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Langue française : mais pourquoi diable dit-on "un cheval, des chevaux" et pas "un festival, des festivaux" ?

Muriel Gilbert se penche sur des cas particuliers de pluriels irréguliers…

Image d'illustration

Crédit : aditya-chinchure/unsplash

Pluriel : et pourquoi pas "un festival, des festivaux" ?

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Muriel Gilbert

Une histoire de pluriel, ce matin, pour répondre à une question de Robin, de Blanzac, en Charente. Robin me demande pourquoi diable on dit "un cheval, des chevaux" mais "un festival, des festivals" – il a raison, c’est troublant, quand on y pense. Encore une fois, la langue est loin d’être toujours logique. Elle n’a pas été créée par des scientifiques ou des équipes d’ingénieurs, elle s’est formée avec le temps, sur ces centaines d’années, ciselée par les invasions, sculptée par les échanges, le commerce, les mariages, les influences diverses, le goût des uns et des autres, bref, ce qu’on appelle l’usage… sans oublier une pincée de tripatouillage des grammairiens des siècles passés.

Au bout du compte, ce qui serait surprenant c’est que le français fonctionne comme une équation mathématique qui tomberait toujours pareil. Et, au passage, notre langue n’est pas la seule dans son cas, c’est à peu près la même chose pour les 7.000 langues du globe ! Les pluriels qu’on appelle irréguliers en français, c’est-à-dire tous ceux qui ne se font pas en ajoutant un S, en fait, sont les résultats de ces accidents de l’histoire de la langue…

Donc, "des festivals" avec un S, c’est un pluriel régulier, et "des chevaux", un pluriel irrégulier. Alors, ce qui est un peu paradoxal, c’est que la plupart des noms en -al font leur pluriel en -aux… en somme, AUX serait presque le pluriel régulier des noms en -al ! Mais pourquoi certains mots, comme le festival, l’aval, le carnaval, le récital, le bal, ou le régal n'obéissent-ils pas à cette règle ? Parce qu’ils sont arrivés plus tard dans notre langue, et qu’ils n’ont pas subi l’évolution de plusieurs siècles qui a transformé le pluriel des noms plus anciens.

On disait "des animals, des chevals"

Quelle évolution, exactement ? Eh bien, à l’époque médiévale, ces mots prenaient bien un S, et d’ailleurs on le prononçait. On disait un animal, des animaLS, un cheval, des chevaLS, en disant aussi le L différemment – ainsi que l’explique la grande linguiste Henriette Walter, un peu comme les Portugais disent Portugal, avec une finale qui ressemble presque à un son "ou" ("chevaouss").

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Progressivement, on s’est mis à dire (et à écrire) un cheval, des chevAUS (avec AUS à la fin). Puis les moines copistes de l’époque médiévale se sont emmêlé les pinceaux. Ils avaient tant de mots latins en US à écrire dans leurs manuscrits (je vous rappelle qu’on est bien avant l’imprimerie et l’invention de l’orthographe) qu’ils avaient mis au point une abréviation en forme de X pour la finale de tous les mots en US… en prenant ensuite cette abréviation pour un vrai X, les animaLS, les journaLs et les chevaLS sont devenus… des animaux, des journaux et des chevaux !

Les mots qui sont arrivés plus tard dans notre langue n’ont pas souffert des erreurs des moines copistes, et voilà, cher Robin, pourquoi on écrit des chevaux mais des festivals… 

Doit-on prononcer la virgule dans les nombres ?

La question du jour, pour terminer, c’est celle d’Alain, de Yerres, dans l’Essonne, qui m’interpelle sur le compte Instagram du Bonbon sur la langue. "Je ne comprends pas cette nouvelle mode de prononcer les chiffres : 'un virgule neuf millions de personnes, deux virgule sept millions d’euros', etc. J’ai toujours prononcé ‘un million neuf cent mille personnes' et 'deux millions sept cent mille euros'. Dois-je dire que je mesure 'un virgule quatre-vingts mètres' ? C’est tout aussi ridicule, non ? Votre avis, ma chère Muriel ?" 

Mon cher Alain, je suis bien d’accord avec vous. Personne ne dirait non plus : j’ai payé ma baguette un virgule vingt euro. La virgule, c’est pour l’écrit, exactement comme dans un texte, d’ailleurs : on met les points et les virgules à l’écrit, mais il n’y a aucune raison de les lire à l’oral. Point final.

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