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"365 Dni" : pourquoi le film sur Netflix fait polémique et pose problème

ÉCLAIRAGE - Disponible depuis quelques jours sur Netflix, le "thriller-érotique" polonais fait scandale avec son intrigue qui exclut le consentement et fait l'apologie de la culture du viol (entre autres).

Massimo et Laura en pleine séance BDSM non consentie dans "365 Dni"
Massimo et Laura en pleine séance BDSM non consentie dans "365 Dni" Crédit : Next Film
Capucine Trollion
Capucine Trollion
Journaliste RTL

Avec la saga 50 Shades of Grey, l'auteure E.L James a créé un phénomène autour de la relation entre un riche homme d'affaires (Christian Grey) dominant une future éditrice (Anastasia Steele). Une relation où le glamour brouille de nombreuses notions, critiquée malgré les succès des livres et des films. En 2020, Netflix surfe sur le phénomène après avoir acquis les droits de diffusion de 365 Dni, 365 jours en français. 

Réalisé par Barbara Bialowas et Tomasz Mandes, 365 Dni fait partie du top 10 des contenus les plus visualisés sur Netflix, depuis son arrivée le 9 juin dernier. Adapté du roman polonais éponyme, 365 Dni met en scène Massimo (Michele Morrone), membre de la mafia sicilienne et Laura (Anna-Maria Sieklucka), femmes d'affaires habitant en Pologne. 

Jusqu'ici rien ne choque mais la suite pourrait vous faire écarquiller les yeux. Après avoir survécu à la mort, Massimo se met en tête de retrouver Laura, qui lui est apparue alors qu'il était entre la vie et la mort. Il veut la kidnapper et lui donner 365 jours pour qu'elle tombe amoureuse de lui. 

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365 dni - Zwiastun 2 PL (Official Trailer)

Netflix qui a catalogué 365 Dni comme "film romantique" a rapidement été interpellé par des abonnés sur les réseaux sociaux. Loin d'être "romantique", le film bafoue le consentement, perpétue la culture viol et véhicule des clichés très dépassés sur les relations femme-homme. Explications. 

Le consentement ? Quel consentement ?

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"Non c'est non". C'est la base du consentement. Dans 365 Dni, cette notion est absente et ce dès la première demi-heure du film. Massimo, archétype viril poilu et musclé, se trouve dans son jet privé. Contrarié par les propos de son bras-droit, il se rend à l'arrière de l'avion avec l'hôtesse de l'air. Fermant les rideaux, il l'oblige à s'asseoir sur la banquette et à lui faire une fellation. Massimo bloque la tête de l'hôtesse de l'air, qui est forcée de s'occuper de son pénis. Elle est ensuite jetée du compartiment de l'avion avec un sourire en coin. Comme si elle avait aimé avoir été agressée sexuellement. 

Laura prisonnière de Massimo
Laura prisonnière de Massimo Crédit : capture d'écran

Des scènes de ce type, il y a en à la pelle pendant les deux heures du film. Et ce, alors que Massimo explique à Laura qu'il ne la touchera pas sans son consentement (rires). Il lui agrippe le sein, le visage, la maintient couchée sur le lit jambes écartées, l'attache à un lit (pas du tout comme Christian avec Anastasia dans 50 Shades of Grey), entre autres... La scène se veut glamour avec ses lumières tamisées, mais c'est bien une agression sexuelle qu'on nous montre. Laura est réduite à un morceau de viande, un punching-ball. Et lorsqu'elle manifeste son désaccord elle se fait molester. Signe qu'elle n'a rien à dire et juste à obéir à l'homme qui reste persuadé qu'il fait tout "pour prendre soin d'elle".

Vous reprendrez bien une part de culture du viol ?

Là encore, on a du mal à croire comment le film peut être diffusé sur Netflix, alors qu'il avait déjà été vivement critiqué lors de sa sortie en salles en Pologne, comme l'explique Courrier International. Le média polonais, Spider’s Web, le qualifiait même : "Le succès d’un film polonais à l’étranger devrait nous emplir de fierté nationale. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait le cas avec 365 jours”.

Laura devant les critiques du film
Laura devant les critiques du film Crédit : Next Films

En plus de bafouer le consentement, 365 Dni fait l'apologie de la culture du viol. Lorsque Laura est en boîte de nuit et qu'elle danse, un homme, associé de Massimo, s'approche d'elle et commence à la toucher de partout, sans son consentement et veut la violer. Massimo fou de rage sort ensuite deux pistolets qu'il pointe contre l'agresseur. Fin de la scène. Le lendemain, Laura s'excuse d'avoir causé une dispute entre Massimo et son associé mais pas d'être responsable de cette tentative de viol. Réponse de Massimo : "Tu n'avais pas qu'à faire la pute" et une autre phrase tout aussi fleurie sur sa tenue trop courte. Une victime de viol n'est jamais responsable, mais cela 365 Dni l'a oublié. 

Enfin, quand Laura raconte son enlèvement à sa meilleure amie Olga (Magdalena Lamparska), cette dernière hurle et fait réaliser à son amie qu'elle se trouve dans une relation toxique. Mais, Olga se ralliera pourtant bien vite du côté de son amie, après une séance à buller dans un jacuzzi, boire du champagne et passer chez le coiffeur. Parce que rien de mieux que de prendre soin de soi quand on est victime d'un pervers narcissique et d'un homme violent bien sûr. 

Des clichés sexistes nauséabonds

Alors qu'au début du film, Laura se défend de Massimo en lui expliquant que kidnapper quelqu'un n'est pas de l'amour et qu'elle n'est pas un sac à patates qu'il peut transporter où bon lui semble, elle change d'attitude, victime du syndrome de Stockholm.  Et commence à tomber amoureuse de lui, lorsqu'il l'a sauve de la noyade, qu'il a provoquée (il la jette par-dessus bord). Ce bon vieux cliché de la damoiselle en détresse qui tombe amoureuse de son sauveur. Sauf qu'ici, il est en réalité une brute, un violeur, que le duo de réalisateurs essaye de rendre attachant avec le traumatisme de la mort de son père et son air de chiot égaré lorsque Laura le regarde sans avoir envie de le tuer.

Contre les violences sexuelles, rien de mieux qu'une séance de shopping
Contre les violences sexuelles, rien de mieux qu'une séance de shopping Crédit : Next Film

Voilà la vérité : Massimo contrôle tout le corps de Laura. Au début de sa séquestration, il l'emmène faire du shopping et choisit toutes ses tenues. Tous les clichés de ce que doit porter une femme séductrice sont convoqués. Et lorsqu'elle l'emmène pour une nouvelle virée shopping, là encore c'est lui qui choisit ce qu'elle peut porter : il balaye d'un geste de la main les tenues qu'il juge trop courtes, trop échancrées. Lorsqu'elle lui montre une robe, il serre le tissu pour refermer le décolleté d'un geste sec, alors qu'elle se met à éclater de rire. Rien ne va. 

Après les clichés de la femme fatale, du bonhomme musclé et fier de lui, 365 Dni en rajoute une couche avec le stéréotype selon lequel les femmes sont vénales et qu'une bonne séance de shopping peut faire oublier une agression sexuelle et un enlèvement. Ajoutons à cela l'objectification de la femme et l'éloge de la masculinité toxique.

Une pétition lancée par le collectif Soeurcières pour que Netflix retire le film de la plate-forme a déjà recueilli plus de 5.000 signatures en quelques jours. Netflix n'a pas encore réagi à la polémique. 

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