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Transidentité : comment les couples vivent une transition de genre

TÉMOIGNAGES - Une transition de genre est un projet de vie. Des personnes trans et leurs partenaires racontent leurs parcours entre soutien sans faille et apprentissages perpétuels.

La transition de genre est un projet de vie que certaines personnes vivent en couple
La transition de genre est un projet de vie que certaines personnes vivent en couple Crédit : Yana Paskova / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"Il y a un OVNI dans notre couple." C'est ainsi qu'Agathe, 23 ans, parle avec humour de sa transition de genre. Cette designer informatique est en couple avec Léonard. Elle, est une femme transgenre, lui est un homme cisgenre (son sexe assigné à la naissance correspond au genre qu'il s'est construit). Depuis qu'ils se sont mis en couple il y a presque deux ans, Léonard accompagne Agathe tout au long de sa transition.

"On s'est rencontré en juin 2017 sur OkCupid, un site de rencontres avec une grosse communauté queer", raconte Léonard. À cette époque, Agathe avait déjà entamé sa transition. Après avoir fait son coming-out à sa mère, elle prenait depuis trois mois des hormones destinées à bloquer sa production d'androgènes, les hormones masculines produites naturellement par son corps.

"J'aimais l'idée qu'elle traite sa transition comme un projet. Elle fourmillait d'idées, je trouvais cela adorable", se souvient Léonard. Aujourd'hui, il lui apporte tout le soutien dont elle a besoin. "Je fais ce que ferait n'importe qui", se défend-il. "Non tu fais bien plus que ça", le coupe Agathe.

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À l'Existrans 2017, elle n'osait pas crier les slogans à cause de sa voix, du coup c'est moi qui l'ai fait

Léonard, en couple avec Agathe depuis un an et demi
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Au début de sa transition, Agathe complexait car elle trouvait sa voix trop grave. "À l'Existrans 2017 (ndlr: manifestation annuelle à Paris pour défendre les droits des personnes trans et intersexes), elle n'osait pas crier les slogans à cause de sa voix", raconte Léonard. "Du coup c'est moi qui l'ai fait."

Une attention qu'Agathe garde gravée en mémoire. "C'était la chose la plus adorable du monde. Cela fait partie des petits détails qui me font me sentir bien et acceptée." 

Léonard l'a aussi écoutée des heures exercer sa voix pour qu'elle atteigne un timbre féminin. "La voix des femmes vibrent différemment de celles des hommes", explique Agathe. Léonard rit. "J'ai appris plein de choses sur ce genre de détails depuis que je suis avec elle !"

Le fait qu'il soit là m'a beaucoup aidée. Être aimée rend surpuissante

Agathe, 23 ans, en couple avec Léonard depuis un an et demi
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Lorsqu'elle a rencontré Léonard, Agathe n'avait fait son coming-out qu'à sa mère. Au bout de trois mois de relation, elle a décidé de tout enchaîner: ses proches via Twitter, le reste de sa famille et son travail. "Pendant deux semaines, je faisais des coming-out tous les jours", raconte-t-elle. "C'était épuisant, mais j'ai eu beaucoup de chance et tout s'est très bien passé."

Pendant cette période, Léonard s'est tenu à distance. "Un coming-out c'est assez individuel, c'est comme un entretien d'embauche : je ne vais pas l'amener avec moi", explique Agathe. "Elle me racontait ce qu'il se passait tous les jours", poursuit Léonard. "Le fait qu'il soit là m'a beaucoup aidée. Être aimée rend surpuissante."

La transition, une "charge mentale" à prendre en compte

Agathe a officiellement changé son prénom il y a un an, une procédure simple qui peut se faire en mairie. Léonard lui a alors écrit une lettre d'attestation, document requis pour prouver la nouvelle identité d'une personne transgenre. 

Agathe n'a pas utilisé la lettre. Elle la garde pour son changement d'état civil pour lequel la procédure est plus longue et compliquée car il faut passer devant un tribunal. Mais Agathe a joint à son dossier une photo d'elle et "son chéri". "Ça a de la valeur. Après, ce sont des démarches qu'il ne peut pas faire à ma place..."

Tout seul, je pense que je ne me serais jamais poussé à ce point-là

Louis, 19 ans, en couple avec Marie depuis neuf mois
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Car une transition est une "charge mentale". Surtout au niveau administratif : changement de prénom, changement d'état civil, sécurité sociale, cartes bancaires... Beaucoup de formulaires à remplir et de courriers à envoyer. 

Tellement que Louis, jeune homme trans de 19 ans, a failli laisser tomber. Après deux allers-retours sans succès à la mairie pour changer son prénom (les documents n'étaient pas conformes selon l'administration) cet étudiant en anglais, en a "eu marre". Mais sa copine, Marie, l'a poussé à continuer. 

"Après les premiers refus, il laissait plusieurs mois avant de recommencer, parce qu'il faut trouver la force", raconte-t-elle. Pour Louis, il s'agit du "moment le plus fort" de sa transition. "Elle était là pour me relever, pour me dire 'on y va demain' alors que tout seul, je pense que je ne me serais jamais poussé à ce point-là." 

J'aime bien être présente pour lui dans les étapes de sa transition, même les plus petites

Marie, en couple avec Louis, depuis neuf mois
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Marie et Louis se sont rencontrés sur les bancs de la fac il y a presque un an. Depuis, ils ont emménagé ensemble et alternent tous deux entre leur vie étudiante et leur petit boulot respectif. "J'aime bien être présente pour lui dans les étapes de sa transition, même les plus petites, c'est trop important", explique Marie. "Si j'avais été à sa place, j'aurais aimé qu'il soit là à chaque fois."

"Ça fait du bien que Marie soit là", confirme Louis. "Par exemple quand on se fait mégenrer (ndlr: utiliser un pronom ou un autre terme ne correspondant pas au genre de la personne) trois-quatre jours de suite, ça fait du bien d'avoir quelqu'un pour t'écouter, te dire que ça va aller, que c'est une passade."

Comme dans tous les couples, la communication est la clé. "Il faut vraiment être très patient-e, explique Marie. Mais si c'est une personne qui parfois n'a pas envie de parler, même si on brûle de savoir ce qui ne va pas, il faut laisser la personne dans son coin un petit peu." 

Être un ou une alliée de qualité

Avant de rencontrer Louis, Marie avait déjà fait la connaissance de personnes transgenres et savait en quoi consistait une transition. Mais depuis qu'elle est en couple avec lui, elle se renseigne aussi de son côté. 

"Quand on s'est rencontrés, il y avait déjà eu des changements au niveau de son corps", raconte-t-elle. Sous l'effet de la testostérone, le clitoris des hommes transgenres a tendance à grossir pour former un organe qui, bien qu'il soit plus petit, ressemble à pénis. Il s'agit d'un processus biologique naturel : chez l'embryon humain le clitoris et le pénis se développent à partir du même organe, sous l'influence des hormones masculines ou féminines. 

Les hommes transgenres ont surnommé cet organe "Dicklit", contraction de "dick" ("bite" en anglais") et "clit" (abréviation de "clitoris"). "Je n'avais jamais fait l'amour avec un dicklit, donc je suis allée sur Google", se souvient Marie. "Je me suis renseignée un petit peu et j'ai lu des commentaires de personnes qui étaient en couple avec des personnes trans, ou des personnes trans elles-mêmes sur leurs préférences."

La transidentité c'est de la honte intériorisée, il ne faut pas laisser les choses en suspens

Agathe, 23 ans, en couple avec Léonard depuis un an et demi
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Consciente d'appartenir à une partie privilégiée de la communauté trans pour laquelle, du coming-out à la transition médicale, tout "se passe bien", Agathe a créé un Wiki pour accompagner les personnes trans dans leur parcours ou celles en questionnements. Sans lui souffler des sujets, Léonard l'aide dans la rédaction. "À chaque fois que j'écris un article, je lui soumets, parce que je sais qu'il a un regard très critique et ultra pertinent sur ce que je fais en général." 

Léonard, le copain d'Agathe, se documente aussi de son côté en ce qui concerne la transition de genre. Depuis quelques années, il fait partie du "Twitter militant LGBTQ+ et féministe". Son engagement politique a séduit Agathe et la fait rire aujourd'hui. "C'est quelqu'un de très ouvert d'esprit et je savais que j'allais être en confiance avec lui. Sur certains domaines, il s'y connaît beaucoup mieux que moi !"

Très vite, le couple a aussi dû communiquer sur certains aspects de la transidentité d'Agathe. "Au début, elle stressait souvent que son menton pique", explique Léonard. "Moi je ne savais pas trop si je devais lui dire ou pas. On en a discuté et elle m'a dit 'oui oui dis-moi et comme ça je saurai si je dois changer quelque chose'". "La transidentité c'est de la honte intériorisée, il ne faut pas laisser les choses en suspens", insiste Agathe.

Soutien, entraide et coopération

Lorsque les deux partenaires d'un couple sont tous deux transgenres, "il y a un vrai écho, ça va au-delà de la simple relation amoureuse", explique Maël, 26 ans. Depuis deux ans, il est en couple avec Clara, bientôt 29 ans. Tous deux transgenres, ils vivent leurs transitions respectives comme un "miroir". 

"Je trouve que c'est une chance de sortir avec une autre personne trans, surtout quand ce n'est pas dans le même 'sens' (sic), parce qu'on a une autre façon de voir les choses. Une transition demande beaucoup d'énergie et guide un peu notre vie. Le fait qu'on soit à deux, nous permet de ne pas rester centrés sur nous-mêmes."

Clara tempère. "Même si on est tous les deux trans, cela ne va pas forcément aider. Au début de ma transition, c'était un peu compliqué à cause des hormones avec l'humeur, la libido etc. Il y a des hauts et des bas et il faut quand même que l'autre soit à l'écoute que ce soit une personne trans ou pas."

Le plus important c'est d'être soutenu, écouté et compris

Maël, 26 ans, en couple avec Clara depuis deux ans
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"Le plus important c'est d'être soutenu, écouté et compris", résume Maël. Car par exemple, "parler de transphobie à des gens qui ne sont pas forcément au courant, ce n'est pas évident et on ne se fait pas souvent comprendre."

Les deux partenaires se sont rencontrés dans une association de défense des droits LGBTQ+ locale, et ont commencé leur transition à peu près en même temps. "Un jour - on n'était pas encore en couple - on a réalisé qu'on avait un rendez-vous le même jour chez la psychiatre (ndlr: pour entamer une transition il est nécessaire d'obtenir l'aval d'un psychiatre)". Aujourd'hui Clara et Maël prennent "les rendez-vous chacun de (leur) côté et se (les) raconte après".

Marie a raté quatre jours de cours pour rester avec moi à l'hôpital

Louis, 19 ans, en couple avec Marie depuis neuf mois
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Dans quelques jours Clara, se fera opérer de la pomme d'Adam pour changer sa voix. Maël prévoit de l'accompagner. "C'est juste avant mon anniversaire", sourit Maël. "Je serai en formation à côté de l'hôpital, j'essaierais de me libérer pour aller la voir."

Lorsque Louis a fait sa mammectomie (opération d'ablation des glandes mammaires) en octobre dernier, Marie l'a accompagné. "Elle a raté quatre jours de cours pour rester avec moi à l'hôpital. Elle avait prévu de ne rester qu'un soir et de rentrer le lendemain en train, mais quand elle m'a vu allongé, elle a décidé de rester", raconte Louis.

Pour le moment, Agathe n'a pas pas encore vécu d'opération. Mais dans deux ans elle prévoit de se rendre en Thaïlande, où se trouvent "les deux meilleurs chirurgiens spécialistes" de la vaginoplastie (chirurgie de réassignation génitale pour les femmes transgenres). Rien n'avait encore été décidé lorsque j'ai demandé si Léonard allait l'accompagner. "Je n'y ai pas réfléchi, mais je pense que oui", a-t-il répondu en souriant.

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