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Vue de la place Saint-Marc, Venise.
Crédit : riccardo-chiarini/unsplash
Après quatre ans d'absence, la Russie fera-t-elle son grand retour à Venise ? Le 4 mars dernier, la Biennale de Venise a annoncé la liste de la centaine de pays qui participeront cet été à sa prestigieuse exposition internationale d'art contemporain, la plus importante au monde.
Et, pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie est invitée. L'annonce a suscité de nombreuses critiques et, désormais, une menace de retrait de subventions. Près de 40 artistes russes doivent ainsi participer à l'exposition The tree is rooted in the sky ("L'arbre est enraciné dans le ciel", en français) au sein du pavillon russe, situé dans les jardins de la Biennale.
L'Ukraine, Israël ou encore les États-Unis comptent également parmi les invités à la Biennale. L'Iran figure sur la liste, mais sa participation reste incertaine compte tenu du conflit initié par Israël et les États-Unis début mars : le projet, les artistes et le lieu d'exposition n'ont pas été annoncés. Des artistes biélorusses – un proche allié de Moscou qui a autorisé l'utilisation de son territoire lors de l'invasion de l'Ukraine – seront également présents à Venise, dans une exposition parallèle.
Rapidement après l'annonce, des voix se sont élevées pour se désolidariser de cette décision. Le ministère italien de la Culture a précisé que "la participation de la Fédération de Russie à la 61ᵉ Exposition internationale d'art de Venise a été décidée en toute indépendance par la Fondation de la Biennale, malgré l'opposition du gouvernement italien."
Le même jour, le ministre lituanien des Affaires étrangères Kestutis Budrys a qualifié d'"abjecte" la décision de la Biennale "d'accueillir en grande pompe la sombre diplomatie culturelle russe" et l'Ukraine a officiellement appelé "les organisateurs de la Biennale de Venise à revoir leur décision".
Dans une lettre, un groupe de députés européens de tous bords a dit condamner "avec la plus grande fermeté" une décision qui "risque de légitimer un régime responsable de violences persistantes et nuira inévitablement à la réputation et à l'intégrité morale de la Biennale elle-même". Cette dernière avait interdit la participation de toute personne liée au gouvernement russe en 2022, en signe de protestation contre l'invasion de l'Ukraine par Moscou. La Russie était également absente de l'édition suivante en 2024.
"La Biennale de Venise est une institution ouverte (...). Chaque pays reconnu par la République italienne peut demander sa participation de manière indépendante", précise sur son site l'institution, en introduction à la liste des 99 pays prenant part à l'édition 2026, qui se tiendra du 9 mai au 22 novembre. Elle affirme par ailleurs s'opposer à "toute forme d'exclusion ou de censure de la culture et de l'art".
"La Biennale est un espace de coexistence pour la planète entière, avec ses géographies anciennes et nouvelles", s'est défendu dans une interview au journal La Repubblica son président, Pietrangelo Buttafuoco. Ce dernier, considéré comme proche de la Première ministre italienne d'extrême droite Giorgia Meloni, a pris ses fonctions en mars 2024. Pietrangelo Buttafuoco a ajouté avoir demandé à ses collaborateurs, pour cette première édition sous son égide, d'envoyer des invitations "à des personnalités issues de toutes les zones de guerre".
Mais, ce vendredi 13 mars, le ton s'est à nouveau durci. La vice-présidente de la Commission européenne Henna Virkkunen assure que l'Union européenne prendra des sanctions si la Biennale de Venise ne revient pas sur sa décision d'autoriser la Russie à participer à son exposition internationale d'art contemporain.
Si la Biennale maintient sa décision, "nous envisagerons des mesures supplémentaires, y compris la suspension ou la résiliation d'une subvention européenne", dont bénéficie actuellement la Fondation de la Biennale, a-t-elle déclaré dans un communiqué, condamnant "fermement" cette initiative. "La culture promeut et protège les valeurs démocratiques, estime-t-elle, encourage le dialogue ouvert, la diversité et la liberté d'expression, et ne doit jamais être utilisée comme plateforme de propagande."
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