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La mission Artémis 2 de la Nasa s'est envolée pour un aller-retour de dix jours autour de la Lune, le 1er avril 2026
Crédit : NASA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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Ils sont de retour. Les quatre astronautes de la mission Artémis II sont arrivés sur Terre vendredi 11 avril, marquant la fin de leur mission. Plus d'un demi-siècle après la fin du programme Apollo et le dernier vol habité vers la Lune, trois hommes et une femme ont embarqué début avril pour une épopée lunaire, inaugurant ainsi une nouvelle page de la conquête spatiale américaine.
Avec plusieurs années de retard, cette mission Artémis II de la Nasa a décollé de Floride, pour s'aventurer jusqu'au satellite naturel de la Terre et en faire le tour sans s'y poser, comme Apollo 8 en 1968. Une étape importante devant ouvrir la voie en 2028 à un retour sur le sol lunaire.
À bord, les Américains Victor Glover, Christina Koch, Reid Wiseman et le Canadien Jeremy Hansen (le premier ressortissant d'un autre pays que les États-Unis à faire le tour de la Lune) ont confié sur le chemin du retour vers la Terre avoir vécu une expérience à donner "des frissons".
"Nous partons pour l'humanité tout entière", s'émerveillait le Canadien Jeremy Hansen, dix minutes avant de s'envoler avec l'équipage. La mission Artémis II a décollé avec succès mercredi 1er avril depuis le Centre spatial Kennedy, à 18h35 précises heure locale. Sur place, des milliers de passionnés et de curieux s’étaient rassemblés sur les plages voisines pour assister à ce moment historique.
Haute de 98 mètres, la fusée Space Launch System (SLS) a propulsé le vaisseau Orion dans l’espace dans un gigantesque nuage de poussière. Peu après, le commandant américain de la mission, Reid Wiseman, s'exclamait déjà : "Nous voyons un beau lever de Lune".
Si les scènes vues de la terre ferme, avec un panache de fumée dantesque autour de l'appareil blanc et orange, valaient le détour, des passagers d'un vol commercial ont également pu profiter de ce décollage... depuis les airs. Les vidéos immortalisant le départ d'Artémis II ont été largement relayées en ligne.
Dans les premières heures qui ont suivi le lancement de la mission Artémis II, l'équipage a signalé une panne du système de toilettes installé à bord, avec un voyant qui clignotait. L'Américaine Christina Koch a donc décidé de prendre les choses en mains et de le réparer : "Je suis fière de me dire plombière de l'espace", avait-elle alors souri.
"J'aime à rappeler que c'est l'équipement le plus important à bord, nous avons tous poussé un ouf de soulagement quand la situation s'est réglée". D'autant qu'il s'agit du "seul endroit où on peut aller durant la mission où on peut en fait se sentir seul pour un petit moment", avait souligné Jeremy Hansen.
Les toilettes de la capsule Orion, en route vers la Lune en mars 2026
Crédit : Canadian Space Agency/ Captures d'écran
Mais le problème, qui ne concernait que l'urine et non pas les selles utilisant un autre conduit, est ensuite réapparu avec une odeur de "radiateur qui brûle", lorsqu'ils essayaient d'évacuer les eaux usées, normalement rejetées dans l'espace, sans succès. Les toilettes - évaluées à quelque 23 millions de dollars - sont donc devenues un sujet récurrent lors des conférences de presse menées par la Nasa, à Houston. Les excréments ont eux été placés dans des sacs qui seront ramenés sur Terre avec les astronautes lors de leur retour.
Les quatre astronautes d'Artémis II ont dépassé lundi dernier le point le plus éloigné de la Terre atteint par ceux d'Apollo en 1970, reléguant le record de 400.171 km atteint par Apollo 13 derrière leur marque de plus de 406.000 km de la Terre établie pendant leur contournement de la Lune, lorsqu'ils ont survolé pendant plusieurs heures des régions méconnues de sa face cachée.
"La salle est pleine de joie lunaire aujourd'hui, j'imagine que vous aussi", leur a lancé depuis la salle de contrôle de la Nasa à Houston Jenni Gibsons, responsable des communications avec l'équipage. Christina Koch, exploratrice chevronnée entrée dans les livres d'histoire comme la première femme à survoler la Lune, a expliqué que les astronautes étaient "collés aux hublots". "C'est un jour historique", leur a lancé au réveil Jim Lovell, le pionnier des missions Apollo 8 et 13, dans un message posthume, enregistré quelques mois avant son décès en 2025.
Dans la foulée du record, Donald Trump a appelé le quatuor pour les féliciter après leur survol de la Lune, le premier en plus d'un demi-siècle. "Aujourd'hui, vous êtes entrés dans l'Histoire et vous avez rendu toute l'Amérique vraiment fière, incroyablement fière", a-t-il lancé. "Vous êtes vraiment les pionniers de notre époque, tous", a salué le président, ajoutant en référence au Canadien de la bande : "Et l'un d'entre eux se trouve être un voisin. Vous savez de qui il s'agit, n'est-ce pas ? Vous avez quelqu'un de spécial là-bas, un voisin, et nous aimons notre voisin."
L'échange a également offert un bref moment de gêne, conduisant les astronautes à demander au centre de contrôle s'ils étaient encore en ligne, après plus d'une minute de silence ayant suivi une longue palabre du président américain - sur ses relations avec l’ancien joueur de hockey sur glace canadien et soutien MAGA Wayne Gretzky, ainsi qu’au Premier ministre Mark Carney. "Je le suis", a répondu Donald Trump, qui a promis de les inviter à Washington. "Vous êtes vraiment extraordinaires. Tout le monde en parle. J'ai hâte de vous recevoir dans le Bureau ovale à la Maison Blanche, où nous célébrerons vos incroyables réussites et victoires", a-t-il déclaré.
Malgré cet instant de flottement, il s'est aussi livré à un jeu de questions-réponses avec les astronautes, leur demandant notamment ce qu'ils avaient ressenti pendant la coupure des communications, bloquées lundi alors que le vaisseau passait derrière la Lune. "J'ai fait une petite prière, puis j'ai dû continuer à avancer. J'étais en train d'enregistrer des observations scientifiques de la face cachée de la Lune", lui a répondu Victor Glover depuis le vaisseau Orion. Les membres de l'équipage ont répondu à tour de rôle à Donald Trump, se passant le micro en l'envoyant flotter entre eux.
À plus de 400.000 km de la Terre, un moment d'émotion dans le silence spatial : les astronautes d'Artémis ont baptisé lundi un cratère lunaire en l'honneur de Carroll Taylor Wiseman, épouse décédée du commandant de la mission. "Il y a un relief dans un bel endroit sur la Lune, à la frontière entre la face visible et la face cachée", a annoncé le Canadien Jeremy Hansen lors de la retransmission, peu après que leur appareil a dépassé le record de distance depuis la Terre.
"À certains moments du transit lunaire, vous pourrez le voir depuis la Terre". "C'est un point clair sur la Lune, nous voudrions le baptiser Carroll", a-t-il annoncé, en référence à cette femme mort d'un cancer en 2020.
Reid Wiseman, l'astronaute américain de la Nasa qui commande la mission Artémis II, a fondu en larmes. Ses coéquipiers aussi, et tous se sont enlacés. Les astronautes ont baptisé un autre cratère "Integrity", qui est le nom donné par l'équipage à son vaisseau, avant plusieurs heures d'observations rapprochées de la Lune. Selon un porte-parole de la Nasa à Houston, la demande d'Artémis sera déposée auprès de l'Union astronomique internationale afin d'entériner les noms des deux cratères.
Lors de leur vol autour de la Lune, les astronautes d'Artémis II ont enfin vu sous leurs yeux des météorites s'écraser sur la surface lunaire, un spectacle rarissime qui attise la curiosité des scientifiques. "Il s'agissait sans aucun doute de flash d'impacts sur la Lune. Et Jeremy (Hansen) vient d'en voir un autre", a ainsi décrit Reid Wiseman en plein survol de l'astre.
"Stupéfiant", a répondu, comme sonnée, la responsable scientifique de la mission, Kelsey Young, plus de 400.000 kilomètres plus bas. "Je ne pense pas que je m'attendais à ce que l'équipage en voit lors de cette mission, donc vous avez probablement vu la surprise et le choc sur mon visage", a-t-elle confié le lendemain lors d'une conférence de presse.
Dans le centre de la Nasa de Houston, la description en direct de ces flashs de lumière causés par des impacts a été accueillie par des "cris de joie" de scientifiques, a-t-elle raconté. Ce phénomène n'avait en effet été "que rarement observé", avait souligné lundi Jenni Gibbons, astronaute de réserve pour la mission Artémis II auprès de l'AFP. "Le fait qu'ils en aient vu quatre ou cinq est tout simplement remarquable", a-t-elle noté.
Après avoir pris des milliers de photos et livré d'innombrables descriptions de la Lune, les quatre astronautes d'Artémis ont confié sur le chemin du retour vers la Terre avoir bien du mal à réaliser ce qu'ils venaient de vivre. "L'esprit humain n'est pas fait pour traverser ce que nous venons de vivre", a lancé le commandant Reid Wiseman, des étoiles dans les yeux, lors d'une conférence de presse mercredi soir à plus de 280.000 km du sol.
"Nous avons beaucoup de choses auxquelles réfléchir et à écrire dans nos journaux afin de prendre pleinement conscience de ce que nous venons de vivre", a-t-il expliqué. Plus de 57 ans après le premier cliché d'un lever de Terre pris par un astronaute d'Apollo 8, leurs successeurs ont immortalisé un coucher de Terre depuis la face cachée de la Lune, une photographie publiée mardi par la Nasa. Ils ont eu aussi observé à cette occasion un lever de Terre, ainsi qu'une éclipse solaire.
Après avoir fait le tour de la Lune, les astronautes d'Artémis II ont appelé mardi leurs collègues de la Station spatiale internationale (ISS) afin de raconter leur aventure hors du commun. "C'est formidable d'être dans l'espace en même temps que vous !", leur a lancé Jeremy Hansen. "Vous ne pouvez pas imaginer comme nous attendions cela avec impatience", a lui déclaré le commandant Reid Wiseman d'Artémis II. De l'autre côté de la ligne, les astronautes de la Nasa Jack Hathaway, Jessica Meir et Christopher Williams ainsi que l'astronaute française Sophie Adenot ont sauté sur l'occasion pour les questionner sur ce vol au cours duquel ils se sont aventurés plus loin dans l'espace qu'aucun être humain avant eux.
Le commandant Reid Wiseman en a profité pour partager une anecdote amusante au sujet de son ami canadien, qui effectuait son premier vol dans l'espace. Alors qu'ils se préparaient à allumer leurs moteurs pour mettre le cap vers la Lune au départ, le vaisseau s'est momentanément rapproché de la Terre afin de prendre l'élan nécessaire pour s'arracher de l'orbite terrestre. "Jeremy s'est retourné vers nous et nous a dit : 'Je crois qu'on va foncer dedans !'", a-t-il raconté. "On était tous morts de rire".
Une autre scène à l'intérieur d'Orion a beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux, alors que des caméras filment en continu les astronautes d'Artémis II. Tombée d'un placard, un pot de Nutella tournoyant dans les airs a fait irruption à l’image lundi, tournoyant de façon incontrôlée, sans que les astronautes ne s'en rendent compte.
"Combien Nutella a-t-il payé pour ce placement de produit ?", a ainsi commenté une personne en ligne, tandis que la marque s'est défendu de toute publicité volontaire. "La Nasa ne sélectionne pas les repas de son équipage ni la nourriture en lien avec des partenariats avec des marques", a ajouté l’agence spatiale américaine par la voix de son attachée de presse, Bethany Stevens.
Le dernier moment important de la mission Artémis II : le retour sur Terre. Car l'entrée dans l'atmosphère est un moment délicat, le bouclier thermique d'Orion a dû résister aux 2.700°C générés par le frottement.
"Houston, ici Integrity. Nous vous entendons parfaitement", a annoncé le commandant Reid Wiseman après avoir passé la phase la plus périlleuse de la replongée dans l'atmosphère à plus de 30 fois la vitesse du son.
Leur vaisseau Orion a dépassé les 39.000 km/h pour amerrir à moins de 2 km de l'endroit prévu à 17h07 heure locale, à la minute près anticipée par l'agence spatiale américaine. Leur chute a été ralentie par d'immense parachutes.
"Quel périple", a déclaré Reid Wiseman, après que le vaisseau se soit posé sur l'eau en douceur. Tous les astronautes se portent bien.
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