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Anne-Aymone Giscard d'Estaing, le discret et incontournable pilier de Valéry

PORTRAIT - L'épouse de l'ancien chef de l'État est bien plus que la femme rigide des vœux télévisés du 31 décembre 1975. Elle a été un atout constant de son mari.

Le 17 décembre 1952 Valéry Giscard d'Estaing épouse Anne-Aymone Sauvage de Brantes
Le 17 décembre 1952 Valéry Giscard d'Estaing épouse Anne-Aymone Sauvage de Brantes
Crédit : AFP
Le 17 décembre 1952 Valéry Giscard d'Estaing épouse Anne-Aymone Sauvage de Brantes
Anne-Aymone et ses enfants Valérie-Anne et Henri en 1974
Le président de la République Valéry Giscard d'Estaing annonce le 03 mars 1981 à Paris, sous le regard de sa femme Anne-Aymone, sa candidature au deuxième septennat.
Anne-Aymone Giscard d'Estaing le 23 octobre 2004, pour une visite de l'exposition de peinture contemporaine Jordanienne "Au delà du Réalisme" en présence de la reine Rania de Jordanie
Le couple Giscard d'Estaing aux obsèques de Liliane Bettencourt
Le 17 décembre 1952 Valéry Giscard d'Estaing épouse Anne-Aymone Sauvage de Brantes Crédits : AFP
Anne-Aymone et ses enfants Valérie-Anne et Henri en 1974 Crédits : AFP
Le président de la République Valéry Giscard d'Estaing annonce le 03 mars 1981 à Paris, sous le regard de sa femme Anne-Aymone, sa candidature au deuxième septennat. Crédits : JEAN-CLAUDE DELMAS / AFP
Anne-Aymone Giscard d'Estaing le 23 octobre 2004, pour une visite de l'exposition de peinture contemporaine Jordanienne "Au delà du Réalisme" en présence de la reine Rania de Jordanie Crédits : AFP
Le couple Giscard d'Estaing aux obsèques de Liliane Bettencourt Crédits : PHILIPPE LOPEZ / AFP
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Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

Elle a été là jusqu'au bout. Anne-Aymone Giscard d'Estaing, l'ancienne première dame et épouse de Valéry Giscard d'Estaing a accompagné la  vie personnelle et publique de son mari pendant des décennies, jusqu'à la mort de l'ancien chef de l'Etat ce 2 décembre 2020. 

Valéry Giscard d'Estaing et son épouse Anne-Aymone Giscard d'Estaing étaient confinés ces derniers mois au Château-Renault à Authon, où Anne-Aymone a passé son adolescence. C’est là qu'ils se sont mariés en 1952. Pendant cette période, le couple s'est occupé paisiblement en lisant et en jardinant. "L’activité intellectuelle de mon beau-frère ne se réduit pas et ne se ralentit pas, il y a internet, le téléphone, le courrier qui arrive, tout va bien pour eux !, avait révélé Guy de Brantes, le maire de la commune et le frère d'Anne-Aymone en mai dernier. Il est évident que mon beau-frère ne va pas aux réunions du Conseil Constitutionnel qui ne se tiennent plus. Il a fêté l'anniversaire de son épouse, seuls et confinés tous les deux".

Anne-Aymone Giscard d'Estaing épaulée par ses enfants, va devoir désormais s'occuper des obsèques de l'ancien président de la République, un dernier adieu qui devrait se tenir dans la plus stricte intimité familiale. 

Le bon parti

Née Anne-Aymone Sauvage de Brantes, celle qui deviendra première dame est issue de l'aristocratie française. Elle est la fille du comte romain François de Brantes, lieutenant-colonel de cavalerie et résistant, mort au camp de concentration de Melk-Mauthausen en 1944, et de la comtesse, née princesse, Aymone de Faucigny-Lucinge. Par sa mère, Anne-Aymone descend de Charlotte de Bourbon, fille légitimée de Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry.

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Enfant, Anne-Aymone de Brantes suit son père, qui est tour à tour attaché militaire à Londres puis à Lisbonne. De cette période, elle conserve un talent pour les langues et parle espagnol, portugais et anglais. Elle est scolarisée à l'école Notre-Dame-des-Oiseaux de Paris dans le VIIIe arrondissement où elle étudie en particulier ce que l'on appelait les humanités féminines (cuisine, couture et histoire de l'art) avant de continuer dans cette dernière branche en poursuivant ses études à l'École du Louvre.

Elle rencontre Valéry Giscard d'Estaing par l'intermédiaire de son oncle, le journaliste et écrivain Alfred Fabre-Luce et de sa future belle-mère, May Giscard d'Estaing. Ils se marient alors que Valéry sort tout juste de l'ENA. A leur rencontre, elle a 18 ans et lui 26 et si Valéry Giscard d'Estaing a une carrière prometteuse, c'est bien Anne-Aymone qui est le bon parti à l'époque. Leur lune de miel se passe en Grèce. Le couple emménage rapidement à Paris dans le XVIe arrondissement.

Valéry Giscard d'Estaing est aussi la mère des quatre enfants du couple : Valérie-Anne (née en 1953), Henri (né en 1956), Louis (né en 1958) et Jacinthe (née en 1960 et morte en janvier 2018). Cet ensemble familial va devenir un atout politique pour Valéry Giscard d'Estaing qui s'inspire des campagnes de communication politique américaines. Si elle n'aura jamais l'âme d'une politicienne comme Bernadette Chirac, Anne-Aymone soutient ardemment la campagne de son époux en 1974 en apparaissant à la télévision, sur les affiches et lors des meetings. Valéry veut devenir le JFK français, et Anne-Aymone doit devenir la Jackie Kennedy de la France des années 70... Pas facile lorsque l'on est d'une nature discrète et réservée. 

Le couple Giscard d'Estaing innove et dessine le rôle de la première dame à la française. On mise sur la silhouette et l'élégance (elle est habillée par le couturier Jean-Louis Scherrer) pour la forme et sur le fond, Anne-Aymone est chargée de questions sociales et dispose d'un bureau au rez-de-chaussée du palais de l'Élysée (un palais que le couple utilise simplement comme un bureau mais dans lequel ils n'installent pas leur vie familiale). Une répartition des tâches traditionnaliste et relativement patriarcale mais qui demeure, d'une certaine façon, encore aujourd'hui. 

"Je n'ai pas laissé beaucoup de souvenirs..."

Pour la postérité, Anne-Aymone restera une figure discrète, froide et mal à l'aise en public. La faute à la désormais célèbre cérémonie des vœux télévisés que lui impose son mari. Le 31 décembre 1975, visiblement pétrifiée par le trac elle lâche quelques mots sans grande émotion à l'adresse des Français. Ce fut la première et la dernière fois qu'elle se prêtait à cet exercice. Pourtant, Anne-Aymone n'était pas une pauvre créature fragile que la presse voulait bien décrire. Parler en public n'était pas un défi insurmontable pour elle. Avec son talent pour les langues, elle a étonné par exemple le couple royal espagnol, Juan Carlos Ier et la reine Sofía en traduisant pour l'assemblée présente le discours que venait de faire son mari.

Après la défaite de son mari en 1981, Anne-Aymone, certainement peinée pour son mari, affichait malgré tout un certain soulagement après 7 ans au sommet de l'Etat : "Le poids des obligations officielles, c'est vraiment quelque chose de lourd. Certaines activités ne sont pas très drôles tous les jours. L'idée de refaire la même chose pendant encore sept ans, c'est éprouvant. Quand je pense aux malheureuses souveraines, en Angleterre, aux Pays-Bas ou au Danemark qui ont cela à vie, je ne les envie pas", déclare-t-elle dans un entretien pour le livre Les Dames de l'Élysée. 

Anne-Aymone Giscard d'Estaing occupa la fonction de conseillère municipale de Chanonat, dans le Puy-de-Dôme, commune dont son beau-père, Edmond Giscard d'Estaing. Une carrière politique très modeste. Là où l'ancienne première dame brille c'est à la tête de la Fondation pour l'enfance, qu'elle a fondée en 1977. Chaque année, elle réunit la belle société mondiale, des riches industrielles aux membres des familles royales pour la bonne cause sous les ors du château de Versailles. La princesse Diana, la reine Rania de Jordanie, la reine Paola et la princesse Mathilde de Belgique, la reine Silvia et la princesse héritière Victoria de Suède ou encore par Bernadette Chirac ont présidé ces soirées.
Lady Diana, Anne-Aymone en réentendra parler quelques années plus tard lorsque son mari publie La Princesse et le Président, roman dans lequel Valéry Giscard d'Estaing imaginait une histoire d'amour entre un président de la République et une princesse britannique. La publication avait suscité cette remarque cruelle du Nouvel Obs : "Anne-Aymone, sa femme, reste la créature simple qui jardine pendant qu'il écrit un livre où il rêve non seulement de la tromper, mais de la faire mourir pour la remplacer par quelqu'un de plus glamour". 

Un affront désagréable mais surtout médiatique qui a eu le désavantage d'invisibiliser plus encore celle qui regrette sa marque si discrète dans l'Histoire. "Je constate que je n'ai pas laissé beaucoup de souvenirs. Quand on parle des premières dames, je suis assez absente, on m'oublie. Ça me blesse un peu", confiant-elle à Paris Match en 2018. 

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