réalité'" Crédit : JEAN AYISSI / AFP
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

"Si tous les gens qui veulent le maintien d'Apostrophes avaient regardé l'émission, elle serait encore à l'antenne". Bernard Pivot avait proféré cette phrase au moment de la suppression d'Apostrophes, une suppression qui avait suscité de nombreuses pétitions exigeant le rétablissement de son émission littéraire. En vain. "Et c'est une évidence valable pour toutes les émissions", poursuivait-il. Oui, c'est même aussi évident que de constater que l'eau mouille. 

Il avait pourtant raison de rappeler cette "vérité première" et de mettre le téléspectateur face à ses contradictions. Le public refuse en effet souvent de partager la responsabilité d'un échec qui lui est parfois en partie imputable. Il croit généralement que si une émission ne fait pas d'"Audimat" c'est parce qu'elle est mauvaise, différents facteurs entrant en ligne-de-compte (pour justement compter les points d'audience). 

Vous voulez un exemple précis ? Et bien choisissons Qui veut prendre la suite ?, un programme qualifié de "télé-réalité" dans vos magazines spécialisés. 

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Qui dit télé-réalité dit immédiatement bimbo se dandinant

Isabelle Morini-Bosc
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Et à bien y réfléchir, ils n'ont pas complètement tort si on s'en tient au sens premier du terme "real tv" désignant, aux États-Unis, tout ce qui concerne l'information, le vrai, le vécu, les reportages... Le problème est qu'on a donné en France une connotation péjorative à cette expression. Apposer aujourd'hui ce qualificatif devant un article précisant le contenu d'une émission, c'est aussi valorisant qu'une "recommandation défavorable" quand on postule pour un emploi. 

Qui dit télé-réalité dit immédiatement bimbo se dandinant les doudounes à l'air libre, dans des jupes au ras de la-joie-de-vivre, avec à son bras son sac-à-main, son york et son minet ! Une soirée estampillée "télé-réalité", c'est en fait un peu comme le sceau d’infamie dont on marquait au XVIIe siècle les repris de justice. Et les reprises, si on ose dire ! 

C'était donc faux et peu valorisant de lire à la date du vendredi à 20h55 sur France3, Qui veut prendre la suite, télé-réalité de 1h55 minutes". De quoi s'agissait-il et s'agit-il, en fait ? D'un "feuilleton-documentaire" qui suit 5 artisans cherchant leurs "successeurs". Chacun d'eux, (ébéniste, potière, maître verrier, chocolatier etc...) qui a l'amour de son métier, reçoit chez lui un apprenti ou un ouvrier à qui il rêve de transmettre son savoir ou même sa boutique

On aurait tort d'oublier la mauvaise foi du téléspectateur

Isabelle Morini-Bosc
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Après le savoir-faire, c'est le faire-savoir au bon sens du terme : ils veulent révéler à un jeune le "truc" qui a fait d'eux des artistes plus encore que des artisans. Le concept est donc clair. Sauf que lorsque j'ai demandé à 10 personnes "lambda" ce que leur suggérait le titre Qui prendra la suite ?, ils sont tous restés muets. Aucun n'a trouvé. Y compris parmi ceux qui avaient regardé ! 

Un programme sur le désir de transmission artisanale ? Allons donc ! Quelle conclusion en tirer ? Que si un bon titre n'attire pas nécessairement le public, un mauvaise titre l'éloigne assurément. Comment retenir une émission dont on ne retient pas ce même titre ? Autre problème : le jour de diffusion. Certes aucun soir n'est désormais idéal, certes la concurrence est quotidienne, certes il est facile de juger le difficile métier de programmateur. 

Tout cela est vrai... Mais le vendredi est tout de même compliqué, entre les jeunes figés devant Koh-Lanta, et les adultes devant le polar de la Deux : du poulet le jour du poisson, cela s'apprécie ! On aurait tort d'oublier enfin (j'y reviens), la mauvaise foi du téléspectateur, qui réclame du "sens", du "fond", et qui suit autre  chose  quand on lui propose une première-partie-de-soirée allant précisément...dans ce sens. 

France 3 enterre "Qui prendra la suite ?"

Avec des artisans aussi passionnés que passionnants : moins d'un million de personnes sur la Trois il y a 15 jours et vendredi dernier. Conséquence : la direction de la chaîne, qui fait toujours semblant de préférer le fond aux scores, a décidé de diffuser la suite après Soir 3 ce 17 novembre et la semaine suivante, soit à 00h25. Ce n'est plus une relégation, c'est un enterrement. On peut certes positiver en se disant que cette diffusion tardive fait de "Qui prendra la suite" la 1ère émission du lendemain matin, mais quelle tristesse. 

Plusieurs confrères s'en sont indignés. Mais avaient-ils choisi cette bonne soiré-télé ? Non, ils soutenaient par principe. Pourvu qu'on les dispense de regarder. Cela nous ramène forcément à l'amère boutade de Bernard Pivot. Or donc, qui prendra la suite à 20h55 le vendredi ? Sûrement pas des artisans. Et c'est dommage. 

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