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Pornhub, Tukif, Xvideo... Le CSA menace de bloquer 5 sites porno sous 15 jours

Le CSA a sommé cinq sites pornographiques parmi les plus populaires de restreindre d'ici quinze jours leur accès aux mineurs sous peine de voir leur accès bloqué sur décision judiciaire.

PornHub et les principaux sites pornographiques sont sommés de vérifier plus efficacement l'âge des internautes en France
PornHub et les principaux sites pornographiques sont sommés de vérifier plus efficacement l'âge des internautes en France
Crédit : Pornhub
Benjamin Hue
Benjamin Hue

L'étau se resserre sur les sites pornographiques les plus populaires en France. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a mis en demeure lundi 13 décembre cinq sites pour adultes de restreindre leur accès aux mineurs dans les quinze jours à venir sous peine de faire l'objet d'un blocage pur et simple de leur accès dans l'Hexagone après décision d'un juge. 

Les cinq sites visés sont Pornhub, Tukif, Xhamster, Xvideo et Xnxx. Le gendarme de l'audiovisuel leur reproche notamment d'afficher un simple message d'avertissement à l'entrée de leur site, une barrière jugée insuffisante pour empêcher les mineurs d'accéder à leur contenu.

"Avec ces décisions, nous en appelons à la responsabilité des opérateurs qui se doivent de mettre en place les dispositifs nécessaires pour empêcher l'accès des mineurs à leurs contenus", a déclaré à l'AFP le CSA. "Un mineur, et en particulier un enfant qui se retrouve devant des contenus inadaptés, tels que les contenus pornographiques, peut être durablement, et a minima, choqué."

Comment contrôler l'âge des internautes ? La question reste entière

Le code pénal interdit d'exposer les mineurs à des photos et vidéos pornographiques et la loi sur les violences conjugales du 30 juillet 2020 précise que les sociétés concernées ne peuvent s'exonérer de leurs responsabilités en se contentant de demander à un internaute s'il est majeur. Mais à ce jour, aucune solution technique ne permet de vérifier l'âge d'un internaute avec suffisamment de précision sans impliquer un partage de données personnelles sensibles. 

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Plusieurs pistes sont explorées pour faire appliquer la loi, comme le contrôle de la carte d'identité ou du passeport, la reconnaissance faciale, la transaction bancaire à zéro euro ou la détection de l'âge à l'aide d'un selfie. Mais tous les dispositifs envisagés peuvent facilement être contournés ou nécessitent des frais importants à la mise en place. Les sites espéraient que le CSA leur fournisse des lignes directrices en ce sens. L'instance leur laisse finalement quinze jours pour trouver des solutions.

Dans un avis rendu précédemment sur le sujet, la Cnil a écarté la possibilité d'utiliser la reconnaissance faciale ou d'envoyer une pièce d'identité aux sites porno, car ces dispositifs présenteraient des risques pour les personnes concernées en raison des liens qui pourraient être faits avec leurs habitudes de consommation. L'utilisation d'une plateforme publique comme FranceConnect avait déjà été exclue en juin 2020 par le gouvernement. Selon les informations des Echos, la Cnil serait favorable à une solution reposant sur une carte de paiement et la validation d'une transaction à zéro euro pour valider la majorité des internautes.

Depuis l'entrée en vigueur de la loi sur les violences conjugales, le CSA peut saisir le président du tribunal judiciaire qui peut demander aux fournisseurs d'accès internet le blocage des sites contrevenants. Le CSA a pris cette décision après avoir été saisi fin novembre 2020 par trois associations, l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique (Open), l'Union nationale des associations familiales (Unaf) et le Conseil français des associations pour les droits de l'enfant (Cofrade).

Ces organisations visaient au départ huit sites pornographiques qui étaient, écrivaient-elles alors, en infraction car "ils ne comportaient qu'un simple disclaimer - autrement dit un message d'avertissement permettant à l'internaute de déclarer être majeur-" pour restreindre leur accès.

Les associations satisfaites de ces mises en demeure

Plusieurs associations de protection de l'enfance tirent la sonnette d'alarme depuis des mois face à la recrudescence du visionnage d'images violentes et très crues par des mineurs de plus en plus jeunes.

"Nous sommes très contents de cette initiative du CSA et confiants que cela puisse aboutir", a réagi auprès de l'AFP Justine Atlan, directrice de l'association e-Enfance, qui avait intenté avec une autre association, La Voix de l'enfant, une action en justice pour demander le blocage de sites pornographiques par les fournisseurs français d'accès à internet - requête rejetée début octobre.

"Il est important de mettre sous pression les sites pornographiques pour qu'ils ne puissent pas continuer à ne pas respecter le cadre légal de l'industrie qu'ils ont choisie, qui stipule de ne pas exposer les mineurs à la pornographie", a-t-elle ajouté.

"La pornographie actuelle sur internet a des contenus plus violents, du +revenge porn+ (soit des contenus pornographiques visant à humilier une personne, ndlr), du sexe sans consentement. Cela a des conséquences sur les pratiques sexuelles que les jeunes reproduisent: brutalité, problème de consentement, pression de performance...", déplore Justine Atlan.

"Nous adultes, devons protéger les enfants et mesurer les conséquences de ces images sur (leur) esprit", a réagi Martine Brousse, présidente de la Voix de l'enfant, tandis que le député LREM Bruno Studer, président de la Commission des affaires culturelles, qui portera en janvier une proposition de loi sur les dispositifs de contrôle parental, souligne que la France est résolue "à protéger de manière inédite les enfants des contenus inappropriés et choquants".

Les sites ont quinze jours pour trouver une solution

Parmi les cinq sites mis en demeure, Pornhub et Xhamster, établis à Chypre, appartiennent au géant du porno MindGeek, également propriétaire de YouPorn, qui est domicilié juridiquement au Luxembourg. Xvideos et Xnxx sont quant à eux installés en République tchèque et Tukif au Portugal. Quatre de ces plateformes (Pornhub, Xhamster, Xvideos, Xnxx) figurent parmi les 50 sites les plus consultés en France, selon les données compilées par le site d'audience numérique SimilarWeb.

Le webmaster du site Tukif expliquait pour sa part à la publication Next INpact que la France représentait "60% des accès au site TuKif.com, soit entre 12 et 18 millions d'utilisateurs uniques par mois pour un total de plus de 20 millions de visites mensuelles depuis la France". Dans un entretien à RTL, il se disait déterminé à ne pas fermer son site. "Ce qui est sûr c'est qu'on ne fermera pas. On fera le nécessaire car je ne peux pas envisager de fermer. Si le site est bloqué, en trois jours, il a disparu de Google. Et en un mois, il a disparu de la tête des internautes. C'est terminé. TuKif n'est pas une marque comme TF1 ou Canal+ qui va manquer aux gens. Des sites porno, il y en a plein", expliquait-il alors.

Si les sites concernés n'ont pas trouvé de solution satisfaisante après quinze jours, le CSA pourra demander à la justice de contraindre les fournisseurs d'accès à Internet de bloquer leur accès pour rediriger les internautes vers un message d'avertissement hébergé sur son propre site. Cette technique, basée sur la modification des DNS, peut cependant être contournée par les internautes. Elle pourrait aussi poser des problèmes au site du CSA qui devra absorber les connexions de tous les internautes français se rendant sur les sites porno bloqués. 

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