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Boycott de l'Ukraine, drapeaux et hymnes : le retour symbolique des Russes et Biélorusses malgré la guerre crispe avant la cérémonie d'ouverture des Paralympiques

Depuis l'officialisation du retour des athlètes de ces deux pays par le comité international paralympique, les annonces de boycott de la cérémonie d'ouverture de Vérone, vendredi 6 mars, se sont multipliées, en soutien à l'Ukraine.

Les membres de l'équipe ukrainienne brandissent une banderole prônant la paix au village des athlètes de Zhangjiakou pendant les Jeux paralympiques d'hiver de Pékin, le 10 mars 2022.

Crédit : Mohd Rasfan / AFP

AFP - édité par Gabriel Joly

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Les drapeaux de la Russie et de la Biélorussie seront bien présents dans les arènes de Vérone. La cérémonie d'ouverture des Jeux Paralympiques de Milan-Cortina 2026, vendredi 6 mars, verra la réintégration des athlètes des deux pays - six russes et quatre biélorusses - sous leurs bannières officielles.

Et ce, quatre ans après le début de la guerre en Ukraine et leur choix du comité international paralympique (IPC) de refuser leur participation à Pékin 2022. De quoi marquer un tournant à l'échelle du sport mondial, puisque Moscou et Minsk sont bannis de la grande majorité des fédérations.

L'annonce effectuée le 17 février a entraîné la colère de l'Ukraine, qui a répondu en boycottant la cérémonie, que ce soit au niveau de ses officiels ou du côté de la délégation. Affirmant leur soutien à Kiev, d'autres pays géographiquement proches de la Russie l'ont imité en signe de protestation : la République Tchèque, la Finlande, la Pologne, l'Estonie ou encore la Lettonie.

La France n'enverra "pas de représentant" à la cérémonie d'ouverture des Jeux Paralympiques

Le commissaire européen à la Jeunesse et aux Sports, Glenn Micallef, a lui aussi renoncé à se rendre à Vérone. Idem pour la France, qui n'enverra "pas de représentant". "C'est une décision que nous avons mûrement réfléchie, qui se veut respectueuse des institutions sportives et de l'IPC, mais c'est un désaccord que nous exprimons par rapport à la position arrêtée", a indiqué la ministre des Sports Marina Ferrari mercredi.

Pays organisateur, l'Italie avait aussi offert son "soutien inconditionnel" à l'Ukraine et appelé l'IPC à "reconsidérer sa décision". Une prise de position qui avait fait réagir l'ambassade de Russie à Rome, la qualifiant "d'offensante et méritant une condamnation unanime". Autrement dit, c'est un véritable tollé.

L'IPC se défend en prônant un "processus très démocratique"

"Nous comprenons que de nombreux pays soient mécontents de cette décision, mais elle a été prise dans le cadre d'un processus très démocratique", s'est défendu l'IPC auprès de l'AFP le 20 février dernier, rappelant que l'ouverture à une réintégration complète s'était faite lors d'un vote en assemblée générale au mois de septembre. 

Les sportifs russes et biélorusses "devront être traités comme n'importe quels athlètes paralympiques", a souligné le président de l'IPC, Andrew Parsons, dans des propos relayés par le site spécialisé Insidethegames. En cas de médaille d'or, ces dix athlètes seront ainsi honorés avec leurs hymnes. Mais auront-ils les moyens de s'inviter sur les podiums après autant de temps d'absence ? Possible car la Russie compte notamment sur deux représentants de renom en para ski alpin : le triple champion paralympique Aleksei Bugaev et Varvara Voronchikhina, double championne du monde.

"Quand les Russes ont fait leur apparition dans les premières Coupes du monde, les athlètes étaient un peu curieux", expliquait début février à l'AFP Thomas Frey, entraîneur de l'équipe de France de para ski alpin. "Il s'est avéré qu'ils skiaient très bien, mais notre discours est qu'on a des adversaires encore plus compétents, et cela nous pousse à être meilleurs", a-t-il ajouté alors que les skieurs tricolores seront attendus, notamment Arthur Bauchet.

Reste que cette réintégration revêt d'une terrible symbolique pour l'Ukraine, pour qui le parasport est une priorité. Depuis les Jeux d'Athènes en 2004, la délégation n'a jamais été classée plus loin que le top 7 du tableau des médailles - été comme hiver - en compagnie de nations plus attendues sur le papier (Chine, Grande-Bretagne, États-Unis etc). Le pays avait même totalisé 29 breloques pour seulement 20 athlètes engagés à Pékin 2022, en pleine invasion russe.

Le parasport, symbole ukrainien à l'heure de la guerre

Fondé après l'indépendance de l'Ukraine en 1991 par Valeriy Sushkevych, toujours président de l'instance aujourd'hui, le Comité paralympique national a pourtant dû initialement faire face à un héritage soviétique peu favorable à son expansion. En URSS, les autorités préféraient invisibiliser les personnes atteintes de handicap plutôt que privilégier leur inclusion. Si bien qu'il n'y a jamais eu d'équipe paralympique soviétique avant 1988.

Au début des années 1990, l'ancien para-athlète atteint de poliomyélite a donc été à l'origine du programme Invasport, chargé d'implanter des centres parasportifs spécialisés pour les jeunes dans toutes les régions de l'Ukraine. De quoi poursuivre un changement de regard entamé par les conséquences toujours visibles de l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986.

Si l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 a fait perdre au pays son principal centre d’entraînement  sur la mer Noire, le parasport ukrainien est au cœur de l'actualité aujourd'hui, alors que l'on compte environ 80.000 amputés parmi les blessés de guerre depuis quatre ans. À titre d'exemple, un championnat de football a été lancé spécialement pour ces publics, sous l'impulsion notamment du club du Shakhtar Donetsk.

Comment imaginer dès lors que la cérémonie d'ouverture des Paralympiques "ne sera pas politisée", comme l'a espéré le patron du comité international, Andrew Parsons ? D'autant plus après l'épisode de la disqualification du skeletoneur ukrainien Vladislav Heraskevych aux JO, pour avoir souhaité porter un casque rendant hommage à plusieurs coéquipiers morts lors du conflit.

"Nous nous battrons pour les victoires sportives des athlètes ukrainiens et, avec les athlètes d'autres pays, nous nous efforcerons de faire respecter les principes de justice dans le sport paralympique", a fait savoir le Comité national paralympique ukrainien, dans un communiqué, il y a une quinzaine de jours. Mais Valeriy Sushkevych craint de ne pas réussir à faire briller la patrie autant de médailles qu'en "conditions de paix" : "Nous avions davantage d'opportunités et un financement bien supérieur, réduit aujourd'hui de plus de la moitié", a-t-il déploré auprès de l'AFP. "Mais nous demeurons une nation importante au sein du mouvement paralympique, ce qui est une victoire pour nous et l'Ukraine".

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