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Isabelle Morini-Bosc : "Le râteau était déjà pour les audiences de TF1"

ÉDITO - Isabelle Morini-Bosc revient sur le conflit médiatique entre le groupe TF1 et Canal + ainsi que les opérateurs Free et Orange, qui anime de plus en plus le paysage audiovisuel.

L'opérateur Orange ne propose plus les services de replay de TF1, faute d'accord.
L'opérateur Orange ne propose plus les services de replay de TF1, faute d'accord. Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

À quoi tiennent les choses... il suffit donc parfois d'une guerre économique pour mesurer la "fausse simplicité" de notre quotidien. Moi, par exemple, j'étais jusqu'au 1er mars ce qu'on pourrait appeler une "inconsciente extatique", une sorte de "ravie de la crèche": ravie d'avoir de l'électricité en appuyant sur un bouton, d'avoir de l'eau en ouvrant un robinet, d'avoir des images en allumant le poste. De télévision bien sûr. Oui, j'ai toujours été pleine de gratitude béate pour ce quotidien d'apparence facile, auquel on ne prête attention qu'en cas de dysfonctionnement.

Et bien justement, voilà que nous sommes précisément "en plein dedans" depuis la décision du groupe Canal+ d'arrêter la diffusion des chaînes du groupe TF1 via ses bouquets, histoire de bien marquer son opposition à la volonté de la direction du premier groupe audiovisuel d'Europe (TF1) de faire désormais payer l'accès à TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films, LCI et autres services. Des services (VOD, replay etc.) pour lesquels Canal payait entre un et deux millions d'euros.

Or moi, je continuais et je continue à avoir TF1 en appuyant bêtement sur le bouton TF1. J'ai donc eu bêtement l'idée de demander à mon conjoint (à mon compte-joint) de m'en dire plus sur notre installation. Je peux donc révéler au monde qui s'en fiche ce que j'ai moi-même appris il y a une heure : que nous bénéficions, en jouxtant Paris, d'une classique antenne hertzienne, que nous avions le câble mais que mon mari a tout résilié, et que nous avons une box qui couvre l'ordinateur et le téléphone.

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Alors comme je ne suis tout de même idiote qu'à temps partiel, j'avais bien noté que le coup d'état, ou tout au moins d'éclat, du groupe Canal+ décidant d'interrompre dès le 1er mars la diffusion des chaînes du groupe TF1 et leurs services associés impliquaient environ 5 millions de personnes. Je mesurais mal l'impact immédiat sur les audiences, pensant naïvement que les téléspectateurs, des as de la bidouille contrairement à moi, allaient forcément passer par Internet, ou revenir au bon râteau des familles.

Mais le râteau était déjà pour les audiences de TF1. L'effet a été immédiat. Dès le 2 mars, le 20 heures de France 2 passait devant celui de TF1 deux soirs de suite, et c'était encore le cas hier avec une Anne-Sophie Lapix forte de 5.800.000 fidèles que TF1 espère pas trop fidèles, vu que Gilles Bouleau en attire 900.000 de moins. Et la qualité de son travail n'est évidemment pas en cause. Il est un dommage collatéral. Et le nombre de dommages collatéraux ne cesse d'augmenter.

J'ai ainsi pu échanger avec de nombreux auditeurs qui, comme dit l'autre, m'ont ouvert des horizons. Il y a ces retraités dans le coup et en couple qui, habitués à mettre le bouton sur "pause" en pleine diffusion d'un téléfilm pour cause d'appels de leurs enfants et petits enfants, ont été tellement agacés d'être privés de cette possibilité primordiale à leurs yeux qu'ils ont basculé sur France Télévisons pour donner une leçon à TF1. "C'est mesquin mais eux aussi". Soit, ma foi.

Je retiens aussi le mail très intéressant de Jean-Paul Deroy qui, après m'avoir indiqué que, ne pouvant recevoir la télé que par une parabole TNTSAT, avait opté pour Canal Sat avec un décodeur (sans abonnement à C+). Il se trouvait donc avec un écran noir devant TF1 et ses greffons. Et pourquoi pas se prendre un râteau, si on ose dire? Et bien non, il précise, Jean-Paul Duroy, que, contrairement à certains qui peuvent revenir à une installation classique "antenne" comme certains s'équipent actuellement, d'autres, comme moi, ne peuvent l'utiliser même en pleine ville, à Dunkerque, les obstacles empêchant la réception correcte par râteaux, sans oublier les petits en campagne trop loin des antennes diffusion.

Des téléspectateurs pris en otage

Et ceux-là font justement campagne pour dénoncer l'isolement dû aux zones blanches. "Nous sommes donc bien pris en otages. Et ça pourrait bien s'aggraver avec, on le sait, la multiplication des écrans noirs pour ces mêmes zones blanches. Orange, Free et leurs 13 millions d'abonnés au total (6.900.000 pour le premier opérateur, 6.000.000 pour le second), jouent à leur tour "à retenez-moi ou je fais un malheur".

Pas question non plus de payer pour avoir des chaînes accessibles gratuitement, 25 millions d'euros pour Orange, 21 millions pour Free. Sans oublier SFR, qui effectivement sait faire. Bien qu'étant déjà parvenu à un accord avec TF1 (où était le foot dans la corbeille de la mariée), cet opérateur s'est réservé, dans un alinéa quelconque, la possibilité de "rétropédaler" (activité cycliste qui, comme on le sait, nécessite une chaîne).

Inutile de refaire tout l'historique de ce climat hystérique, attendons la suite des négociations, en ayant présent à l'esprit qu'est diffusé vendredi soir sur nos écrans les Enfoirés, la plus forte audience de toute la télévision hors foot et que les annonceurs suivent pour l'instant Gilles Pélisson (un ancien de Bouygues Télécom), ils n'oublient pas de savoir compter: 100.000 euros le spot de 30 secondes, ça n'est pas rien. De plus, un sondage interne à Canal+ indique que le public privé d'images rend TF1 responsable de cette situation inédite.

Quant à TF1, elle rappelle que la consommation de la chaîne sur MyTF1 et les smartphones (+63%) a fait un bond. En fait, les opérateurs ressemblent à ces pionniers qui cherchent des terres à exploiter. Les opérateurs, eux, sont les nouveaux chercheurs d'or. Il faut trouver de nouveaux modèles économiques, de nouvelle sources de revenus. Le public, lui, a la fibre optique ou un grand désir de paraboles, la prolixité de Pâques oblige !

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2018-03-07 18:16:00
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