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#ActoraTrans : oui, les acteurs et actrices trans et non-binaires existent

INTERVIEW - Dans un communiqué, Marie-Castille Mention-Schaar, réalisatrice du film "A Good Man" (2020) a justifié sa décision de mettre en scène Noémie Merlant, une actrice cisgenre, pour interpréter le rôle d'un homme trans. Un choix dénoncé par Eurus, acteur.rice trans qui a créé le hashtag #ActoraTrans.

Avec le hashtag #ActoraTrans les personnes trans
Avec le hashtag #ActoraTrans les personnes trans Crédit : Unsplash/@kylewilliamurban
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"On est là, on existe". À 22 ans, Eurus est comédien.ne et en a assez qu'au cinéma les personnages trans soient interprétés par des personnes cisgenres (c'est-à-dire dont le genre assigné à la naissance correspond à celui qu'elles se sont construit). C'est pourquoi, lundi 29 juin, iel (c'est le pronom neutre qu'Eurus utilise) a décidé de créer le hashtag #ActoraTrans. L'objectif : permettre aux acteurs et actrices trans et non-binaires d'être visibles et montrer qu'elles et eux sont disponibles "pour jouer des rôles qui les représentent".

Tout a commencé lorsqu'Eurus a pris connaissance de la note d'intention écrite par Marie-Castille Mention-Schaar pour son dernier film présenté à Cannes, A Good Man. Elle y explique avoir choisi l'actrice cisgenre Noémie Merlant (Portrait de la Jeune fille en feu, Le Ciel attendra) pour interpréter le rôle principal. À savoir : celui d'un homme trans. 

"D'un côté, ça ne m'a pas vraiment surpris.e plus que ça, on a l'habitude de voir ces histoires mises sous un point de vue cisgenre, explique Eurus. Mais ça m'a énervé.e parce que c'est tout le temps comme ça, la transidentité est perçue comme un jeu, comme un costume à mettre. C'est réduire notre vécu à un faux-semblant." 

Les acteur.rice.s trans existent

Dans sa note d'intention, Marie-Castille Mention-Schaar justifie son choix par le manque d'acteurs trans en France. Selon elle, ceux-ci "se comptent sur les doigts d'une main". Une contradiction pour Eurus, puisque la réalisatrice a choisi un acteur trans pour jouer le rôle du "serveur-copain" dans le film, alors qu'il s'agit du rôle d'un homme cisgenre. "Ça prouve que des acteurs trans, il y en a !"

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Par ailleurs, le hashtag créé par Eurus montre que bien plus d'acteurs et actrices trans et non-binaires existent que ce que l'on pense : sur Twitter, les profils des personnes concernées se multiplient et toutes se disent disponibles pour jouer au cinéma ou au théâtre. "J'étais content.e de voir que le hashtag a beaucoup été repris", se réjouit Eurus qui est iel-même étudiant.e à l'école de théâtre Aberratio à Paris.

Grâce au hashtag, les témoignages affluent : "Vous ne cherchez pas assez", "Je suis là, je vous attends", "Vous n'avez pas d'excuses", dénoncent les personnes concernées. Toutes pointent du doigt le manque de volonté du cinéma et du théâtre français de laisser place aux récits et représentations pertinentes de la transidentité.

La transidentité est un vécu particulier

Eurus
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Au-delà du choix des interprètes, le cinéma et le théâtre français peinent à représenter la transidentité de manière juste. "Le gros souci c’est qu'on nous en montre des aspects dangereux et négatifs, on nous représente comme des victimes", déplore Eurus. Trop souvent, un film mettant en scène un personnage trans tournera autour de son parcours de transition, ou de son coming-out. "On aura forcément de la transphobie, on a jamais de simples romances où tout se passe bien par exemple... Alors qu'on est des personnes comme toutes les autres."

Pour autant, si le sujet d'une pièce ou d'un long-métrage se doit d'être la transidentité en tant que telle, il faut s'équiper pour éviter de tomber dans les écueils d'une représentation stéréotypée. Eurus préconise aux professionnel.le.s du cinéma et du théâtre de "se renseigner avant d'écrire" et de "s'entourer de personnes trans". "La transidentité c'est un vécu particulier", résume Eurus.

Du progrès en France ?

Comme le montre le documentaire Disclosure, disponible sur Netflix, la représentation des personnes trans au cinéma et dans les médias s'améliore lentement aux États-Unis. En France, le chemin est plus long même si quelques changements sont en cours. Dans la série Skam (diffusée sur FranceTV Slash), par exemple, la saison 6 met en scène le personnage de Max, un homme trans. 

"Mais dans le monde théâtral c'est encore très compliqué", observe Eurus. "Beaucoup de personnes vont caster quelqu'un par rapport à la perception du genre qu'elles-mêmes en ont". Pendant longtemps, Eurus a ainsi décroché uniquement des rôles d'hommes cisgenres. Un phénomène qui est doucement en train de changer. "Cette année j'ai réussi à avoir un rôle masculin et un rôle féminin".

Par ailleurs, Eurus observe que de plus en plus de troupes de théâtre regroupant des personnes trans se créent "pour sortir de ces blocages et chercher plus dans les vécus". C'est le cas par exemple de la Compagnie Pirate, basée à Paris. De son côté, Eurus est bien décidé.e à faire bouger les choses pour rendre le monde de la comédie et du cinéma plus inclusif. Plus que le hashtag #ActoraTrans, iel a décidé de créer un atelier autogéré destiné aux jeunes personnes trans qui souhaitent faire du théâtre et écrit actuellement une pièce mettant en scène une personne non-binaire, un type de personnage d'autant plus inexistant dans les œuvres cinématographiques et théâtrales. Là encore, Eurus veut visibiliser son vécu et celui de ses adelphes. "Je veux montrer qu'on existe".

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