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Comment Abraham Lincoln a pu modifier la Constitution pour faire abolir l'esclavage

Au prix du conflit le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis, Abraham Lincoln rétablit l’unité de son pays et parvient enfin à abolir la servitude.

La statue d'Abraham Lincoln à Washington DC
La statue d'Abraham Lincoln à Washington DC
Crédit : MANDEL NGAN / AFP
Abraham Lincoln, un président devenu l'un des plus grands mythes de l'Amérique
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Lorànt Deutsch - Entrez dans l'histoire
Lorànt Deutsch

À peine arrivé à la tête d’une Amérique en pleine crise de nerfs sur la question de l’esclavage, Abraham Lincoln doit faire face à la Guerre de Sécession. Au prix du conflit le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis, il rétablit l’unité de son pays et parvient enfin à abolir la servitude. Mais, avant d'y parvenir, il a dû, entre autres, modifier la Constitution. 

Pendant la Guerre de Sécession, Abraham Lincoln connue d'évoluer sur la question de l'esclavagisme. Ainsi en  1862, il prend donc cette décision historique : il déclare qu’au 1er janvier 1863, tous les esclaves des territoires rebelles seront libres, c’est la fameuse Proclamation d’émancipation. Juridiquement, c’est habile. Le le 9 avril 1865, Robert Lee, le général en chef des armées des États confédérés se rend à Ulysses S. Grant, le général de l'Armée de l'Union, la Guerre de Sécession est donc  terminée. Cela signifie-t-il la libération définitive des esclaves ? Hélas non ! Pour cela, revenons au 1er janvier 1863. 

La Proclamation d’émancipation (dont nous parlons plus haut) confisque, au moins sur le papier, les esclaves à leurs maîtres dans les états rebelles. Cependant, à l’approche des troupes de l’Union, de nombreux Noirs fuient et s’enrôlent dans l’armée fédérale. Lincoln favorise leur intégration dans l’armée et crée pour eux une centaine d’unités, qui, à l’instar du 54e régiment du Massachusetts, vont se couvrir de gloire et accélérer la victoire.

La création du 13e amendement

Mais sous le haut-de-forme de Lincoln, ça gamberge, son esprit tortueux est tiraillé. D’abord, il sait que sa Proclamation d’émancipation ne concerne que les esclaves des États rebelles. Mais surtout, qu’avec la fin de la rébellion, cette émancipation temporaire deviendra caduque ! Contre son entourage, il considère qu’il a maintenant une responsabilité devant l’Histoire. Comme il l’écrit dans une lettre : "Si l'esclavage n'est pas mauvais, rien n'est mauvais". Il a décidé, cette fois, il faut en finir pour toujours avec la servitude. 

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Sauf que Lincoln, très légaliste, sait qu’il ne peut régler la question d’un trait de plume, ce serait violer la Constitution et ça, ce n'est pas génial quand on a juré sur la Bible de la protéger. Il n’y a qu’une solution : il va la modifier cette Constitution au moyen d’un amendement, le 13e du nom. 

Voilà qui ne s’annonce pas comme une promenade de santé, dommage, ça aurait fait du bien à Lincoln. Très amaigri, il traîne toujours cette vieille syphilis attrapée honteusement, plus quelques autres maladies. Il flotte dans sa redingote et ses adversaires, vachards, le surnomment "la girafe". Mais, comme pour chacune de ses entreprises, il brave son état dépressif, fait violence à son grand corps malade et y met toutes ses forces.

Une "soufflante mémorable" à son équipe

Pour modifier la Constitution, le 13e amendement doit être approuvé par les deux tiers des voix du Sénat, puis de la Chambre des Représentants. Certes, les États du Sud ont été privés de leurs sièges au Congrès, ça leur apprendra à se rebeller. Mais Lincoln a encore bien des "congressmen" [membres du Congrès, ndlr] à convaincre pour obtenir sa majorité, à commencer par ceux des états limitrophes, toujours esclavagistes. Le Sénat, dominé par les Républicains, vote facilement l’amendement. Reste la Chambre des Représentants, qui doit à son tour se prononcer en janvier 1865 et là, les députés se font tirer l’oreille. 

Or, Lincoln tient maintenant plus que tout au vote de l’abolition, quoi qu'il en coûte ! Réunissant les membres de son cabinet, le président les regarde droit dans les yeux du haut de sa longue carcasse, il leur passe cette soufflante mémorable : "Je vous laisse le soin de déterminer comment cela sera fait ; mais rappelez-vous que je suis président des États-Unis, revêtu d'un pouvoir immense, et j'attends de vous que vous obteniez ces votes."

La commande est très claire : si pour abolir l’esclavage il faut acheter les votes des récalcitrants, Abraham Lincoln est prêt à distribuer les sucres d’orge et les hochets. Or, en janvier 1865, parmi les députés, certains ne seront plus là deux mois plus tard. 

Des arrangements stratégiques qui ont payé

En effet, le Congrès a été renouvelé lors des élections de novembre, ceux qui ont été battus vivent donc les dernières semaines de leur mandat, sans trop savoir comment ils vont se recaser par la suite. Ça tombe bien, ils ont un ami président des États-Unis très dévoué et tout prêt à leur trouver un job dans l’administration. Bien entendu, à condition qu’ils ne le déçoivent pas le jour du vote.

Où l’on voit que les grandes avancées de l’humanité sont parfois le fait des plus petits arrangements. Le 31 janvier 1865, avec une courte majorité des deux tiers, le 13e amendement abolit l’esclavage sur l’ensemble du territoire des États-Unis. Mais, Lincoln ne jouit guère de ses victoires politique et militaire. Il est assassiné le soir du 14 avril 1865 par John Wilkes Booth, un ancien acteur, mais surtout un sudiste enragé.

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